De l’étant au corps parlant : jouissance, image du corps et signifiant.
Dans son exposé à l’Espace Clinique de Montpellier- Méditerranée, en 2008, « Signifiant, jouissance et image du corps dans la clinique de la psychose »*, Jacques Puget citant Jacques Lacan, nous invite à une réflexion sur, dit-il, « ce qui fait l’homme au-delà du mammifère supérieur qu’il est dans l’échelle animale… »
Il nous rappelle deux formulations lacaniennes, qui se trouvent dans « Radiophonie », texte publié dans « Autres Ecrits » (1), à partir desquelles il déplie son propre questionnement :
« A l’étant, faut le temps de se faire à être » (p.426) et « le corps…c’est le langage qui le lui décerne… » (p.409).
Autrement dit, l’organisme vivant, c’est à dire l’étant, n’est pas l’être. Pour passer du premier au second, il y faut le temps et le langage…Lacan a forgé le mot de parlêtre pour en rendre compte.
L’être humain n’est pas un corps, contrairement à l’animal. Il a un corps, ce qui distingue le sujet et le corps. Le passage de l’état d’organisme vivant à avoir un corps, est le résultat de l’ humanisation, de la prise dans l’ordre symbolique par le langage.
L’impact du symbolique langagier sur l’organisme vivant, réel, est l’opération que Lacan nomme « corpsifier » (Radiophonie, p.409)...Le langage corpsifie le corps que la parole habite.
En m’appuyant sur le livre de Colette Soler, « Le corps parlant…Il corpo parlante » (2), où elle dégage l’articulation des thèses successives de Lacan, nouant le corps à chacun des registres imaginaire (I), symbolique (S) et réel (R), j’ai essayé de saisir en quoi consiste l’effet de « corpsification » dont il s’agit et quelles conséquences cela produit.
************
J’aborderai la question du corps référé à I, S, R, en tant que :
effet de l’image
effet de langage
effet de lalangue
A la fin de ce parcours, j’essaierai d’articuler ce que cela introduit dans la visée d’une analyse.
************
Dans son article de Décembre 1983 « La psychanalyse et le corps dans l’enseignement de Lacan » (3), publié dans « Le corps parlant », Colette Soler met en perspective les étapes de la démarche de Lacan : on peut y saisir une constante, la distinction entre l’organisme vivant et ce que la langue désigne comme corps (p.80), et ce qui a varié : le champ du langage, qu’il déplace du symbolique vers le réel ; déplacement qu’elle développe dans sa conférence à Rome, le 12 Mai 2007, publiée dans le même livre.
I- L’effet de l’image (Le corps parlant, p. 80).
La première étape, c’est le stade du miroir(4).
C’est par l’image et l’imaginaire que Lacan aborde la question du corps :
Du fait de la pré- maturation du petit d’homme, le corps est morcelé. C’est l’image (gestalt visuelle) qui le rassemble et donne au sujet le sentiment de son unité ;image médiatisée par le regard et la voix de l’Autre (maternel), qui donnent nom à l’image dans le miroir, qui identifient.
II- L’effet de langage, l’effet du signifiant :
C’est la deuxième étape dans la théorisation lacanienne, à savoirla reconnaissance de l’effet du signifiant et du langage.
Sur la représentation d’abord :
* Le morcellement des représentations, lié à la pré- maturation, est redoublé par le langage :
L’effet de langage sur le corps humain, c’est la découpe signifiante, c’est le morcellement fantasmatique de la représentation dont témoignent rêves et symptômes (Le corps parlant, p.80). Ce corps découpé par le langage s’oppose à la cohésion du vivant fonctionnel.
*L’unité corporelle, c’est un effet du signifiant : Le Un du signifiant redouble le sentiment de l’unité imaginaire. C’est le Un du signifiant qui fait apercevoir la consistance réelle de l’organisme (p.84).Le langage « corpsifie » le corps : voilà la thèse lacanienne.
Le corps du symbolique (corps incorporel) en s’incorporant nous donne un corps. Il nous le décerne plutôt que de nous identifier à lui - avoir un corps et non être un corps - (p.84).
Sur la jouissance ensuite :
* Le corps unifié par l’image, par le signifiant et le symbolique, c’est également le corps mortifié, dévitalisé, ceci, du fait du pouvoir de vidage, de soustraction de jouissance vivante donc réelle, qu’a le symbolique (Le corps parlant, p.82).
C’est la thèse lacanienne ducorps, désert de jouissance(cf. « De la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité » (5).
Je cite C. Soler : là où est le signifiant, la jouissance pleine n’est plus (p.94).
Le langage opère sur le vivant, en produisant de la perte de jouissance. La prise du langage sur le vivant se fait au prix de cette perte : le vivant n’entre dans le symbolique qu’à ses dépens, dépens réels (p.88).
III- Le corps vivant, la jouissance, la libido.
La libido :
Le signifiant mortifie le vivant. C’est la libido qui anime le corps vivant, la substance jouissante donc, qui est cause de l’être libidinal(Le corps parlant, p.82).
C’est elle, la libido, que Freud met au principe de toute appétence dite sexuelle, c’est la libido qui faitchercher hors de soi l’extension d’un objet complémentaire(p.96).
Mais la libido ne va pas avec une jouissance pleine : il n’y a de libido qu’à partir d’unesoustraction [de jouissance]. C’est cette soustractionqui fonde lalibido comme vecteur vers l’objet (p.96). Il s’agit d’une condition structurale.
Castration et libido sont dans une relation de causalité :
Cette soustraction de jouissance, qui fonde la libido, nous pouvons l’écrire (- phi), c’est à dire la castration, effet du Nom du Père (p.96).
Le corps et la jouissance :
Ce qui reste de vivant, c'est-à-dire l’être libidinal, est localisé à des bords corporels, nommés par Freud zones érogènes où s’est réfugiée la jouissance (Le corps parlant,p.82).
Ce qui reste de jouissance est donc une jouissance limitée. L’effet de langage « ne laisse que la jouissance qu’il ne faudrait pas » dit Lacan dans le Séminaire « Encore » (6).
C. Soler éclaire cette citation, par son commentaire : … jouissance qu’il ne faudrait pas carc’est une jouissance insatisfaisante au regard de l’insatiable exigence qui sourd de l’effet delangage, dit- elle dans son cours « L’hystérie, sa langue, ses dialectes et ses liens » (7).
Les objets qui captivent la jouissance, qui la condensent, sein, fécès, regard et voix, sont des « pièces détachées du corps », « hors- corps » (p.82) que Lacan appelle « plus de jouir » (8), indiquant la compensation par rapport à la perte originelle (p.98).
Cette jouissance hors corps, c’est celle de la pulsion (p.98) qui extériorise la jouissance.
La jouissance, concept lacanien, qu’est-ce ?
La jouissance n’est pas uniquement le lust freudien, le plaisir … la jouissance a des affinités avec la douleur et avec l’au- delà du principe de plaisir (Le corps parlant, p.92), avec la pulsion de mort freudienne. C’est davantage l’unlust.
Le sujet est captivé par cette jouissance nuisible ; c’est ce que trahissent les faits qu’il faut bien appeler uneapplication du sujet à souffrir, dit- elle. Il souffre et ne fuit pas la souffrance. Contrairement à l’animal, l’être parlant est sous l’influence dysharmonique dusymbolique(p.92).
Il y a des barrières à la jouissance, comme le plaisir, qui fonde la réaction animale à fuir la douleur et la tension, et le désir, qui fonde des limites et des interdits. Plaisir et désir sont des barrières, mais pas infranchissables.
Le symptôme :
Il paraît inévitable que le vidage [corporel]de jouissance ait des ratés, des exceptions.
C.Soler rappelle les trois formes d’exceptionsque représententla psychose, les phénomènes psychosomatiques et le symptôme (Le corps parlant, p.100).
Retenons le symptôme.
Le symptôme, c’est une jouissance qui fait retour dans le corps, une jouissance exilée audésert(p.100).
Le symptôme est donc un mode de jouir, mais c’est aussi une formation langagière qui articule langage et jouissance, puisque dans le symptôme, les signifiants que l’on déchiffre ont pris corps, sont jouis par la voie de leur incarnation(p.16).
IV- Le langage : principe de perte, principe d’agencement, principe de jouissance.
Cette articulation langage / jouissance, dans le symptôme, a amené Lacan à inverser sa 1ère thèse (effet mortifiant du symbolique) et cela à partirdu séminaire Encore, (p.14, Le corps parlant).
Le langage n’est pas seulement principe de perte de jouissance.
Il est principe d’agencement de ce qui reste de jouissance au niveau des zones érogènes et du circuit de la pulsion autour des objets plus- de jouir. Le langage produit le corps pulsionnel : Je parle avec mon corps pulsionnel (p.14).
Le langage est aussi principe de jouissance :
Dans le symptôme, le signifiant affecte l’individu corporel, condition vivante de la jouissance. Le signifiant n’est donc pas seulement ce qui représente un sujet.
Le signifiant est au niveau de la jouissance. Il devient signe de l’être de jouissance du sujet (Le corps parlant, p.14).
Le signifiant… objet de jouissance…passé à la jouissance… on le désigne du terme de signe et surtout de lettre …seule capable de fixer une identité, identité de jouissance (p.14 à 22).
Comment le signifiant peut- il se situer au niveau de la jouissance ?
V- Du langage à lalangue:
Avec le séminaire Encore (1972/ 73), La Troisième (1975) (9), Joyce le symptôme II(1975) (10), Lacan passe à une conception de la jouissance, affectée par lalangue, après avoir théorisé la jouissance affectée par l’effet de langage, en tant que chaîne signifiante S1->S2 (Le corps parlant, p.16- 18).
-Qu’appelle- t- il la lalangue?
Je reprends le texte de Colette Soler (p.22) :
Lalangue – lallation :
Lalangue, Lacan dit l’avoir écrit en un mot en raison de l’homophonie avec « lallation », qui vient du Latin « lallare » chanter la, la, pour endormir les enfants :Lalangue- lallation s’est présentée comme un chant vocalisé, sans message articulé.
Ce terme désigne aussi le babillage de l’enfant qui ne parle pas encore mais qui produit déjà des sons.
Lallation et jouissance :
La lallation, c’est le son disjoint du sens, mais pas disjoint de l’état de contentement (p.22).
Le babil de l’enfant est chargé d’émotions, qui s’expriment, se déchargent via la voix, les sons produits.
Lalangue et la langue maternelle :
L’entendu de la langue parlée, d’avant le langage, lebain delangage dans lequel est plongé l’enfant, c’est lalangue ;c’est la langue maternelle d’avant le signifiant et d’avant sa jonction avec le sens(p. 22)…c’est « l’eau du langage » [expression de Lacan dans« Encore »].
De ce bain langagier, de ce continuum fluide de l’entendu… des éléments finiront par s’isoler, surnager (p.22)…quelques détritus, quelques débris [faisant] dépôt (p.28)... « Auxquels sur letard s’ajouteront les problèmes de ce qui va l’effrayer » dit Lacan.
Lalangue et le signifiant :
Le signifiant incarné dans lalangue, Lacan le situe ainsi : il « reste indécis, entre le phonème, le mot, la phrase, voire toute la pensée » (11).
C’est du Un sans accrochage à du Deux : dans lalanguele signifiant se définit par la pure différence des uns, sans accrochage au sens (Le corps parlant, p.18).
Et, ce qui a toute son importance, dans lalangue, la batterie du signifiant …est déjà donnée (p.18).
-Lalangue et la jouissance (Le corps parlant, p.18, 22 & 26) :
La jouissance déposée dans lalangue est une jouissance passée au Un du signe ou de la lettre, hors sens. C’est une jouissance mortifiée qui provient de la jouissance véhiculée dans et par la langue entendue d’avant l’acquisition du langage articulé.
Lalangue affecte la jouissance vivante de l’être qui parle.
Les effets de lalanguesont…prioritaires par rapport aux effets de la langue, (définie comme chaîne signifiante) ; ils sont premiers et plus fondamentaux.
Les effets de lalangue sont des affects, au sens où c’est elle, lalangue, qui affecteprimairement la jouissance (p.22).
La thèse de Lacan est que ces affects « qui restent énigmatiques…sont ce qui résulte de la présence de lalangue en tant que, de savoir, elle articule des choses qui vont beaucoup plus loin que ce que l’être parlant supporte de savoir énoncé » (12).
- Lalangue et le langage « élucubration » :
Dans le séminaire Encore, Lacan s’exprime ainsi, p. 126 et 127, « …le langage, ça n’existe pas. Le langage est ce qu’on essaye de savoir concernant la fonction de lalangue….Le langage sans doute est fait de lalangue. C’est une élucubration de savoir sur lalangue ».
- Qu’en est- il dès lors du savoir de l’inconscient et de l’interprétation ? (Le corps parlant, p.18).
L’inconscient [est] défini comme un savoir au niveau du corps -substance, articulé de lalangue, venant de lalangue, effet de lalangue.
Le savoir inconscient, articulé de lalangue, apparaît comme extrait de lalangue par déchiffrage, ce qui rend le déchiffrage problématique et limité.
Lacan a pu dire que « l’inconscient, en tant qu’ici je le supporte de son déchiffrage, ne peut que se structurer comme un langage, un langage toujours hypothétique au regard de ce qui le soutient, à savoir lalangue » (13).
- Comment les éléments de lalangue peuvent- ils être en prise sur le corps ? (Le corps parlant, p.26).
Entre le moment où les symptômes se constituent et le moment où le langage commence à se structurer, il y a simultanéité. Tout se passe à un âge précoce, lors des premières rencontres avec la réalitésexuelle d’une part et à l’orée de l’accès au langage d’autre part.
La conclusion de Lacan est qu’il y a coalescence entre ces deuxdonnées fondamentales : lalangue première (réceptivité du sujet infant à « l’eau du langage (p.28) et la rencontre avec la jouissance première(p.26).
Pour preuve, souligne Colette Soler, le fait que le sens des symptômes ne s’interprète correctement, c'est-à-dire avec des effets de réduction, qu’en fonction des premières rencontres avec la réalité sexuelle, à un âge précoce, d’avant le langage structuré, comme le précise Freud dans « l’introduction à la psychanalyse ».
Pour Lacan, c’est dans « la rencontre des mots avec son corps que quelque chose se dessine …que quelque chose ensuite ressortira en rêves, en toutes sortes de trébuchements, en toutes sortes de façons de dire » (Séminaire XX, Encore).
Le concept lacanien de « motérialité de l’inconscient » rend raison du symptôme, conclut Colette Soler (p.28
VI- Effet de lalangue : L’inconscient réel.
La « motérialité » de lalangue c’est ce dont elle est faite : d’éléments un à un, mot à mot, précédant les phrases de l’enfant lui- même (Le corps parlant, p.28).
La « motérialité de l’inconscient » c’est l’effet direct de la motérialité de lalangue (p. 28).
C’est du savoir inscrit à partir de la rencontre des mots avec le corps, à partir du corps à corps avec lalangue première (p.34).
L’inconscient lié au langage, c’est l’inconscient - élucubration, c'est-à-dire l’inconscient déchiffré qui permet au sujet de s’approprier quelques- unes des lettres de son symptôme, qui lui permet « d’en savoir un bout », mais un bout seulement (p.32).
La motérialité de l’inconscient n’est pas du symbolique, c’est l’inconscient réel, effet de lalangue et qui est hors de prise, précise Colette Soler.
Le symptôme, écrit en lettres d’inconscient, c’est de l’écrit qui précède la dématernalisation de lalangue par l’orthographe, la syntaxe…toujours dysorthographique, le symptôme (p.34).
VII - Analyser : quelle visée ?
Détacher l’élément plus- de- jouir :
La psychanalyse est une technique du corps dans la mesure où par le travail de la parole, elle détache cet élément plus- de- jouir qui est présent dans tout ce que le sujet dit et fait (Le corps parlant, p. 106).
Pour la psychanalyse, il s’agit de séparer le sujet d’avec sa jouissance :
Son opération porte sur elle mais ce n’est pas pour en combler le sujet, plutôt pour l’en séparer, car [la psychanalyse] s’emploie à « détacher » la cause du désir (p.106).
L’opération de la psychanalyse :
La psychanalyse demande de faire passer au dire, de la jouissance que l’être supporte, et, de ce fait, l’en sépare(p. 108).
L’effet pour l’analysant :
Reprenant l’expression lacanienne, se faire « une cause du plus- de- jouir », Colette Soler poursuit : L’analysant se fera donc, dit Lacan, « une cause du plus- de- jouir ». Il s’en fera une cause comme on se fait une raison, car il aura renoncé à s’en faire une – de cause – du rapport sexuel (p.108).
Quel résultat ?
Au terme d’une analyse, le résultat attendu, c’est « avoir fait de la castration, sujet » selon la formule lacanienne donnée dans le Compte rendu du séminaire l’acte analytique » (14).
Dans son cours de 2002- 2003, « L’hystérie, sa langue, ses dialectes et ses liens » (15), Colette Soler éclaire cette formule qui « implique ce que nous appelons la chute des idéaux dans l’analyse [et qui] pourrait déjà vouloir dire, avoirdéshabillé le sujet des identifications qui lui donnaient une figure présentable…» - le fait de décliner les identificationsproduisant un effet dedétachement.
Il y a plus dans cette formule, dit-elle. «Avoir fait de la castration, sujet » suppose la présence, au terme, d’une conclusion d’impossibilité…Cette phrase signifie que l’interdit de l’inceste…masque l’impossible.
La vraie loi, c’est l’impossible, c'est-à-dire ce que le langage rend impossible ».
Qu’introduit la thèse de lalangue ?
Après la mise en lumière de l’impact de lalangue, la visée psychanalytique tient compte de l’inconscient réel : Analyser, c’est au fond chercher à toucher à l’analphabète …conduire le sujet jusqu’à son point d’analphabétisme / analphabêtisme … pour ne pas oublier que le signifiant est bête, ce qui veut dire hors sens et contingent (Le corps parlant, p.34).
Carmen Gallano, Psychanalyste à Madrid, de l’ Ecole de Psychanalyse des Forums du Champ Lacanien en Espagne, dans son courrier électronique du 16 Octobre 2008 à l’Internationale des Forums, formule ainsi ce qu’est l’expérience d’une psychanalyse :
«Celle qui mène un sujet à examiner comment il a répondu face au réel hors sens, dans les avatars du trauma, particulier et non universalisable, et marqué par comment il est devenu parlêtre, à être parlé par ses ascendants ».
Ce qu’elle cerne là, fait écho à ce que dit Lacan dans la conférence qu’il donne en 1975, à la Sorbonne, en ouverture du Symposium International James Joyce : « Ce sont les hasards qui nous poussent à droite et à gauche, et dont nous faisons notre destin, car c’est ce qu’ont voulu les autres, plus particulièrement notre famille, qui nous parle. Entendez là ce nous comme un complément direct. Nous sommes parlés, et, à cause de ça, nous faisons, des hasards qui nous poussent, quelque chose de tramé » (16).
Conclusion
Le cheminement que j’ai tenté de retracer, dans l’enseignement de Lacan, en prenant appui sur les travaux de C. Soler, m’a amenée à considérer d’un regard nouveau le parlêtre.
En cherchant à cerner l’énigme du corps parlant, l’aperçu concernant le réel incarné de lalangue, « un réel [je cite Lacan] qui n’a rien à faire avec ce que la connaissance traditionnelle a supporté, et qui n’est pas ce qu’elle croit, réalité, mais bien fantasme » (17), cet aperçu a fait surgir de l’insu.
« Le réel, dirai-je, c’est le mystère du corps parlant, c’est le mystère de l’inconscient » poursuit Lacan (18), indiquant une perspective de travail que ponctuera la rencontre de l’Internationale des Forums du Champ Lacanien, à Rome, en 2010…
Lina Puig
Notes :
* « Signifiant, jouissance et image du corps dans la psychose » : Exposé de Jacques Puget, à l’ Espace Clinique de Montpellier – Méditerranée, le 25 Mai 2008 (Site )
(1) Jacques Lacan, Autres Ecrits, Editions du Seuil, Paris 2001.
(2) Colette Soler, Le « corps parlant » Il « corpo parlante », Edizione Bilingue, Edizioni Praxis del Campo lacaniano, Roma, 2008.
(3) C. Soler, La psychanalyse et le corps, dans l’enseignement de Lacan(Décembre 1983) in Le corps parlant.
(4) J. Lacan, « Le stade du miroir comme formateur de la fonction du Je », in Ecrits, Editions du Seuil, Paris, 1966.
(5) J. Lacan, « De la psychanalyse dans ses rapports avec la réalité », in Autres Ecrits, cit. p.358. « Nous, psychanalystes, savons que la vérité est cette satisfaction à quoi n’obvie pas le plaisir de ce qu’elle s’exile au désert de la jouissance ».
(6) Lacan Jacques, Le Séminaire, Livre XX, Encore, Editions du Seuil, Paris, 1975.
(7) C. Soler, L’hystérie, sa langue, ses dialectes et ses liens, Cours 2002- 2003, Documents des Editions du Champ Lacanien.
(8) J. Lacan, Le Séminaire, Livre XVI, D’un Autre à l’autre, Editions du Seuil, Paris, 2006.
(9) J. Lacan, La troisième, Lettres de l’ Ecole Freudienne, Paris, 1975.
(10) J. Lacan, « Joyce le Symptôme II », (1975), in Joyce avec Lacan, Navarin, Paris, 1987.
(11) J. Lacan, Encore, Cit. p.131
(12) Ibid. p.127
(13) Ibid. p.127.
(14) J. Lacan, L’acte psychanalytique, compte rendu du séminaire 1967- 1968, in Autres Ecrits.
(15) C. Soler, L’hystérie, sa langue, ses dialectes et ses liens, Cit. p.81 & 82.
(16) J. Lacan, Joyce le Symptôme, in Le sinthome, Séminaire XIII, Edition du Seuil, Paris, 2005.Cit. p. 162.