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FROMAGE DE TÊTE - objectif adjectif

fromage de tête 20

objectif adjectif       

Je me suis réveillé en guerre contre l’adjectif. L’adjectif, ça  sert autant pour éclaircir que pour obscurcir le substantif.  

L’indicepensable.  

On ne peut faire sans, si nous voulons nous approprier de la réalité. Ce qui implique non seulement de nommer les choses sinon aussi de les caractériser. Il est des adjectifs qui font semblant d’être substantifs, ainsi pour assez bonne pour qualifier ce qui est déjà adjectif, mère, ordre distingué de celui des femmes, substantif adjectivé qui désigne l’un des sexes chez l’homo sapiens, encore adjectif…

L’inconscient n’admet d’adjectif.

Le réel s’exprime ainsi par un trou dans sa définition, comblé par l’euphémisme, par ce pain des analystes nommé signifiant.  C'est-à-dire par l’adjectivation du désir, sa plus ou moins surprenante nuance ou grossièreté.

Ce pourquoi parmi les plus formidables trouvailles de Lacan se comptent les parfaits substantifs adjectivés, lalangue et acause.

 - L’acause du désir ?

–Oui, le petit a, terreur de la vie.

-Terreur ?

Cela surprend, je sais. Surtout que justement nous voulons nous adresser au désir, lui dire deux mots, trouver sa source. Il est vrai aussi que n’importe comment vous regardez la chose, désir rejoint pulsion qui rejoint instinct. La bête noire quoi.  Il ne vous aurait pas échappé que quand Lacan parle du plus raffiné, du plus intense des désirs c’est pour le faire sortir de ses paumelles, pour le mettre dans un plan où il ne peut  exister sinon comme chez sainte Teresa, transformé en  sublime hystérie. Pour la paumer, elle.

Enfin, que l’adjectif amène une coquetterie qui peut s’appeler aussi subjectivité.

Le discours philosophique s’est cassé les dents justement là où le discours analytique se les fait : le désir inconscient. Dans ce sens l’adjectif est signifiant du désir de nous approprier du monde des choses et mots, de les mettre sous l’imaginaire égide du moi.

savoureux chant non appris

Tenez, je tiens des dialogues (souvent ratés) avec des oiseaux. Disons que je sois en train de questionner l’adjectif que finalement je gomme d’un funeste coup de main– oh que c’est bien l’informatique !- quand, par la porte ouverte aux champs le chant d’un oiseau  m’interpelle. J’ai un haut le cœur. Je l’écoute, puis lui réponds. Je veux lui dire que son chant me plait et que je chanterai volontiers avec lui. J’essaye de ne pas ressembler au méchant.

Or depuis que je me suis acheté des dents je ne siffle comme jadis.  

Ma solidarité ne passe pas, je suppose, car au bout de quelques coups de sifflet il se tait. Je me sens idiot. Je l’attendrai quand même et lui répondrai encore s’il revient.

Or je crains que comme chez nous toute réponse soi défi.

Ce qu’il veut c’est que je me taise de peur et le laisse chanter à son gré.

Elton Anglada 






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