En tant que psychologue clinicienne travaillant dans le milieu de la toxicomanie j'ai envie de dire qu'il va de soit que je vienne à m'intéresser aux faits impliquant le "lien social".
En tant que brésilienne, américaine ... du sud, ayant vécu quelques bonnes années dans mon pays de naissance, je me sens interpellée par le mouvement de société actuel - ici nommé mondialisation, là-bas bien après-coup globalisation - et ce que peuvent dissimuler ses outils et surtout méthodes - ou non méthodes - d'épanchement tous azimuts - médiatisation, information, communication - imaginarisants à l'extrême.
Je pense que la course effrénée vers la démesure engage la corrosion du lien social - plus particulièrement dans son acception éthique. Nous arrivons alors au paradoxe de produire, en tant que société, des liens de désocialisations.
Addiction libérale. Réduction temporelle. L'une appelle l'autre ou plutôt, la première produit la deuxième ou la deuxième est un 'déchet non recyclable' de la première.
Je veux dire par là que ce mouvement de génératrice qui m'évoque le libéralisme sans frein ni limite, est un pousse à jouir, un pousse vers l'extrême, vers l'infini, vers la recherche d'un impossible éternel de l'éphémère instant, vers l'illusion de transcendance corporelle.
Alors, les objets miroitant cet idéal intangible se multiplient : jeux, sports, drogues, dieux, fêtes, orgies ...
Règne la frénésie imaginaire de l'extrême.
Et c'est la course.
Une course stérile, sans fin et le lien social en pâti parce que le temps de ce lien est proportionnellement anéanti et peut-être définitivement au plan singulier.
Course au vide, au néant ?
Etreinte progressive avec le chaos ?
Mais, vivons-nous une période de décadence despotique et souveraine ou, plus humblement, de complexe mutation ?
Une note d'espoir ou une proposition :
Evoluons, progressons mais parlons-en. Pourquoi pas de télé, d'ordinateur, d'internet, de progrès technique, de nouvelle économie ?
Okay mais, parlons-en, restons auprès des regardants d'images pour ne pas en fabriquer des voyeurs.
Prenons le temps de la parole. Une parole critique.
Exigeons la rencontre et le temps de parole, éléments intrinsèques au lien social et seuls gages du retranchement du fléau des addictions.
J'ai bien dit le temps de parole, manifeste de l'incontournable temporalité dans laquelle se fonde la destinée de l'être humain.
Autrement dit :
Si nous ne prenons pas le temps d'accompagner en présence toute introduction dans le "nouveau monde" (cyber et cie.) c'est la fonction imaginaire qui prendra le devant de la scène psychique.
Nous sommes alors entraînés dans ses abysses. Dans ce mouvement, la dimension temporelle s'effondre.
Il ne reste que du réel.
La création de la temporalité n'a plus lieu d'être. Il ne reste qu'une succession de présents. Le temps n’y est plus, et dans cette chute, il amène avec lui le sens, l'histoire, la culture, l’humain.
Ou alors si, mais pour une élite, et encore.
Doit-on redéfinir l'humain pour mieux adapter la pensée occidentale au mouvement actuel qui, pour exister, exige des payements en livre de chair ?
Nous n'avons qu'à regarder le monde pour le constater.
C'est la course libérale, addictive, qui orchestre ce processus d'effondrement. Il lui est intrinsèque et il est lancé.