// - FROMAGE DE TÊTE - Cipión l'Afreudien
FROMAGE DE TÊTE - Cipión l'Afreudien

Après [les Nouvelles exemplaires], si la vie ne me quitte, je t'offre les Travaux de Persilès, livre qui s'enhardit à rivaliser avec Héliodore, si du moins cette hardiesse ne le fait pas en ressortir l'oreille basse...


Cipión L’Afreudien


pur pif


Le Colloque des chiens : Silberstein et Freud


En attendant réception de The Letters of Sigmund Freud to Eduard Silberstein, 1871-1881, et peut-être d’éclaircissements supplémentaires, voici quelques pensées :


Nous tenons comme une curiosité le fait que Freud ait adopté comme nom de plume épistolaire celui de Cipión, et Silberstein celui de Berganza, les deux chiens du Colloque des chiens de Cervantes.


Cette Nouvelle exemplaire est la seule à être nouée à une autre, ou plutôt à y faire une parenthèse, ce qui résulte en une nouvelle bicéphale: Nouvelle du Mariage trompeur suivi de La nouvelle du colloque des chiens. La première décrit les tromperies d’une femme qui se fait passer pour quelqu’un de qualité pour plumer son nouveau mari. La deuxième (une parenthèse) décrit le colloque d’une nuit entre deux chiens doués de parole dans un coin de l’hôpital de Valladolid.


Campuzano, personnage de la première nouvelle, raconte un incident survenu lors de son hospitalisation :


-[…] Et c’est que moi, j’ai entendu, et presque vu de mes yeux, ces deux chiens, dont l’un s’appelle Cipión et l’autre Berganza, rester une nuit, qui fut l’avant dernière où j’achevai de suer, allongés derrière mon lit [et] comme je demeurais en éveil dans l’obscurité, à songer à mes aventures passées et à mes malheurs présents, j’entends qu’on parlait là, tout prés, et je tendis l’oreille […] et, peu âpres, à ce dont ils parlaient, je vins a connaitre ceux qui parlaient, et c’étaient les deux chiens .Cf.


Par cet artifice, par cette cheville qui joint et confond, fit Cervantes ce que de lui fait Cervantes : parler hors le temps ainsi que l’inconscient sait le faire. Cela passe par le trait de simultanéité, par l’atemporel effet produit sur et par celui qui écouta deux familiers chiens mystérieusement doués de la parole raconter leur vie. Impossible pour le narrateur même de savoir s’il délirait -c’était l’avant dernière nuit de son séjour a l’hôpital, quand il acheva de suer.


Cervantès
Nouvelles exemplaires, Gallimard 2001.p436.


Et bien, tout cela fait que le lecteur ne sache où s’arrête le rêve ou délire fiévreux et où commence la raison. De surcroit, en abordant le Colloque, présenté souvent comme une nouvelle en soi et non le coup d’inspiration formel qu’il était, le lecteur ne sait si c’est le malade qui raconte, ou Cervantes. Comment situer deux voix qui sortent comme du néant, sans didascalies, sans auteur, sans adjectif, de là ou god est palindrome de dog et donc de Cipión et Berganza ? Des bêtes parlantes existent dès l’antiquité, en théâtre et mythe, en fables, par métamorphose ; rien là de nouveau. Ce qui est nouveau chez Cervantes est que, en nous montrant des personnages la psyché, il inventa le roman psychologique. Celui qui entend la voix de Berganza entend la voix d’un homme. Celui qui entend Cipión entend la voix d’un autre homme, curieusement apparenté. Surtout que ses voix ne sont jamais corrigées de l’extérieur, elles existent. Bien sûr, il y a une cheville : Cervantes. C’est lui qui raconte d’un malade qui dans un peut-être délire fébrile quand peut-être il entend deux chiens, tiens Cipión et Berganza, tenir une conversation près de son lit hôpital. Puis, cette introduction passée, nous plongeons dans le mot initial: Cipión, le chien qui commence à parler, et mimétique nom de plume de Freud,


Une fois, je raconte ceci souvent, tant il me hante, Freud écartait Cervantes d’une mi-teinte pichenette :


idéalisme de jeunesse.


J’ai du mal à accepter que Freud ait pu dire cela. Jusqu'à ici je ne l’ai trouvé dit par Freud, sinon cité.


Tout en me tenant à ma façon de lire, à l’indéterminé, au pif, à lire sans intention véritable autre que guérir, mourir, -ce qui explique qu’il me faille, volens-nolens rentrer dans le symptôme, le mien, et même sans ni frapper ni m’apercevoir, téléguidé-, malgré ma méthode donc, je n’abandonne l’espoir d’y tomber dessus un jour. Entretemps je préfère me tenir à l’idée que père Freud avait senti non que Cervantes soit auteur de la jeunesse, sinon de la vieillesse.


Or, après tout, un Nabokov eut à se repentir de la même erreur Dans.


À la fin du colloque, renouons, le narrateur et son interlocuteur de la nouvelle précédente reprennent la parole:


-Fût-il pure fiction […] ce colloque me parait si bien composé que vous pouvez […] passer au second.

-Encouragé par votre avis […] je vais m’apprêter à l’écrire, sans plus débattre avec vous pour savoir si, oui ou non, les chiens ont parlé.


Je voudrais ici faire ressortir que malgré que je sois dans la spéculation, les choix de jeune Sigismond obéissent autant au hasard d’une lecture qu’à sa personnalité et destin.


un séminaire à Harvard, Nabokov, qui disait mésestimer Cervantes, admet au fur et mesure de la lecture du Quijote, d’avoir méjugé et d’être dès lors acquis à la cause cervantine.


Pourquoi l’identification de Freud avec Cipión ?


Pour le nom d’abord, je suppose, puisque Freud était depuis toujours admirateur de telles figures, par preuve Alexandre. Puis peut-être -je projette-, parce que l’idée même qu’une bête puisse parler avec une telle vraisemblance lui file l’unheimlich, puisque nous parlons tous . Question forme tout est fait pour présenter cette parole en tant que souvenir, pensée ou délire, sans que cela soit jamais éclairci. Cette parole est surmoi autant que moi et ça.


Il ne reste pas moins que c'est par elle, par le symbolique du désir qui apparait exacerbé en rêve ou délire diurne, que Freud arriva au bon port.


Et voila le dernier puis :


Parce que Cipión écoute, Berganza parle.


Miroir de la structure psychanalytique. Par ailleurs, c’est bien Cipión qui non seulement écoute, sinon qui impose des règles qui augurent la fondamentale.


mon sens, la recherche sur la capacité à raisonner des singes, par exemple, à distinguer signes des choses, vise à montrer le banal de notre unique. Comprenait-il aussi, le singe, que le signe soit chose ? Et si on lui montrait une pomme, foncerait-il vers l’écran et appuyer sur le signe lui correspondant ? Pourquoi ? Comprendrait-il aussi que signe est contrepet de singe ? Je vais vous dire : le singe, même s’il parle, préfère manger la pomme.


Nous ne sommes pas si loin de ça, voyons.


Et si en stimulant une certaine aire de son cerveau à chaque fois qu’il presse un levier on lui file un électrique orgasme, le rat se laisserait mourir d’inanition en y appuyant encore et encore.


Pas si différent des humains non plus.


Je suis d’ailleurs triste que la seule jouissance qui vaille, celle de santa Teresa, soit au-delà des hommes.


C’est comme ca. À la femme jouissance, à l’homme castration.


topsy-turvy


Tekila, j’irais plus loin, comprend ma parole, et ma douce parole de surcroît. Je comprends la sienne, douce aussi. Des fois je me dis que le chien est une forme évoluée de l’humain. Je plaisante, or je suis sérieux quand je dis que j’ai beaucoup appris de moi-même en apprenant d’elle.


Ce n’est pas la folie d’être que nous craignons, sinon l’être de la folie. A force de ne pas vouloir voir la notre nous ne voyons que celle d’autrui.


Façon de dire que puisque le réel ne marche pas il ne nous reste qu’âimer. Cela Freud le savait et y en désespérait. Lacan est plus optimiste, qui nous donne la possibilité de donner ce que nous n’avons. C’est déjà au moins ça, puisque du fait de s’affirmer, l’aporie rende la chose possible.


Quelques exemples pour étayer le dernier puis :


p.447 -Cipión : […] conte ce que tu voudrais comme tu le voudras.

Ou bien : Mais encore, que t’est-il revenu à présent en mémoire ?


Je ne peux qu’imaginer un lien entre ces interventions, la formulation de la règle fondamentale et un encouragement à poursuivre le fil du souvenir, ainsi que j’ai maintes fois entendu dire à mon analyste :


-Mais encore…


Oui, mais encore. Oui, mais encore, songe-je.


p. 457. En voici un morceau qui me fait penser à la seule description que je connais d’une analyse -en l’occurrence dénommée par cette absurdité qui est la didactique aux allures parfois de sinécure-, celle de Wortis Je; Dont j’avance, en passant, que malgré son intention ineffable, -par où il est démontré que le didacticien-analysant n’avait, pardonnez le barbarisme, rien didactisé du tout- j'avance donc qu’un vrai portrait de Freud-analyste s’y dessine, transparent dès que vous saisissiez lalangue.


tiens à insister sur ceci, puisque tout ce que j’écris a pour intention de raconter un parcours d’analysant. La tentation est d’être béat ou violent, d’en profiter, de s’en faire une petite réputation, de se venger, d’être comme on dit, émule, de se construire avec les pierres de l’autre-analyste.

Je vous disais plus haut (ou plus bas) d’un aperçu -qui comme le mien vaut ce qu’il vaut, puisque c’est l’analysant qui le dit,
Sachez
que le seul dévastateur uppercut aperçu de ce qui se passe en une séance de Freud me vint par une source à priori suspecte, celle de J. Wortis, toutefois riche de renseignements. La situation entre Freud et Wortis était de surcroît compliquée du fait que Wortis était ami et protégé de Havelock Ellis, ennemi intime dont Freud dit ses quatre vérités.


toutefois que c’est l’analyste qui a le dernier mot. Si Puget, mon analyste, me reprenait, il aurait a priori raison.


dogme de dominance


Dans cette didactique Freud s’y montre honnête. Voila tout. Sa parole est acte. Voila tout. C’est à dire sous contrôle du surmoi. Là où par ailleurs une notion du moi freudien nous mène, ce qui à mon avis n’est pas complètement tenu en compte dans la version lacanienne du moi, quoique je reconnaisse l’avancée, pour ne pas dire divergence, que son moi représente pour la compréhension du psychisme.


Enfin, voici le morceau :


-BER : Tout est déjà là : c’est ce que je viens de dire.

-CIP : Quoi ?

-BERG : Oui, ce que nous avons dit, moi d’abord, et toi pour finir, des propos en latin et en langue ordinaire.

-CIP : Ainsi médire à nom pour toi philosopher ! À merveille ! Canonise, canonise, Berganza, ce maudit fléau qu’est la médisance, affuble-la du nom que tu voudras, elle nous affublera, elle, du nom de cyniques, qui veut dire : chiens murmurateurs ; je t’en conjure, tais-toi enfin, et finis ton histoire.

-BERG : Et comment la poursuivrai-je, si je me tais ?

-CIP : Je veux dire que tu la poursuives d’un seul tenant, sans lui donner l’allure d’une pieuvre, avec toutes les queues que tu lui ajoutes.

-BERG : Use du terme approprié : on ne parle pas de queues pour une pieuvre.

-CIP : Voila justement l’erreur que commit celui qui a dit qu’il n’y avait pas de maladresse ni vice à nommer les choses par leurs noms appropriés, comme si, du moment qu’il faut les nommer, il ne valait pas mieux les dire par circonlocutions et détours, de façon à tempérer l’écœurement que l’on ressent de les entendre désigner par leur noms mêmes. Les paroles honnêtes prouvent l’honnêteté de qui les prononce ou écrit.


Nous avons tous rencontré ce pari imbécile qui consiste à jouer sur les mots, ce que, paradoxale et merveilleusement n’est la même chose ni contredit le jeu de mots, qui bien au contraire nous est d’une grande utilité.


Ce que nous voyons là est le minable jeu de logique que l’analysant utilise très souvent à mauvais escient, la logique étant et la pire ennemie de l’insu et l’outil préféré de la répression. Le jeu n’est vraiment logique qui ne résulte dans la synthèse dialectique du divisé. Or la logique, ou plutôt le sophisme qui prétend venir au secours de la psychanalyse, n’est qu'acharnement sur les mots au mépris du psychique. Si vous êtes tenté de dire voyons, Lacan admirait le sophisme !, désabusez-vous, il ne l’admettait sinon pour ce qu’il avait d’aporie.


-Vous avez dit ce que voici :

-Non, j’ai dit ce que voici :


Ce n’est pas de tout pareil.


L’écrit fout un irrévocable bordel dans la maison de la parole. C’est comme si je vous disais que la psychanalyse est une maladie et la parole son sinthome. Je le regretterais, peut-être, et plus encore parce que Lacan le dit ; or regret ou pas ce dit est irrévocable. Vous l’avez lu.


Sachez que la lecture est aussi trompeuse que l’écoute.


Lacan nous fit remarquer que Socrate visait l’être.


Justement où la parole devient ivrevocable irrévocable.


illustre invité


Aussitôt que j’arrête de regarder les poules s’organiser, j’affinerai un fromage sur Socrate et Platon. Ils me fascinent. Surtout que je m’appelais jadis –par ineffaçable erreur administrative, rassurez-vous- Platon.


Platon sans Socrate ? C’est comme Luis de León sans Horace.


Lequel des deux, vit ? Où s’arrête l’un et commence l’autre ? Que dit le Banquet sinon qu’un riche aussi discret que philosophe - par preuve, il écrit, il a des théories-, avait un illustre invité, Socrate, qui s’occupait plutôt du désir de l’autre ?


Connaissez-vous une seule théorie de ce Socrate dignement attablé chez le philosophe?


Moi non.


On connait ses préférences, sa façon de vivre et surtout, surtout, sa façon de mourir.


Souvenons-nous que Lacan nous dit que la position de l’analyste est celle de l’Âime. Je parle Transfert. Parle Autre. Telle est la position de l’analyste.


Avez-vous vu Socrate mépriser quelqu’un ?

Moi non.


Occupons-nous donc de notre âime. Ce qui requiert l’égalité primaire, parfois écartée au profit du dogme de dominance, comme si une dialectique pouvait exister que ne supposât synthèse.


C’est d’ailleurs en partant d’une présupposée égalité que nous pouvons assumer que l’autre est à même de saisir l’enjeu psychique. Le binôme maitre-esclave présuppose la possibilité d’une entente, à quoi bon sinon ? Je mise sur cette entente impossible sans au moins un élément en commun. C’est l’âme, le transfert, l’humanité, l’amour, appelons-le comme nous voudrions qui sert de pont. Je rechigne à imaginer que la psychanalyse puisse s’identifier au maître, puisque c’est justement pour soulever le joug qu’elle existe, pour nous permettre de rentrer dans le champ miné de la liberté.


Je veux dire que parfois la vie trahit le mot.


Nous connaissons la méthode psychanalytique, dont nous nous adoubons, car enfin, c’est la bonne mais/ Enfin, à plus tard.


Que here’s to Blake: Buffet & Gates are Capitalism’s Peacock’s Pride.


Par exemple vous, qui lisez, vous êtes dans la position d’analyste. Régalez-vous et faites-moi signe, au besoin. Moralité : l’analysant parle. Et l’analyste ? À en juger par Freud et Lacan, il écrit. Et quand il parle il préfère se tenir à la clinique, dans la clinique et avec des cliniciens. Que ceci ne vous étonne : je m’adresse aussi à la clinique.


Je trouve difficile, chez Freud surtout, de distinguer ses écrits de l’analyse pour ainsi dire projetée dans l’écrit. C'est-à-dire encore la clinique.


Pour ma part je ne connais d’autre position que celle de l’analysant.


Cela me convient.


Il me vient aussi à l’esprit à propos des choix de jeune Freud, que le titre du dernier ouvrage de Cervantes est Les épreuves et travaux de Persilès et Sigismunda : histoire septentrionale. Je vous le donne en entier parce que je me propose piocher sous chaque mot. Qui est ce Persilès ? Qui Sigismunda, homonyme de Freud ? Novela bizantina, disons-nous. Roman byzantin…Particulier roman d’aventures dans ce sens que son modèle est grec. Cervantes disait d’ailleurs rivaliser Héliodore, natif d’Emèse (Phénicie, III-IVe siècle, à l’aube de la plus accomplie époque de l’Empire Romain/Constantinople) évêque de Trica qui écrivit en grec son Histoire des amours de Théagène et de Chariclée, titre syntagmatique de celui de Cervantes.


Le problème de nomination se pose à nouveau, puisque le terme même de Byzance (Βυζάντιον, patelin grec fondé sept siècles AC), est en tant qu’empire une invention des historiens, nomination inusitée pendant la durée de l’Empire Romain. Le terme fut employé en premier par l’historien allemand Hieronymus Wolf dans son Corpus Historiæ Byzantinæ de 1557 (c'est-à-dire à l’époque de Cervantes), une collection de sources byzantines.


Persilès et Sigismunda, revenons-y, deux princes nordiques amoureux qui –pour ne plus l’être ?- se font passer pour frère et sœur sous les pseudonymes de Periandro et Auristela.


Byzance est un nom occupé par aventure et culture, stratégique carrefour de trois mondes. Byzance est mythe autant que désir… c’est pourtant Nom, celui d’un lieu réel, d’un endroit stratégique d’où les grecs gardaient un œil sur le rivage méditerranéen.


Quand je regarde la mappemonde je ne comprends que cette masse de terre unie contienne trois continents, l’Afrique, l‘Europe et l’Asie, continents que comme un seul l’on pourrait parcourir à pied…


Or un continent, peut-il être autre chose qu’une île, aussi grande soit elle ?


Et bien, cet étroit, lieu maritime de presque-rencontre entre continents, est de ce fait chargé symboliquement. Lieu enjambé peut-être par un colosse, ainsi que l’imagination collective le représente -par sculptures, tableaux et de nous jours films -, et cela avant le colosse de Rhodes, qui concrétisait alors le mythe.


Nous voila à l’étroit entre Scylla et Charybdes


Je veux dire que l’étroit est fait pour être franchi, un défi par nature lancé à l’imagination, lancé au sens d’aventure qui anime l’homme le plus improbable -tel Freud, qui se trouva à l’autre rive de l’inconscient-, à songer la traversée. Ce qui induit ou est induit par la crainte que l’autre puisse aussi le franchir.


L’autre est imprévisible. Il peut nous mentir.


Et voila le quid.


Un petit truc de la nature humaine que Lacan décrit très bien et qui coïncide avec la nature tout court, puisque son éblouissante démonstration se fonde sur la physique quantique, qui explique à sa façon inouïe et irréfutable, le début de toute chose.


Dont nous.


Ce dont Whitman eut l’intuition pour dire : Je chante le corps électrique.


Si la biologie est chimie et la chimie est un chapitre de la physique, tout cela a un sens, non ?


Par Byzance comme par Gibraltar transitent les coutumes, légendes, mythes, langues des différents peuples qui habitent ce continent tricéphale. Enfin, que comme Freud et Cervantes Sa –est ce que jeune

Freud le savait ?, le lieu change aussi de nom : Byzance, Constantinople, Istanbul…


avedra
est un nom emprunté, suite à sa captivité à Alger, pour se distinguer de l'éponyme Miguel de Cervantes Cortina, exilé de la Cour.


Nous savons de l’importance du nom pour notre science. C’est ainsi que les anecdotes séancières font légion où le nom, surtout celui de l’analyste, s’insinue ou fait parfois une fracassante entrée sur scène.


(Je me souviens que tôt dans la cure, suite à un discours où j’avais omis de nommer ceux dont je parlai, et ce sciemment pour protéger leur intimité, croyais-je, Puget me fit remarquer :


-Les noms sont importants, vous savez…

Oh qu’il avait raison !)


Mardi 30.


Je suis descendu voir les poules au poulailler. Six cou-nus, mon dieu qu’elles sont disgracieuses ! Or bonnes pondeuses et bonnes à table. Et voila, je suis le seul en demeure et en misère mesure de les abattre.


Figurez vous que mon entourage me porte mépris.


(Un but de la technologie est de tuer sans se salir les mâimes mains. S. Kubrick avait raison de montrer que le premier outil fut l’outil meurtrier Je, ce que, comme le gratte dos, établit une distance entre l’acte et le corps visé.)


netrouve comment vous dire, littéraire, élégant et psychanalytiquement, que je ne sais écrire le mot meurtrier. Il me faut toujours, je dis bien toujours, me référer au dictionnaire. Cela m’arrive avec un autre mot que j’oublis/ ah oui, aujourd’hui, au-jour-de-hui. Hoy. Boudi, qu’est que c’est que ce bordel ! Au jour de hui, qu’est que c’est le hui, le hoy qui normalement dit tout. Alors, je fais recours au dictionnaire. Robert est drôle : Hui adv. Latin hodie. Deux syllabesque le génie ne trouve suffisantes, car à notre entendement cela ne relie pas le présent au passé. Car je ne le pense pas peut-être, or quand je dis hui en français je suis en train de situer ce jour par rapport aux sept précédents ; c’est le huitième donc. À bien l’interpréter, le jour du divin repos et le premier du travail humain. Aujourd’hui. Voyez-vous le baroque destin d’un simple mot ? Huis, porte, Huit, nombre entier naturel équivalent à sept plus un ; sept, le nombre de jours d’une semaine. Or dire dans une semaine est dire dans la huitaine, le huit revient, comme quoi l’on compte le premier jour de la semaine comme le huitième de la dernière. C’est compliqué, je vous concède, mais cela a un sens.


Une prétention classique m’empêche pourtant de trop apprécier ces baroques bizarreries.


Ma difficulté avec le mot meurtrier c’est plus compliquée, mais passons.


Ils trouvent étrange que je puisse abattre une poule. Or ceux chez qui je suscite un dégoût aux allures condescendantes, ne sont herbivores sinon carnivores confirmés.


Je ne pipe mot parce que cette incongrue sensiblerie ne me fait sortir de mes gonds.


En tout cas voila moi assis sur le talus à profiter du soleil d’une douce après midi en buvant mon whisky à petites gorgées distraites en observant les poules. Elles sont supposément de la même couvée, or il en est une qui parait plus vieille à en juger par sa crête et ses barbillons rouge-carmin presque comme ceux des coqs . Elle fait la garde –contre notre chienne Tekila, par exemple-, et défend mordicus son rang de première du pecking-order, de l’ordre hiérarchique mieux exprimé en anglais, puisqu’il s’agit effectivement de pouvoir utiliser le bec en premier, à table comme au combat. C’est elle qui décide le coucher et le lever de ses ouailles.


Elle organise la vie au poulailler.


N’empêche que si ma femme le permet je vais mettre un coq au poulailler, pour l’entendre chanter comme quand j’étais gosse.


Enfin, et pour revenir au sujet de nomination et à l’intrusion du nom de l’analyste en séance, retenons qu’en mettant notre nom en jeu nous nous offrons en pâture à ce que l’autre-analysant pige que tout est dans ce substantif idéal qui est un nom propre. Et, en ce qui concerne la théorie psychanalytique, le nom du désir. Cela taquinait père Freud. Lacan aussi, qui propose une définition algébrique –ce adjectif qui dit presque tout est le sien – et il convient de nous souvenir que l’algèbre a la vertu de substituer nombres par symboles. Une chose pour une autre, ce qui éloigne l’«objet cause du désir », le fameux petit a, du primaire et l’accroche au symbolique. Le mot sublimation me vient a l’esprit pour décrire dans l’analyse même, un trait que chez l’artiste est tenu pour symptôme. Ce qui nous oblige à nous reposer une question que le complexe œdipien donnait pour résolue :


D’où vient-il, Désir ?


Penser qu’à cet égard Freud serait moins fin que Lacan est erroné. Question finesse, celle de Freud est exquise. Mais j’en rate souvent la nuance qui consiste pour beaucoup à y renommer l’instinct; puisque du moment que nous le désignons par quelque nom que ce soit, nous rentrons dans le symbolique. Ce que Lacan dit avoir appris par Freud, pour qui la difficulté consistait en ceci qu’en tant que pionnier il lui fallait en parler du cru commencement, des origines sans nom, hors symbolique, qui inspireraient un Groddeck. Il fallait bien le montrer, le situer topiquement, le nommer.


Voila un problème qui dit tout : Freud ne savait pas nommer l’objet qu’il découvrait.


Il finit pour adopter l’Es, de Groddeck. Le français trouva Ça, l’espagnol Ello, qui me semble parfait. L’anglais Id, qui me semble douteux, puisque la traduction du livre de Groddeck en anglais est It.


Voyons :

1-Le terme Es est de Groddeck. Freud le lui dit par lettre.

2-La traduction en anglais du Das Buch vom Es, de Groddeck, est: The book if the It. Es = It.

3-La traduction en anglais du Das Ich und Das Es de Freud est : The Ego and the Id. Es = Id.

Quelque chose cloche. Il y a un quId.


Encore un problème de nomination.


Enfin, que père Freud ne savait comment nommer ce qu’il découvrait. Et pour cause. C’est en cela que consiste une découverte idéale, forcement celle de l’objet qui n’a pas de nom. Or la nomination, pardonnez l’évidence, est importante pour pouvoir en parler, pour l’insérer dans une dialectique abordable à l’entendement et puis traiter de sa suite logique, les aspirations de l’âime.


Ce qui pourrait se nommer aussi castration symbolique. Ce qui pourrait se nommer aussi sublimation.

Nous y voila de l’autre côté du cru, dans l’esprit de Leonardo ou de Cervantes.


Je me pose des questions à ce propos.


Puisque nous sommes encore sur l’histoire de noms, considérons que nom pour nom ce de Scipio l’Africain –nom qui pour l’anecdote signifie verge, bâton, canne…- n’est moins signifiant que ceux d’Alexandre ou Salomon. Et d’ailleurs Scipio fit ses bons jours guerriers en Espagne. Homme d’action comme Cervantes, aventurier, explorateur, découvreur, courageux soldat à Lépante, cinq ans durant admirable captif des Turks à Alger, homme qui ne distinguait l’acte de la pensée.


Et bien, Cervantes naturellement admirait Cipión, qui faisait partie de son histoire nationale. Alors il nomme Cipión l’un des chiens du colloque. L’autre Berganza nom. Colloque et non dialogue entre deux voix désincarnées, voix prisonnières du texte que d’elles mêmes elles construisent. Prenez les pages pour corps et les mots pour parole et vous verrez le désir en lutte avec le refoulé, la page qui se referme sur elle-même et la tutelle du surmoi.

qui en laissant entendre, vergüenza, vergogne, contraste avec le noble nom de Cipión.


Le texte se dit tout seul. Nous revenons ainsi à une structure humaine connue, celle du Don et Sancho, revenons à deux voix qui se dissent se disent, à deux façons de vivre la réalité la réelitè.


Deux voix qui représentent deux opposés, le bien et le mal, l’intelligent et le stupide, la raison et la déraison, l’ignorance et la connaissance qui dans la compassion cervantine n’ont de pair que la grandeur de son âme, et cette tranquille assurance qui le rapproche de Socrate,


Je pense que ceci sied à celui qui deviendrait Freud.


Dimanche 28-09-08


Ce matin au bistrot mon dominical partenaire et moi avons gagné une partie de belote coinchée haut la main, et contre de redoutables adversaires. J’étais aux anges. J’ai toujours pensé que pour se connaitre, les hommes doivent soit jouer soit travailler ensemble. Mon partenaire, maçon retraité, et moi maçon par affection trop vieux pour trimballer pierres et parpaings, nous consolons par la belote et, la saison sonnée, en cherchant des champignons en hauteur, dans les encore abordables pentes de l’Aigoual.


Par la suite, en réglant ma note –excepté le café que les perdants paieront-, j’entendis le discoureur du bistrot, un peu sous l’effet de l’alcool, insister que « ces jeux-là » sur lesquels je ne saurais vous éclaircir, seraient mieux joués à poil.


-Voila quelqu’un qui va droit au superflu. Me suis-je dis, qui même avant la lecture de Freud méprisait la grivoiserie.


Et si je poussai un peu la comparaison et je vous disais que Cervantes est à Freud ce que Socrate à Lacan ?


Elton Anglada






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