// - FROMAGE DE TÊTE - d’un désamour
FROMAGE DE TÊTE - d’un désamour

fromage de tète d’un désamour


What’s in a name, Horatio?


Deux noms coïncidèrent volens nolens dans le destin de Freud. Shlomo et Sigismond. Tous deux en quelque sorte par lui reniés.


Pourquoi ?  


     1-E. Jones (cf. sa biographie de Freud, ainsi que pour la plupart des informations à suivre) raconte qu’en conseil de famille le jeune Sigismond imposa le prénom d’Alexandre sur son nouveau né frère. Nous voyons que tôt dans sa vie -il avait alors onze ou douze ans-,  la nomination comptait pour lui.


Nommer l’autre n’est peu de chose qui renvoie à l’injonction de Dieu.


L’incident nous laisse entrevoir aussi son penchant pour les études, son assurance hors-norme et, j’ose dire, un petit complexe d’enfant roi. 


     2-Onze années plus tard Freud changea son prénom à celui de Sigmund. C’est, dirons-nous, un changement qui cherche à passer inaperçu.


Or qui dénote quelque chose.


Je n’ai pas assez d’information pour savoir lequel des deux parents l’avait nommé.


Son nom câlin, le diminutif Sigi, laisse supposer la mère...


Je rajoute que je ne cesse d’être étonné que nous qui tenons autant au détail, á l’importance du prétendu acte anodin qui, ainsi que nous le constatons sans cesse dans son Leonardo, en dit long sur le désir inconscient, que nous qui n’avons pas froid aux yeux devant l’habituelle insuffisance humaine, soyons si circonspects envers cet escamotage de noms.  


J’ai trouvé deux rois polonais nommés Sigismond comme Freud et le héros de Calderón; trouvé aussi que des Sigismond nobles il y a pléthore dans ces régions. Il me faudrait me pencher sur leurs biographies afin de savoir peut-être pourquoi Calderón choisit ce nom.  Or je ne puis abandonner la biographie de Mary Shelley par Cathy Bernheim, que je suis en train de lire.  Mary Shelley, qui  porta le nom de son mari, le grand poète romantique, or qui aurait pu porter ce de son père, Godwin, philosophe engagé, ou de sa mère, Wollstonecraft, auteur et première des  féministes.   


Quoique la chronologie  des  événements laisse supposer que Freud altéra  son  nom  avant  sa   lecture universitaire de Calderón, nous pouvons supposer que l’enfant précoce et lecteur qu’il était, avait déjà prit connaissance de son héros.


Nous pouvons aussi raisonnablement supposer que ce que de son propre nom lui déplaisait se rapportait au héros caldéronien.


     3-Dans la liste des ouvrages que l’élève Freud avait pour habitude d’envoyer à sa fiancée se comptent, justement, celles de Calderón de la Barca, auteur de La vie est un songe. Titre qui anticipe le sujet qui lui ouvrira les portes de la découverte. Curieuse et injustement J’ai, aucune des œuvres de Calderón n’est résumée ni commentée, ainsi que le sont d’habitude ses pédagogiques envois.


Les cadeaux que faisait Freud à Martha et à Minna consistaient surtout en livres. Mentionnons parmi eux les œuvres de Calderón; l'ouvrage de Dickens qu'il préférait: David Copperfield; L'Odyssée d'Homére, livre très cher aux fiancés; Le Docteur Luther, de Freytag; Cabale et amour, de Schiller; L'histoire des papes, de Ranke, Les esprits modernes, de Brandès [...]. E. Jones, La vie et l'œuvre de Sigmund Freud, PUF, I p.192.

L'absence du titre de Calderón fait trou parmi tous ces autres titres, n'est-ce pas? 


Sachons pourtant que les hispanistes de langue allemande comptaient alors parmi les plus réputés ; et que l’Œdipe de cette pièce –contrarié dans ce sens que la prophétie ne fut pas réalisée-, s’appelait Segismundo, fils lui aussi de roi.


décidé d’utiliser dans mon écriture, pour les monotones adverbes en série, stylistiquement à éviter sauf exception, cette rustre technique de ma langue maternelle ; je le ferai ouverte, légère, impudiquement.


Trame:

Basilio, roi de Pologne emprisonna son fils héritier Segismundo dès sa naissance, car selon prophétie celui-ci serait un roi cruel. Il informa ses sujets que son fils était mort né Une fois adulte, le roi révéla à  sa court l’existence du prince et permet un vote le déclarant héritier du trône. Amené au palais, Segismundo se montre violent, défenestrant un servant, et essayant de violer une femme. Il est drogué et retourné en prison.


Il est par la suite informé que les événements de la veille n’étaient qu’un rêve. 


Son geôlier lui reproche toutefois son onirique comportement peu princier, ce qui suscite son remords.


Suite à une rébellion contre le roi par ceux informés du traitement subi par Segismundo, il est libéré. Les rebelles vainquirent  l’armée du roi et Segismundo put  assumer sa place. 


Or Segismundo se  pose la question de savoir s’il rêve alors ou pas. C’est alors qu’il conclue dans un remarquable monologue souvent comparé au to be or not to be de Hamlet, que la vie est songe


Il décide finalement que rêve ou pas il se doit de se comporter noblement, car Dieu est Dieu, et pardonne son père le roi.


Ce pardon du père, moment clé souvent utilisé pour représenter l’œuvre évoque la question de Jésus sur la croix.  


Ainsi, pouvons-nous par volonté spirituelle nous extirper de la prophétie, de tout ce qui renvoi à l’œdipe, et nous précipiter plutôt sur la situation actuelle de Segismundo et sur son mythe :


Sa prison est une tour et sa conscience son geôlier, ce qui ne manque pas d’intérêt. De là à imaginer les interactions entre moi, ça et surmoi, il n’est qu’un pas qu’il faut hésiter à prendre sans assumer les nuances.


Renvoi à la métaphore de Platon de l’homme prisonnier dans une caverne  d’où il ne pourrait échapper qu’en allant vers le bien. Ce fut justement en découvrant le bien en soi même, en pardonnant son père Basilio -qui toutefois n’était un Laïus-, que Segismundo accéda au pouvoir.


Ceci se joue selon les canons de la ‘’religion dogmatique’’ -laquelle, égal à lui-même, Freud accablerai puis, égal a lui-même, rédimerai dans son Totem/Moise-, lesquels canons proposent le domptage de l’instinct par l’esprit, confirmant par avance la fonction du moi par rapport au ça et infirmant la position de Freud sur la fatalité pulsionnelle.


Or, dit Lacan, le moi n’est pas le bon agent pour traiter avec l’inconscient, dont il  fait partie. Si la question était, comme l’affirme Freud, d’utiliser la clé de la raison, en l’occurrence le Je, pour déverrouiller le château et devenir au royaume de l’Inconscient,  il faudrait logiquement  que le venu vienne du dehors.


Je me suis cassé la tête depuis des années pour même commencer à saisir comment Lacan concevait le moi. Je dis concevoir parce que, malgré sa tranchante première dans Le stade du miroir –pernicieux projet qui provoqua E. Jones à interrompre la lecture de Lacan devant un publique médusé et qui marque le début d’une difficile relation avec l’IPA qui finira par une excommunication-, en tout cas,  ce que j’entrevois est que chez Lacan la place du moi freudien est occupée par l’également freudien surmoi, instance qui sans nuire à l’Inconscient, s’affirme par le symbolique et non par l’imaginaire.


J’ai parfois l’impression que Freud ne savait quoi faire de cette instance qui nous pourrions inscrire sur l’hérédité, sur la science, celle de Bernard, l’expérimentale, celle de Taine teintée d’une théorie sinon d’un présupposé, or qui frôle même chez Freud le mysticisme-, se situant plutôt plus près de l’âme que du génhomme.  


Si tout était génome nous serions gnomes.


Voila pour le fameux triomphe de la science dont de nous jours et dans nos cercles nous entendons tant parler, triomphe qui sous-tend que la psychanalyse n’en serait pas une.


Pernicieuse idée dont nous sommes parfois et parfois avec insistance, les clairons.  


[…] la science a développé sa conscience  hors des connaissances fondamentales de l’être sur soi. Le grand fantasme d’objectivité du XIXe siècle a eu cet effet paradoxal. Puis les savants se sont rappelé  qu’ils
appartenaient  à l’ordre de l’humanité et le XXe siècle a  créé  une  méthode  scientifique  d’approche de la

subjectivité : la psychanalyse. Parallèlement un discours scientifique est en train de naître, qui réintroduit

le hasard, la subjectivité, la relativité, la sérendipité dans l’ordre du réel, et mesure leurs effets sur la description scientifique du monde. Cette

 


Je trouve remarquable que cette vision nous vienne d’une romancière et journaliste, Cathy Bernheim, et déplorable que des nôtres semblent l’ignorer et en fassent de la psychanalyse la perdante d’office à la faveur du soi-disant triomphe de la science.


Science,  mot qui en premier veut dire savoir.


Rien ne nous empêche de concevoir que les choix qui jalonnent le trajet de Freud étaient tôt marqués; que Sigmund tôt assume Freud ; que l’écolier qui écrivit sur Œdipe entamait son parcours marqué du mythe que Lacan appellerai le sien ; que Freud, à mes yeux le premier lacanien, supposait et rejetait, l’inconscient de Lacan ; somme toute le sien, le même qu’il dévoila par la partie intelligible puisque douée de la parole, de l’instinct// 


Comment Freud aurait il pu aller contre son histoire ? Le pouvez-vous, qui lisez ses lignes ou moi qui les écris ?


dimension, celle de l’imprévu, fut prévue et éclairci par Lacan dans son élaboration du grand autre, ainsi que je ne cesse de le répéter.  Le néologisme sérendipité, mot que je viens de trouver pour la première fois en français hormis mon propre  emploi, car le mot fascine, vient de l’anglais serendipity, qui veut dire heureuse, inopinée trouvaille. Cf. Cathy Bernheim, MARY SHELLEY Qui êtes-vous ? la manufacture, 1988, p. 131.


cette dette                           


Le livre de J. Wortis est à cet égard importantissime. Nous l’y voyons oser confronter Freud avec le judaïsme, et la réponse de Freud fut,  pour le dire par raccourci,  je suis qui je suis.


Dans mon temps Freud était trop ou pas assez juif. Des idiots il y a toujours et partout, vous savez. Trop ou pas assez, et voila deux bêtises pour le prix d’une ! Ce qui est vrai est que père Freud était complètement lui et qu’en plaidant pour la bonté, même au titre de névrose, il risqua gros. Dans son dernier ouvrage –cela n’est pas technique sinon littéralement vrai- Freud bouscule son histoire, s’assume en elle, réécrit à son avantage même ce qui touche à l’idéalisme de jeuneuse qui  dans le cas de Cervantes, par exemple, il condamna d’une phrase  désabusée.  


Car en quoi consisterait cet idéalisme sinon en au moins contempler la possibilité d’aimer ? Et quoi sinon une démonstration de cela serait son homme Moise ?


Or son temps n’était le même que lorsque son admiré Spinoza jeta sa pierre dans la mare. Pour Freud seulement quelques reproches voilés ci et là, puis rien sinon dédaigner certains de ses livres.


Je rajoute en passant qu’à la lecture de Spinoza j’ai l’impression de découvrir l’âme jumelle de Freud et de votre arrogant serviteur, qui dans son Tractatus  -Cf. Chap. 8- questionne  l’origine et l’agencement des textes bibliques concernant Moise.      


Fermons la parenthèse. Je vous disais plus haut que, quoiqu’à contrepoil, Freud caressa l’idée d’un Lacan, et qu’à ce  moment précis de sa vie d’étudiant il la rejeta.


Enfin, que quelque chose s’était passée alors, en rapport avec Silberstein, en rapport avec sa découverte de Cervantes et Calderón, en rapport avec l’histoire de son peuple en Espagne ; en rapport avec la lecture de son histoire, son père, sa mère, sa nounou. 


Freud se mit alors, pour le dire ainsi, dans une situation dont il s’extirperait pas à pas jusqu'à arriver à L’homme Moise.


// enfin, que comme je vous le disais plus haut, la route de Freud, qu’il eût pu le dire ou pas, était tôt balisée ; que par la suite chercher les testicules des anguilles ne serait qu’un abord dévié de la sexualité au cœur de sa préoccupation, dont il discuterait plus tard avec Fliess jusque à l’absurde et à la trouvaille; que le choix de Charcot était marqué, ainsi que sa capacité d’en tirer seul parmi tous le bon renseignement de son maître : ça parle ?


Pas facile de comprendre Freud au niveau non pas de sa découverte sinon de son rejet. Vous savez qu’il a raison inéluctable, or qu’en tant que découverte de l’esprit elle change la donne ; que l’inconscient est assumé ou devient trope ; que du fait d’exister l’Inconscient donne raison à Lacan, qui l’entend autant parler que se tromper de mot, autant dire le mot que l’oublier. Ce n’est pas que le mythe de Freud soit plus ou moins vrai qu’un autre, sinon le premier et la naissance du notre, ainsi qu’il l’illustra dans son Totem.


Puis, pour fermer la boucle,  Freud insiste sur le fait que Moise fut le premier dieu d’amour.


Adagio  (Sehr feierlich und sehr langsam)


Juan Ramón Jiménez dit par aphorisme délaisser une première édition au profit de la dernière.  Non pas que pour le bibliophile une première édition n’ait de valeur sentimentale ou marchande ni qu’elle n’ait de valeur historique, Le sinon que l’ouvrage de l’esprit est toujours a work in progress, est la pèlerine grégarité humaine qui aspire à devenir oeuvre, au même titre que la mythologie est le chantier collectif de l’inconscient.


Si je tombe dans le  lyrisme c’est parce que je suis sous le charme du plus long court adagio de Bruckner, suivit d’un superbe scherzo.  Trente six sublimes minutes.


Alors, tenez,  la locution de Bruckner et non brucknérien…Par l’adjectif j’aurais dit que j’écoutais un disciple, probablement Mahler. Ce que je fais aussi.  Or Mahler est brucknérien and Bruckner non, qui on dirait wagnérien et ainsi de suite.  


C’est la différence entre le génitif,  le cas qui engendre, et ce qui du fil fait nœud.  


L’humanité fait fils, et des fils les cordes dont on ne doit parler dans la maison du pendu.    


Je regrette donc les implications sociales d’une vision selon laquelle l’homme est instinct, le ça,  le id, l’ello, quand non pas l’ego, guère mieux, ou le je ; enfin, les méchants ou les égarés.  Ce pourquoi la logique voudrait qu’ils soient soit enfermés soit rééduqués.


C’est avec le rééduquer que la batte blesse. Si nous tenons à Freud littéralement, tout est déterminé  avant les cinq ans d’âge.  Ce pourquoi la science, celle des journaux, celle que l’on dit triompher, celle qui par notre dit nous promouvons, celle qui cherche à tester, diagnostiquer, puis redresser l’enfant avant l’âge fatidique de cinq ans par quelque moyen chimique ou militaire que ce soit, celle-là n’est pas la notre.


Attendez-vous à ce que l’âge buttoir recule de plus en plus et qu’on traite directement ovules et spermatozoïdes.


C’est bien triste.


Au secours, Dolto ! Au secours Winnicott !


tout, côté vice, est de retirer l’objet du marché de la conscience collective pour y en devenir propriétaire, pas nécessairement  dépositaire,  du savoir.  Ha ! Imaginez que vous aviez en votre pouvoir l’édition princeps de la Genèse, en profiteriez  pour la faire la votre au lieu de l'adultérer ? Espérons-le au moins.

J’en profite pour vous dire que ce que je vise à faire, ce qui en anglais se dit  I aim, mot d’une belle consonance, est vous communiquer

-Commun niquer ?

-Non : comment niquer.

ceci : si vous appréciez ce qu’aussi sobre que personnellement je vous dis, vous en conviendriez qu’ici, avec vous, je suis moi. Vous m’appréciez ? Et bien, je suis moi malgré moi et grâce à la psychanalyse, grâce à un disciple de Freud. Je mis la psychanalyse en premier, remarquez, or elle passe par l’analyse qui passe par l’analyste. C’est qui, l’analyste ? Est l’analyste vous, elle, lui ? Quelle différence ? À la limite l’analyste pourrait être vous-même. Voyez Freud et Lacan. Le problème est que, quoique le génie existe,  malgré tous mes efforts je n’aurais pu être ici avec vous sinon pour l’analyste. Et cela même si en fait j’ai toujours été ici, quoique jadis  je cherchais à me dire sans nuance, trait encore impardonnable d’une personnalité qui ne rivalise qu’avec son ignorance.

Je ne sais. Or Il est le temps de faire ceci.    

 Ma vie est d’être témoin, ce qui veut toujours dire témoin de. Et  je me garde bien d’être martyr.

Je pensais jadis que la psychanalyse était ce qui comptait et que pourvue sa science,  le psychanalyste pourrait être n’importe qui parmi nous.

Or je me trompais. Le psychanalyste compte énormément.


Le triomphe de la science marche comme sur de roulettes, car  pour de bonnes raisons l’état veille aux paix et ordre. Chose facile à obtenir si nous étions raisonnables.


Or voila que nous sommes de monstres, comment faire alors ?


-Et bien monsieur, c’est vous le spécialiste.


Le quid est que la psychanalyse s’intéresse au sujet, et provoque immanquablement le désordre, que l’individu est désordre, est par définition hors la loi, ce pourquoi il se doit de la respecter scrupuleusement pour pouvoir rester dans son désordre et imaginer, fantasmer -c’est par ce verbe qu’on accable parfois une bonne idée- un monde humain et non débets, même sous contrôle du notable.


Nous sommes assez nombreux pour séparément agir en accord. Mon idée serait d’arrêter d’apprendre l’analyse, et surtout d’apprendre à en parler,  et d’en faire une. 


Je rêve, bien sûr. 


La vie est songe, revenons  


Quelle différence avec l’affirmation de Lacan que non seulement le moi mais aussi le monde est imaginaire ? Quelle différence avec la représentation ?


antique anachronisme


Pourtant, Calderón et Sophocle traitent en partie du même sujet, à savoir la relation père-fils sur fond du pouvoir et pulsion. Question de Phallus et phallus donc. 


Or Laïus avait beaucoup plus de raisons que Basilio de se sentir coupable et de craindre la loi du talion.


Triste vie, la sienne.


sale son


Si ce n’était pas parce que le mobile de ses  partisans était  de réinstaurer le lignage de Cadmos, ce d’Œdipe récemment usurpé, je pourrai dire que Laïus méritait de mourir au lieu d’être par Pélops protégé.  


Laïus -je ne sais ce que le nom veut dire en grec, si quelque chose, or ce nom a un sale son- pédéraste coupable d’avoir enlevé Chrysippe, fils du roi Pélops, son hôte, qui lui avait confié le gosse en lui demandant de lui apprendre l'art de conduire un char.



Laius.jpg

Laϊus enleve Chrysippe


Que dit la prophétie à la source du bannissement de Segismundo sinon qu’il amènerait des troubles et cruauté au royaume ? Or il n’amena ni trouble ni cruauté sinon  paix et bonté. Le fils pardonne le père. Acte clé de cette allégorie et ce sans quoi rien n’aurait été possible. Car à la fin tout se résume à une histoire père/fils, à la loi du père-roi et aux devoirs du fils en tant que prince héritier.  


La prophétie fut frustrée. L’homme transcenda le roi et le prince transcenda l’homme et par son pardon devint roi. Ceci fait contrepoids moral au courageux aveu publique du roi d’avoir un héritier légitime et de l’avoir emmuré par crainte d’une prophétie.  


Je pense que c’est cet aspect-là qui caressa Freud à contrepoil. Eut-il penché côté Segismundo que sa théorie aurait été moins truculente et également vraie. Or comme chacun, Freud ne peux oublier son histoire ni son roman familial.


C’est cela la mémoire, abstraction fondée sur le souvenir or en quelque sorte déjà-la.


(Les informations à la radio : par où je constate que le monde est si petit qu’Afghanistan est au centre et si grand que Palestine est en banlieue.) 


Dans les scènes qui mènent à la confrontation père-fils Segismundo, de facto au pouvoir, peut contempler sa vengeance.

 

Or le roi déchu est par le fils pardonné.


Calderón s’arrête devant le parricide.

 

PERDON.jpg

>

Segismundo pardonne Basilio

Alors, par un tour de casuistique, chose dont ceux qui suivent mon écrit me savent adepte, je vous démontrerai que tout cela n’est que fonction de l’inconscient, que l’imaginaire de Lacan en dit la même chose, que la vie est un rêve, une image mal perçue de la réalité, du fait de nouer une aspiration biologique au symbolique, et puis que si Lacan le dit, freudien, il dit ou pense dire ce que Freud, sinon dit, aurait voulu dire.


En tout cas, c’est ici ou ma démonstration devient aussi impossible que le réel : je ressens l’élan lacanien chez père Freud, et surtout par son contraire, par cet acharnement à le  nier et renier auquel je fais ailleurs allusion. Ce qui fait


Illusion.


aparté petit par appétit ou petit aparté


Freud qualifie le rêve du délire nocturne. Comment effectivement savoir si ce que nous vivons est réalité ou délire diurne? Borges traite du problème épistémologique par le biais du fameux rêve de l’Empereur chinois dont le nom m’échappe, celui qui unifia l’Empire du Milieu, je pense, que ayant rêvé qu’il était papillon ne savait au réveil s’il était l’Empereur qui se souvenait d’un rêve où s’il était le papillon qui se rêvait Empereur.


préjugé pèrepétué

    

     4- Jeune Freud fut lecteur de Cervantes. Il signait sa correspondance avec son ami Silberstein par le nom de plume de Cipión, et plus précisément ainsi: Tu fidel Cipion, perro en el Hospital de Sevilla, tandis que son ami signait Berganza, tous les deux noms tirés de la nouvelle exemplaire de Cervantes, El coloquio de los perros.

Causerie de deux chiens doués de la parole devant un hopital. Ce qui en dit long.

    

     5- Dans la seule lettre connue de Freud à López-Ballesteros, à son Platon, à son Littré, à son Quijote, Freud frôle l’indifférence. Il l’informe que par idéalisme de jeunesse il avait appris l’espagnol en autodidacte pour lire Cervantes, langue qu’il connaissait assez pour constater la justesse de sa traduction,  pour laquelle il le félicite copieusement.


Que je sache, cette lettre est la seule jamais envoyée par Freud à son dévoué traducteur, celui qui s’assura que l’œuvre de Freud fût traduite à l’espagnol en sa totalité,  tandis que le restant du monde traine encore…   


Il est quand même signifiant que d’ignorer une telle dévotion.


Il se peut que Freud ait beaucoup tiré des exemples pathologiques dont Cervantes est riche. Or il est certain qu’il le rejette. Il se peut que La vie est rêve  ait éveillé quelque chose en lui. Or il est certain qu’il le rejette. Il semble ne vouloir s’associer  à Cervantes ni à Calderón, peut-être, me dis-je à court d’autre raison,  parce que ils étaient enfants du pays de l’Inquisition.


Cela se comprend.


Or des inquisitions il y en a eu de tout temps et il y en aura encore et pour aussi longtemps que les tribunaux existent. Socrate en fut victime.  Jésus subit la sienne, et Galilée, ainsi que son tant admiré Spinoza. Et Lacan. Et puis, à un moindre degré, Freud lui-même aussi.


Et Freud, lui qui s’intéresse si intensément au roman familial, pourquoi en fait-il abstraction dans son propre cas ?


E. Anglada






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