// - FROMAGE DE TÊTE - de lire et délire
FROMAGE DE TÊTE - de lire et délire
 
fromage de tête de lire et délire

 
L’écoute psychanalytique consiste à entendre le signifiant qui du symptôme nous fait signe.
 
La lecture est ou devrait être  autre chose.

Le souci d’écriture est en soi tenu pour symptomatique, tandis que le souci de parlure de bien parler que nous voulons maîtriser, est tenu pour maîtrise de soi et bonnes manières. Que pensons nous du dire de Freud selon lequel nous devrions –le nous est ici pluriel du moi,  puisque nous traduisons l’Ich par le Moi -  nous devrions donc aller, devenir là où le ça avait été, ou était, ou fut, peu importe, car l’intention, une et pas deux, est celle de faire l’inconscient dire
consciemment.

Lui faire parler bien, quoi, lui faire dire bien.

Alors, pourquoi voulons-nous que cela ne puisse se faire par écrit ?
 
Je m’insurge donc contre une façon intéressée de lire. Éplucher l’écrit à la recherche de ce que nous appelons le signifiant, n’est la bonne sinon pour montrer que ben oui, nous avons raison :  l’artiste est un cas, en voici la preuve.

La critique littéraire freudienne exaspérait mes collègues académiques d’antan. Ils s’insurgeaient contre ce qu’ils considéraient un travestissement. Où est l’art en tout ça ? Moi, tout poète que je me considérasse, n’étais tout à fait solidaire. Le poète est être humain. Son dit est ce d’un être humain. Pourquoi rejeter une lecture qui y apporterait des éclaircissements à son égard et sur ce que nous partageons tous, c'est-à-dire l’Inconscient ? Moi, freudien, touché par les questions que Freud se posa en abordant Leonardo qui débouche en oreille sur, allons, j’utilise la formule, sur un modèle de lecture psychanalytique, suis incapable de faire abstraction du fait que ce qui attira en premier Freud c’était l’artiste de génie, l’artiste presque parfait, dirais-je, l’artiste avec qui il s’identifiait. D’ailleurs, la lecture de cet écrit de Freud est la découverte d’une identification par où les  personnalités de Leonardo et  de Freud se trouvent dévoilées.

C’est à dire que dans cet écrit rigoureusement formel, psychanalytique jusqu’au as, Freud parlait de son sinthome à lui.

De sa personnalité.

Freud  parlait en analysant.  


Je  reste ouvert à ce que nous pouvons apporter à notre science par le biais de la lecture.


Ce qui ne m’empêche de suggérer et même d’insister sur certaines règles.  

Ce faisant nous risquons gros,  car la démonstration des règles est subordonnée à l’attention prêtée à l’écrit, à l’ennui de suivre une pensée qui ne se soutient que de la parole rigoureuse et esthétiquement ordonnée en longueur et profondeur, comme par exemple chez Lacan, laquelle par manque d’intérêt risque d’occasionner l’inattention.   
 
Surtout que nous sommes payés pour écouter et non pour lire.
 
Nous écoutons le symptôme rêvelé par ce que nous appelons le signifiant, longue histoire qui se résume en ceci que parmi les mots qui coulent il en est parfois un qui dit vrai, un, bégayé, travesti, oublié, substitué, contredit, toujours masqué afin que nous puissions le démasquer, un qui s’en réfère au désir, un lié à un souvenir, au refoulé qui en détient la clé.
 
L’essentiel du signifiant métonymique est qu’il est un mot pour un autre, et aussi, ce qui ne manque d’intérêt, la partie pour le tout. Le sceptre pour le roi ou le phallus pour l’homme, par exemple. Ce qui paradoxalement signifie aussi une chose pour une autre et qui fait que la métonymie soit l’apanage de notre métier et la métaphore (quoique !) de celui du poète.
 
Par poésie j’entends le sine quoi non de l’art.
 
C’est une banalité, je sais. Pourtant c’est cela que le Poète dit.
 
Quoique, au sujet des figures métaphore et métonymie,  ne disons-nous que le nom-du-père est métaphore ? Ne sommes nous donc par là dans le royaume des choses et non des noms?
 
intime incongruité  
 

Le problème est dans mon cas surtout d’écrire dans cette maudite langue d’une monotone tonique qui toutefois produit la géniale sonorité d’un Rimbaud, par exemple, ou d’un Mallarmé dont le peu que je connais m’incite à mieux connaitre.

 
Le lecteur désintéressé cherche la poésie et non le symptôme que toutefois nous accolons à un dignifiant signifiant haut-placé et sonore : sublimation.
 
Et bien oui. Sublimation. L’art de dire le désir en disant du beau ou de l’âimer. C’est insensé, n’est ce pas ?  
 
Ce dire se dit toutefois dans une langue, une norme, une grammaire, ce qui semble exclure la spontanéité, même la spontanéité à l’insu de son propre gré, pour utiliser le mot de Richard   Virenque.
 
Et pourtant, l’expérience psychanalytique nous dit que la spontanéité est monnaie plus courante dans l’écrit que dans le parlé.
 
Le français, en passant,  est une langue géniale où tout est fait pour compliquer les choses. Ce qui fait, par exemple, que tout un tas de lettres soient écrites et non dites,  complication orthographique –l’orthographe est l’âme de la syntaxe-,  partagée avec l’anglais, par exemple, ce qui par exemple fait que le subjonctif soit inusité, désuet, remarqué comme quelque chose hors-norme, ainsi qu’il l’a presque toujours été en anglais, par exemple,  tandis qu’en espagnol le subjonctif soit du quotidien.
 
Or il se raréfie là aussi, hélas. Pour le moment l’espagnol tient encore à une rustique élégance héritée du latin, et plus en amont, de l’alphabet phonétique phénicien que Cadmos, ascendant d’Œdipe, amena en Grèce.   
 
Cela m’étonne par exemple que l’on puisse dire en anglais par de simples conjugaisons les mêmes choses qu’en français par de complexes ;  cela m’étonne toujours qu’au pays de la démocratie et la raison nous penchions pour la déraison et pour l’antidémocratique de l’orthographe, si lointaine du parlé.
 
Ne trouvez-vous absurde de perdre autant de temps à savoir épeler un mot dont vous connaissez le sens ?


Or je m’éloigne du propos.


Nous appuyant sur le fameux Joyce le sinthome, nous négligeons le fait que Lacan n’y inventait sinon dépoussiérait une ancienne orthographe ; acte qui à mes yeux compte en soi autant sinon plus que le lien écriture/symptôme.


Et cela même si je ne peux l’expliquer.

 
L’anachronisme sinthome révèle justement le souci d’écriture, puisque les deux orthographes sonnent  pareilles, Avons-nous bien considéré ce fait ?  Lequel le charme de l’ancienne orthographe ? Une coquetterie de Lacan ? Un élan ? Une ironie ?
 
Un trait d’écriture et non du parlé?
 
Enfin, chez les grands poètes, Joyce inclus, Musil, Shakespeare, l’œuvre écrite et l’écrire de l’œuvre est un engagement aussi contraignant et total que la psychanalyse pour nous.
 
Des uns, une minorité, font œuvre de leur vie et de leur vie œuvre. Et il est une minorité restreinte qui conjugue les deux démarches. Y appartiennent Freud et Lacan, et dans le royaume du lyrique J.R.Jiménez, par exemple.
 
Et puis, en plus de ceux pour qui l’œuvre est vie,  il y a des étoiles filantes lesquelles, aussi lumineuses qu’elles puissent être, n’ont pas fait œuvre. C’est le cas par exemple de Rimbaud, représentant d’un fantasme, d’un vœu d’être ce qu’il n’est et qui, à mon sens rattrapé par ses dires, finit par désassocier œuvre et vie. Sa poésie autant que sa personnalité nous a toujours fasciné, nous citons volontiers sa formule Je est un autre La  et voulons éclaircir le mystère de sa fuite en Afrique. Surtout qu'en tant que poète au sens plein, les versions de son Ophélie indiquent les prémices d’une œuvre qui s’engage sur ce que de lui-même en tant que poète, elle lui apprend.  
 
Son œuvre le taquine, et pour se venger, pour atteindre à une symétrie, le poète la taquine à son tour, la surprend, la reprend, l’altère. 
 
En quoi consiste la correction d’un texte, ce qu’un J.R. Jiménez, par exemple, poursuivra jusqu'à la fin de ses jours, sinon en escamoter un signifiant,  en sorte que le texte soit toujours en chantier ?
 
Laquelle notre préféré des Ophélie, par exemple, sinon toutes, pour les traces des modifications obéissant aux règles de censure du désir -mais aussi à l’impitoyable mécanisme esthétique-, qui chez Rimbaud découvrent et recouvrent la même problématique, celle du réel?
 
La question est de savoir si ces mécanismes, identifiés et mis en rapport au symptôme, ne seraient une sorte de chemin parallèle à celui qui mène aux portes du rêve par Freud défriché. Je ne retrouve plus un écrit –à vrai dire je fais confiance au souvenir plutôt que fouiner dans mes livres-, où Freud assimile la rime aux mécanismes inconscients. 
 
phrase 
est modèle des exigences poétiques et maîtrise d’expression.  Dans  cette  lettre  de  1870,  Rimbaud avait seize ans, songez-y !,

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à Georges Izambard, alors son prof de lettres,  Rimbaud définit au préalable le sens pour lui, poète,  du Je est un autre : 

[…] je veux être poète, et je travaille à me rendre
voyant. : vous ne comprendrez pas du tout, et je ne saurais presque vous expliquer. Il s’agit d’arriver à l’inconnu par le dérèglement de tous les sens. Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. Ce n’est pas du tout ma faute. C’est faux de dire : Je pense : on devrait dire : On me pense. –Pardon du jeu de mots.-
 
 Je est un autre. […].

 ! Le jour où il la perdit,  perdit-il aussi sa poésie, et  partit. Vers la fin il dit ne plus savoir parler. Ainsi m’explique-je le mystère d’une radicale rupture qui à la réflexion ne le fut. Impossible de vivre aussi intense et isolément le réel quand ce qui lui permettait son aperçu en vint à faire défaut. La vie -et non le réel -, eut raison de la poésie. Et puisque rien pourrait dépasser le déjà-écrit, il ne le restait qu’à vivre le méprisable.  
 

Toutefois nous constatons par là que son art n’était sa vie, sinon le contraire. Et ainsi que je rentre dans les plus juteuses années de ma vie  dans le tard il épuisait les siens bien tôt. Je me distrais à imaginer un jour africain de sa vie, un jour banal…Sans le savoir je sais que cette journée  serait  aussi engagée et douloureuse que sa poésie.

 
Quoi d’autre que l’on puisse dire, c’est le génie poétique qui se fait sentir, nous accroche ou pas à la pathologie, pour le dire grossièrement, ou pour le dire poliment, au sinthome dont selon Lacan -c’est cela que j’en tire de son éponyme séminaire-, nous en sommes tous sujets, puisque la personnalité en est.
 

Nous revoilà sur la question de la lecture psychanalytique, de sa visée et  du but clinique  qui selon moi doit être en deçà et non au delà du plaisir esthétique.
 
Tout commence par le plaisir du beau, n’est ce pas ? Y sommes-nous insensibles ?
 
Il me vient à l’esprit que Freud, l’exemple est frappant or non unique, qui ne tenait Dostoïevski Fio en grande estime en tant que romancier, trouva chez lui d’importants renseignements sur l’hystérie masculine et sur une façon de représenter le fantasme du meurtre du père. Je vous cause de la sérendipité, anglicisme formellement introduite au français par Cathy Bernheim, disons trouvaille, aussi agréable à trouver, pendant la lecture de J.R.Jiménez dont il partageait avec Lacan l’amour de la rose.
 
Voyez-vous le fil que je trouve en premier, tendu entre les deux.
 

Dans le cas de Juan Ramón l’amour pour la rose est lié à sa mère. Et chez Lacan, me demande-je, d’où vient-il ? Et chez moi ? Quoique, la rose soit emblématique. Pour les uns du parfum, puisque par n’importe quel nom la rose sentirait toujours aussi bon ;  Pour les autres de la perfection tachée d’imperfection, l’imperfection parfaite (et non la parfaite imperfection, attention) l’épine qui, attention encore, peut par sa piqûre provoquer la mort par septicémie d’un poète, ce qui est déjà arrivé.

 
L’imperfection, l’épine, est rappel de l’interdit de l’objet a. Tout au moins chez Juan Ramón,  qui maintint toujours une tendre relation avec une mère de qui il dit puiser non seulement sa langue sinon sa parole. 
 

Pour ma part, et cela veut dire ce que cela ne veut dire, je n’ai jamais pu mettre de gants pour toucher au rosier. Non, j’assume la piqûre.
 

Dangereux plaisir, celui de l’écriture, assujetti autant à la répression formelle, esthétique,  que la parole parlée l’est aux mécanismes de censure inconscient.

 
Or le penchant esthétique -Freud utilise parfois le terme spirituel-, est aussi riche en secrets inconscients que le lapsus, oubli ou dénégation qui, par exemple,  jalonnent l’oral. Ce n’est parce que l’écriture permet la correction que l’écrit manquerait de spontanéité, si toutefois une telle chose existait. Le remodelage d’un écrit obéit autant aux règles inconscient qu’aux règles de l’art. C’est ainsi que le choix d’un son, d’une rime, d’une scansion, d’un mot que nous substituons par un autre, parfois même son antonyme, est aussi prégnant du désir qu’un corbeau le serait d’un corps beau.  
 

Jiménez dit reprendre de façon inattendue un poème Oui, il le surprend, dit-il, et tout d’un coup, sans pouvoir dire pourquoi, il le corrige. Je fus quand même frappé par l’exemple de cette méthode, en l’occurrence plutôt énigme qu’aphorisme. Pourquoi nous dit il qu’à l’occasion de une correction il avait changé précisément  mot x  par précisément mot ?  Les mots précis, symptomatiquement oubliés, lesquels je n’arrive à trouver parmi ses milliers, oui, milliers d’aphorismes, en sont sans doute signifiants.

 
Ce qui expliquerait pourquoi je les oublis. De surcroît, commencer, recommencer à lire JRJ est ne pas s’arrêter.
 

J’en traduirai pour vous quelques uns un jour.

 
je
suis rapide pour la création, or aussi pour la correction surprenante. ( Ideolojía, aphorisme No 1648)
 

L’écriture est souci de notre science. Ça se voit au fait que Lacan puisse dire, j’en reviens, Joyce le sinthome ou que six mois soient dédiés à ce sujet par le Forum Psychanalytique de Bruxelles  Programme.

 
Je reviens aussi à mon caveat lector. Quand par exemple nous lisons en exergue chez Winnicott un vers de Tagore, qu’imaginons-nous ? Supposons-nous que Tagore existe pour amener du grain au moulin psychanalytique de Winnicott, selon la règle du publish or perish et les commandes de notre ambition, ou bien qu’à sa lecture il sentit quelque chose, un point du réel qu’expliquait Winnicott à lui même en tant que psychanalyste?  Il me semble parfois, que la poésie réussit une description aussi proche et aussi lointaine du réel que la psychanalyse, et que cette description est leur but commun.  
 
cacophonique contribution
 

Je veux dire que la poésie, l’art, a à sa disposition un langage plus ample que celui des mots -même si les mots peuvent tout dire-, et que ce langage a sa métonymie et sa propre richesse signifiante.

 
ceci ou zola
 

Or il faut d’abord lire par plaisir et non pour trouver la faille psychique. Autrement nous ne trouverons que ce que ce nous cherchons. Dommage. D’ailleurs, Lacan voulait nous éduquer à cet égard, nous incitant par son exemple. Malheureusement de Lacan nous retenons les phrases faites, au dam de son éthique. 

 
D’ailleurs la position du psychanalyste envers l’intimidant aspect du réel-dans-l’art, s’explique du fait que la psychanalyse est l’œuvre des scientifiques, le don de médecins à la science de l’esprit. Le poète lui est reconnaissant. Il s’y reconnait. Freud est en fait son jumeaux, ce pourquoi un Dalí l’admirait autant Pour. Or nous devrions nous pencher d’abord sur la poésie elle-même, y commencer par les lettres, disons-le ainsi. Ce n’est pour rien que Freud était admirateur de Bernard, de son acharnement dévoué à trouver la clé du comportement qui déboucha à oreille sur une théorie de la nature humaine, bonne ou pas or qui toutefois soutient l’œuvre de Zola, par exemple.
 
Freud n’est pas le premier scientifique à se poser la question de la nature humaine, or le premier à tenir l’homme comme témoin inconscient de soi même.
 
C’est que chez nous, à l’ opposé de rats de laboratoire, ça parle, voyez vous.  
 
Or quiconque ayant lu l’œuvre fondatrice de Freud aurait saisit que l’interprétation du rêve  qui ouvrait la porte à l’interprétation psychanalytique, puisait d’une source non ‘’scientifique’’, celle du savoir-autre inconscient. Et d’ailleurs Lacan l’appelle ainsi, savoir.  
 

Savoir  parfait qui ne se sait pas.  

 
Je pense que Freud était conscient du fait que si le bistouri n’arrivait pas à trouver les testicules des anguilles c’est que, question ‘’science’’, il peut au moins y avoir sous roche anguille.
 

(Et si les anguilles de rivière étaient toutes femelles ?)

 
Or ce premier acte de Freud est prémonitoire. Si d’une part jeune Freud s’attaquait à un problème brûlant de l’époque dont la solution aurait peut-être fait avancer son ambition, il n’en reste pas moins qu’il s’attaquait à une énigme du sexué. La psychanalyse devrait être donc reconnaissante de ce ratage physiologique qui lui fit chercher les manifestations de la sexualité ailleurs : la sexualité infantile pilier de Freud, et ce sur quoi, comme avec Jung, il ne fera aucune concession,
 
Plutôt rupture.
 

Le réel me harcèle et la quotidienne réalité m’endort. Cela par parenthèse, car je viens de ne pouvoir souder la porte du poulailler, le poste à souder étant mort. Suite à cinq lustres de bons et loyaux services l’outil rend l’âme, ce qui joint le travail à l’inutile. Tout ça pour manger de bons œufs et des poules qu’il me faudrait sacrifier, plumer, vider et cuire. Une vieille poule, et surtout un coq, est un régal sans égal et (encore) légal. Or je ne la ferai pas au pot, non, mijotée, lentement, humm j’en bave déjà, c’est vrai, comme le chien de Pavlov….    

 
Revenons-y. La psychanalyse se trouve aujourd’hui harcelée par le cognitivisme et le comportementalisme, par la science expérimentale non sans rapport avec sa naissance, par la psychologie, son plus intime ennemi. Cela marche, cela donne de résultats pas toujours mauvais du point de vue social et même de l’individu, qui en témoigne volontiers en journaux et tv. Rien à dire. Je sais par expérience propre que l’analyste peut être médecin ou psychologue aussi. C’est ainsi que parfois Freud utilise le terme de psychologie, de médecin aussi, sait qu’il ne cesse d’être jamais psychologue ou médecin, simplement, il inventa l’analyse, un savoir  nouveau, pardonnez le paradoxe,  qui pour des uns marche mieux.
 

Le quid est que ce n’est ni peut être gratis.

 
Revenons-y encore. Psychologue, oui. Médecin, oui. Pour lui-même Freud se réservait la merveilleuse  formule de médecin de l’âme.  Le cognitivisme, cela donne du résultat, cela apporte connaissance. Le behaviorisme, cela marche. Cela est même absolu et véhémentement défendu défendu par ceux l‘ayant subi. Qui tranquillise hors parole et hors état de nuire ; qui amène une version de base du principe de réalité tout à fait logique, non, nécessaire, chère et au bon sens et à Freud.
 

Cela se subventionne. Et en voila, pour l’analyste, la contradiction.

 
Le sujet ne peut être subventionné.
 

Ce qui offusque l’entendement et taquine l’éthique. De surcroit, nous, pauvres humains, voulons tous être riches, et il y a engouement dans le mauvais goulot.

 
Un secret : nous sommes nés riches de l’inconscient.
 

Il faut en somme faire quelque chose pour la psychanalyse qui, comme le réel, marche mal.  Entendez donc ceci en tant que contribution à la cacophonie.

 

la anecdote, Dalí passa par Zweig, troublante intime de Freud et poète aussi, pour rencontrer Freud. Apres quelques contretemps - le Maitre était en fin de vie-, ils se rencontrèrent et Dalí en fit à la hâte un portrait de Freud au crayon. Ce qui compte ici n’est pas que Dali comprenne ou pas la psychanalyse, ayant en fait déjà comprit l’essentiel, sinon qu’il voulait honorer père Freud.

 

Pourquoi le Je est un autre de Rimbaud nous attire-t-il autant, parce que Rimbaud le dit ou parce que Lacan le dit aussi? Pensez-vous que Lacan ne connaissait le mot de Rimbaud? Ne pensez-vous plutôt qu’au fil d’une lecture désintéressée il s’était retrouvé chez Rimbaud en tant que théoricien et psychanalyste?


N’empêche que c’est peut-être grâce au poète que la formulation de Lacan existe.

 
Cela ne veut nullement dire que Rimbaud aurait pu écrire Le stade du miroir, car à vrai dire le poète ne sait ce qu’il dit. Il le dit tout simplement. Et il le dit précisément parce que, poète, et surtout poète lyrique –a-t-il des autres ?- il obéit aux règles de son art, elles qui en font de son symptôme un palimpseste.
 

Question de la métonymie de l’écrit et en général de l’art. Savoir lire n’est trouver le signifiant accroché au symptôme, ce n’est pas suffisant.  L’écrit, la poésie, le sublime du sublimé, l’esthétique, la sonorité d’un vers sont tous porteurs non seulement du plaisir sinon des signifiants… La lointaine tendresse dont Rimbaud caresse Ophélie, d’où vient elle ? Par quel biais peut-il s’identifier avec elle ? Où est le point de coïncidence ?

 
Quelque chose cloche pourtant chez Rimbaud, une fausseté, une crainte, un désir -ce qui est une autre façon de dire sublimation-, quelque chose qui me taquinai jusqu’au jour ou je lus son histoire du séminariste (Un cœur sous une soutane), histoire d’amour qui à un certain moment et d’une seule phrase nous montre le poète confronté à son ambigüité sexuelle, de laquelle envers et contre lui-même, il admet:
 

[M Césarin Labinette] me jeta un bonjour sec, fronça le nez en jetant un coup d’œil sur mes souliers à cordons noirs, et s’en alla devant moi, les mains dans ses deux poches, ramenant en devant sa robe de chambre, comme le fait ‘abbé*** avec sa soutane, et modelant ainsi a mes regards sa partie inferieure.

 
Je le suivis Un.
 

Sa partie postérieure plutôt, mot que Rimbaud n’ose avouer.

 

Quelques pages auparavant Rimbaud avait décrit l’objet par sa mère grosso modo imposé, Thimotina Labinette.

 
[…] Les bandeaux plats et clairs de tes cheveux se collaient pudiquement sur ton front jaune comme le soleil ; de tes yeux courait un sillon bleuâtre jusqu’au milieu de ta joue, comme à Santa Teresa ! ton nez, plein de l’odeur des haricots, soulevait ses narines délicates ; un duvet léger, serpentant sur tes lèvres, ne contribuait pas peu à donner une belle énergie à ton visage ; et, à ton menton, brillait un beau signe brun ou frissonnaient de beaux poils follets [etc.].
 

 cœur sous une soutane, nouvelle. Rimbaud, Poésies complètes, Librairie Générale Française, 1998, pp.89-90-.

 
Un cœur sous une soutane, nouvelle
, comme celles de Cervantes : sarcasme désabusé sur l’amour d’un séminariste pour une Thimotina Labinette -binette, outil de coupe et tronche  par le biais de commentaires de M. Léonard, le séminariste en question.   
 

Maritornes et Dulcinea. Thimotina et Ophélie.  

 
Côté aventure les vies de Cervantes et de Rimbaud se ressemblent, et rassemblent celle de Leonardo, dont Freud dit si bien. Nous voyons ici l'abîme entre le dégoût réel et le goût irréel pour la femme idéale, c'est-à-dire elle qui ne l’est, elle qui, comme notre narrateur, puerait des pieds, même chaussée.
 

Ce pourquoi il préfère l’idéal de la femme morte à l’autel de la liberté et de l’amour, une Ophélie, dont le poème dit vrai dans ce sens que le sublime ne peut être faux ni la beauté laide.

 
Enfin, que grâce à l’altruiste  lecture que le plaisir en soi provoque, par le biais d’artifices dont le poète est maître, nous arrivons aussi et à mes yeux secondairement,  à lever un coin de la personnalité de l’auteur et à  l’ambigüe orientation de sa sexualité. 
 

Ceci est une chose, et une autre en est de lire, par exemple, à la recherche du Je est un autre.

 

Elton Anglada






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