// - FROMAGE DE TÊTE - transfert & Co.
FROMAGE DE TÊTE - transfert & Co.

transfert et compagnie

Je bute sur une phrase dans la traduction (Ballesteros) du Leonardo. Ça tourne autour d’un mot jusqu’alors tenu pour acquis. Or le contexte rend ce mot opaque et entraîne à son tour l’opacité du contexte. Un mot a peu de sens hors son environnement sémantique, et quand il surgit comme une étrangeté dans le flux métonymique il signale souvent ce qu’il voile et dévoile du désir.


Le réel ne marche pas, dit Lacan. Bon épitaphe, n’est-ce pas ? Et bien, nous entretenons avec le réel le même rapport que le mot avec son entourage. Rapport que le nœud borroméen décrit de façon abstraite et idéalisée. Chaque chose à sa place et chevillée aux autres. Pourtant, la tranquillité esthétique et la mystérieuse topologie du nœud recèlent nos intimes tiraillements et angoisses.


Des uns voudraient carrément en être guéris, reformés, calmés, désangoissés, déstressés.


Dans l’ivresse du plus de jouir d’une culture où tout est promis, inclus le savoir-faire, nous tenons cette aspiration pour atteignable et vite fait. Et bien oui, c’est possible, à condition de démissionner de notre humanité, de nous soumettre au système et surtout, surtout, de ne pas assumer la charge ni la responsabilité de notre état. Nous sommes malades, et il y a urgence.


Et bien, nous le sommes : le réel ne marche pas.


Pour ma part, le problème est que ni la chair est triste ni j’ai lu tous les bouquins.


Je vais vous dire : Le psychanalyste ne fait pas autorité -c’est le clou de sa propre réflexion- sauf en ce qui concerne les conditions requises pour l’exercice de son travail : le cadre.



Le psychanalyste n’a qu’une chose à vous donner : transfert. C'est-à-dire accès à son être, à son angoisse, à son amour impossible et tangible, à son savoir-ne-pas-savoir…


Alors, et en passant, ne me rabâchez les oreilles avec le liquider le transfert et compagnie.


Le plus beau du transfert c’est que l’autre ne peut ni l’empêcher ni le reprendre, c’est un don irrévocable.


[…] vous connaissez tous en effet le mécanisme, de beaucoup plus énergique, qui consiste à utiliser le « transfert »Dans.


Rétrospectivement je me vois traverser le parcours du transfert primaire, celui décrit par Freud au début. Puis traverser celui de Lacan, dont le mot rupture est clé.


Je m’étais tôt aperçu que ce transfert primaire signifiait soumission à l’autorité du sujet supposé savoir, qu’il me fallait passer par son représentant et m’y soumettre, puisque le psychanalyste est sa science.


paradigmatique personnage


Ainsi l’avais-je compris et désiré. Nouvelle expérience pour moi, qui n’avait auparavant souhaité connaître et encore moins me soumettre aux sciences que je savais incapables de répondre à la préoccupation motrice de père Freud : d’où vient le désir?


Car des questions il n’en est qu’une : que désire-je ?


Le psychanalyste est quand même supposé savoir. Sinon qu’est ce qu’il fout là à la place du supposé savoir ? Que ce malgré il décline cette position semée d’embûches et malentendus est le premier pas vers transfert.


Je commençais alors, disons, à traverser ses états ainsi que l’embryon humain traverse les étapes de son évolution biologique. Vers la fin les remontées d’angoisse se trouvèrent noyées par une inénarrable joie. Laquelle, de ce fait même, me résultait suspecte.


Trop bon pour être vrai.


touche-à-tout


Je ne me souviens si c’est chez Winnicott où j’ai lu que la faute irréparable est le plagiat. Or du moment que l’on accepte le maître on accepte le plagiat. C’est le cas de Pierre Menard, paradigmatique personnage de Borges qui voulait non réécrire sinon écrire le Quijote mot par mot. Mon cas est assez banal, puisque bien que mon intention soit de plagier à tout va, l’entendement me trahissant, je ne fais qu’interpréter.


C’est à dire amener du grain au moulin du désir.


Lacan avait prévu ceci, qui nous dit que la lalangue est un vice de toute la vie, une trace de l’objet petite a.


Nous sommes bien dans la paranoïa. De temps en temps je me pose la question de savoir ce que par exemple différencie le témoignage du président Schreber de celui de la vierge Marie.


Ce qu’ils ont en commun c’est la quête de jouissance.


Il est question de jouir sous l’action d’un mot entendu de deux façons. Dans le cas de Marie par oui, dans le cas de Schreber par non. C’est bien parce que le réel de Marie impose le oui, que celui de Schreber impose le non. Marie cherche à se déployer comme une fleur, tandis que Schreber cherche l’éviration, la taille. Il n’avait compris que la femme n’est pas un homme châtré.

Il est un petit coin du nœud, une lunule lis-je parfois, où le réel est lié à l’imaginaire et au symbolique.


Le réel est un touche-à-tout.


Ce n’est pas la voix interne toute seule qui fait le paranoïaque, sinon les asiles auraient été pleins de prophètes. Enfin, qu’à mon entendement la faille de Schreber est de vouloir être ce qu’il n’était pour accéder à la jouissance. Il dit volupté. Et bien, que cette faille soit le résultat d’une défaillance du nom du père me semble sensé, ce qui me semble moins est que nous puissions la colmater par l’action de la parole, transfert faisant défaut.


Tous les paranoïaques que j’ai rencontré en milieu clinique et en dehors n’entendaient que leur propre voix. Ils ne s’adressaient à moi sinon au représentant de je ne sais quel fantasme. Le mystère reste pour moi dans la logique d’un discours sans amarre au réel de la parole, sans conséquence.


La joie jouit. Synonymes séparés par quelques siècles pendant le passage du latin classique au populaire. Or la mémoire garde au moins l’ombre du premier sens. L’exemple de la sansthèse entre joie et jouissance est santa Teresa. La leçon à tirer est que cette reconstitution et incarnation du premier sens n’est possible que pour la femme, justement de ne pas être toute dans la jouissance phallique. Beaucoup est là misé sur le mot joie.


À la femme la jouissance, à l’homme la castration.


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Johann Heinrich Füssli - Tirésias et Ulysse

Je tiens à vous dire ceci en guise de confession : Je me suis toujours senti gêné par l’accent que l’interprétation de la jouissance thérésienne mette sur la sexualité femme, à moitié là pour santa Teresa comme pour Gaia ; c'est-à-dire depuis toujours. Ce qui fait pour une jouissance inaccessible à l’homme, comme par nature circonscrit au phallique. Cette discussion, que je rabâche, ne date pas de hier. Le couple archétype du mari coureur de jupons et de la femme jalouse, Zeus et Héra, en discutaient. Ainsi firent-ils appel à Tirésias, qui ayant été femme pendant six ans, je crois, devrait pouvoir trancher.


Et bien Tirésias décerne le prix à la jouissance femme.


Je ne sais si Tirésias se protégeait en donnant raison au plus puissant des deux, Zeus, Dieux des Dieux…


Enfin, qu’il devint par vengeance d’Héra, aveugle, et par récompense de Zeus, devin.


Le curieux est que question sexe Zeus était et de loin plus civilisé que aïeul Ouranos et presqu’aussi assidu.


L’important est que Zeus, lui qui anticipait le désir femme si bien, concédait à sa femme –or était-ce ruse ?- la supériorité question jouissance.


Et bien les amis, je pense que n’importe quel homme sensé (pile je gagne, face vous perdez) serait d’accord avec moi : la jouissance de l’homme tout est une tare.


Le mot clé qui transporte la recherche de Lacan au plan symbolique, est joie, non, jouir, ça dépend du bout par lequel vous prenez le problème. En tout cas, que derrière jouir il faut lire joie, comme dans un palimpseste.


Lacan répète le divin Jouissez ! Il veut bien nous faire entendre, Joieissez !


A ce qu’on prétend, la suggestion peut tout et nos succès seront alors des succès de la suggestion et non pas de la psychanalyse.Ib


Eusse je trouvé devant moi autre chose qu’un analyste cela m’aurait été pénible, parce que je tenais la psychanalyse comme dernière chance. Je pense que je me serais suicidé, or avec la fierté de ne pas avoir ni obéit aux ordres ni à la manipulation, aussi bienveillante soit-elle, ni n’aurait non plus pris la pilule.


Or revenons au transfert


Cela veut dire au père, n’est-ce pas ?


Castration, tu parles !


(Je lis encore ci et là que le mystique - dont santa Teresa de Ávila Il est exemple-, pourrait être homme. Et bien non, pas comme elle, voila le clou de la démonstration de Lacan. A savoir que le phallus en demande son dû.


me faudrait m’informer sur la relation de santa Teresa de Ávila avec saint Juan de la Cruz. J’ai l’intention de m’y attacher dans une vie prochaine.


Enfin – et pour revenir au mot qui rend une phrase de Freud incompréhensible-, que je fais confiance à l’écriture de père Freud, qui malgré tout survit à ses traducteurs. Il suffit de lire une lettre de jeune Sigismond à son ami Silberstein pour s’apercevoir de sa qualité de prosateur.


Voyez aussi pour constater son savoir-faire, le coup d’unheimlich, de l’inquiétante familiarité qu’un clinicien pur et dur dédaignerait peut-être, un petit truc insignifiant, mystifiant, or absolument engagé, avec des poupées animées, de contes intercalés, des yeux, preuve de l’acharnement de Freud à décrire l’expérience par un mot qu’il faut d’abord expliquer, un de ces mots qui signifient leurs contraires.


En arrivant au bout, au commencement donc, nous retrouvons l’objet a, la chose la plus unheimlich, la plus étrangement familière qui puisse être.


J’assume donc que même si le traducteur s’emmêle parfois les pinceaux, le texte du Leonardo est lisible, logique, bien développé. Et d’autant plus qu’il se laissait surprendre et guider par son désir à lui, Freud, par des réticences qu’il devait accommoder au texte, à ce qui le torturait, à ses fantasmes, sa sexualité, ses craintes et surtout, surtout, à une grandeur qui se voit par le fait qu’en travaillant son Leonardo il se montrait travailler sur lui-même, et puis dans l’insistance du devoir du psychanalyste de considérer tout homme en tant qu’homme. C’est un point de vue strictement scientifique. C’est le point du vue du médecin. C’est le point de vue de l’analyste. A cette différence près, que de passer par nous (revoilà le transfert) l’objet devient sujet.


A la fin Freud nous dit il était question pour lui de savoir l’étiologie du ratage et l’histoire du raté. Raté, mot introduit (je ne l’avais remarqué avant) à l’heure de conclure…


Quelle tristesse, père, quelle tristesse.


Avez-vous remarqué que Lacan fut trahit par la même mentalité qui trahit Freud -et à la notable exception de Miller, qui de tant vouloir exaucer son veux le trahit innocemment ?


Les pièges de traduction peuvent se mesurer par le mot Aún, en passant, pour traduire Encore. Alors, me dis-je, j’ai raté quelque chose dans l’original, parce que ce que j’entends est Más.


En tout cas, et pour revenir à mon propos, me voici en lutte avec l’acception du mot dont dépend la compréhension d’une phrase. J’y fais un examen dans ma langue maternelle. Cela mena nulle part. Ce ne fut ma mère qui me fila l’ignorance. Ce fut par contre mon père qui m’a appris à apprécier un problème abstrait:


Comment comprendre l’allemand de Freud par l’espagnol de Ballesteros ?


Pour commencer il faut supposer que Freud, savait ce qu’il disait et qu’il soignait le comment. Et aussi qu'un simple mot peut clouer le sens d’une phrase, son sens étant chevillé à l’environnement sémantique de la phrase en question.


Ce serait plus simple de chercher le mot dans le texte allemand, fouiner le dictionnaire -ce qui peut mener Dieu sait où. Or avec un peu de chance je comprendrais peut-être la phrase en entier, et de surcroît en allemand. Ce que par ironie pourrait m’apprendre du mot espagnol.


J’insiste dans ma déraisonnable démarche puisque je cherche autant à comprendre un dit de Freud qu’à apprécier une traduction, tout en résolvant un problème aussi pratique qu’abstrait…


Ne disait-il, Blake, que si le fou persistait dans sa folie il deviendrait sage ?


Mon chagrin est de ne pas savoir lire Freud dans sa langue. Si Freud lui-même apprit l’espagnol pour lire Cervantes et Unamuno pour lire Kierkegaard, je me dis que je pourrais bien m’en donner la peine. Trop tard. Je suis venu en France au lieu d’Allemagne, et je n’apprends rien sinon in situ, dans la vie elle-même. Par contre, j’ai appris ici à lire -et délire- Lacan, aussi inépuisable que Freud.


Or enfin, que veut-il dire ce maudit mot, incongru comme une verrue sur une tempe d’ivoire entre deux parfaitement sensés prédicats? Le pire c’est savoir que le mot en question est clé de voute, et même un sémantique point de capiton.


Pour le moment la prose du Leonardo me semble parfois un peu lourdingue, et je ne sais si cela vient de Freud ou de son traducteur. Compte tenu des réticences de Freud maintes fois exprimées de traiter d’une figure telle que Leonardo, je me dis que très probablement un excès de précaution et d’étayage, est à la source de sa lourdeur.


L’autre jour un ami qui savait de mon intérêt pour le Leonardo, me disait qu’il parait que Freud s’amusait comme un fou en y travaillant.


S’amuser j’en sais rien. Engagé, dévoué, oui. Ce que je sais c’est que l’interprétation lui tenait à cœur.

 

Voici la phrase en question :

Aujourd’hui nous savons que les symptômes névrotiques sont des formations substitutives de certaines productions de la répression que nous devons accomplir le long du parcours d’enfant à homme civilisé, et nous savons aussi que nous produisons tous de telles formations substitutives et que seulement leur nombre, intensité et distribution justifient le concept pratique de maladie et la déduction d’une infériorité constitutionnelle.


Je viens de recevoir tome X des Œuvres complètes de Freud (puf) que j’avais commandé en même temps que l’édition princeps du Leonardo, petite gâterie que je me suis permis or qui tarde à arriver. Je consulterai par la suite le texte allemand, car je ne suis pas encore satisfait du sens du mot en question dont je ne dirai plus or que je soupçonne déjà plus exact en espagnol qu’en français. Je vous tiendrai au courant.


Voici comme le même passage a été directement traduit au français :


Nous savons aujourd’hui que les symptômes névrotiques sont des formations substitutives de certaines opérations de refoulement que nous avons à accomplir allant de l’enfant à l’homme de la culture, que nous produisons tous de telles formations substitutives et que seuls le nombre, l’intensité et la répartition de ces formations justifient que l’on recoure au concept pratique d’état de maladie et que l’on conclue à une infériorité constitutionnelle. (S.F. Œuvres complètes X, puf, p. 158.)


Pour l’instant je peux dire, et quitte à me détromper à la lecture de l’expression allemande correspondante, que je préfère homme civilisé à l’homme de la culture…


son son


C’est un morceau, je vous le concède. Du Freud craché. C’est aussi comme les rébarbatives démonstrations philosophiques, celles supposément accessibles à la raison de Quiconque, qui toutefois trouve que l’obstacle est simplement de la lire, de retenir le premier sens qui résulte en le deuxième et ainsi de suite. Je ne sais si appeler ce premier sens fil ou trait, suivi de rouge ou primaire; ce que je sais est que lire est un art qui se perd dans l’ouïr, comme chez Joyce, puisqu’une langue se tient par son son, elle rentre par l’ouïe -et aussi pour in-former le moi, ainsi que le dit Freud-, tandis que l’écrit est un dit entendu par l’oreille interne -pauses, rimes et rythmes inclus-, une pensée qui par son organisation éclaire autant celui qui la pense que celui qui l’écrit; et puis, j’en reviens, parce que toute démonstration touche un fond plus haut, celui d’accepter la force de l’invisible.


Samedi 11 Octobre


J. Lacan, Télévision, Seuil, 1974, p. 27 :


[…] je dirais que [l’IPA] c’est actuellement une société d’assistance mutuelle contre le discours analytique. La SAMCDA

Sacrée SAMCDA !


De retour d’une conférence de Bruère-Dawson j’écoute le troisième mouvement de la huitième de Bruckner. J’ouvre la vitre pour que la fumée de ma cigarette n’empeste la bagnole, ce qui m’oblige à lentement conduire mes pensées et voiture par des routes peu fréquentées, ce qui à son tour me permet de penser au délicieux discours que je venais d’entendre.


Comme tout psychanalyste, Bruère-Dawson, -qui ne pipa mot de ceci-, est dos au mur de cette abomination que l’on appelle santé mental C’est ; honorable but en soi, nous sommes bien d’accord, quand elle n’est qu’une escarmouche, non, astuce du système qui sous prétexte de nous guérir nous lessive.

 

Je dis de façon brutale ce que Bruère-Dawson ne dit par allusion.


Or c’est vrai que je ne m’adresse à mes collègues, ce que j’aurais à leur dire ils le savent mieux que moi. Et comme cela, par transfert voyez-vous, et malgré que je sois parfois insupportable, ou tout au moins je le crains, en bon névrosé/


-Maladie qu’il ne faut surtout guérir, selon certains.

 

-Parfois je le pense.


/que comme cela, par transfert voyez-vous, résulte en une sorte de tendue tranquillité qui n’empêche ni prune que je me sente âimé par eux.


Quand même je tiens à dire : arrêtez de vous faire rembourser pour votre santé mentale.


C’est quand même trop intime pour être vendue, non ?


Et vous savez quoi ?


Si vous succombez à la tentation, that’s okay also. Voila une locution toute faite. Une trace.


Enfin, Bruère-Dawson est sage. Il faut l’entendre.


Bruère-Dawson disait, pour en finir et entre aut’choses, qu’il faut lire et relire Lacan, que l’écrit de Lacan est son parlé. Là j’eus un flash :


Lacan improvisait ses séminaires !


J’ai du mal à y croire. Or l’homme qui parlait faisait lui-même preuve de ce qu’il laissait supposer.

 

Oui, bon, d’accord, or à condition d’avoir une sacrée connaissance en poche et le don de la tchatche.


Je ne vous transment transmet les particularités de son discours, parce que j’en suis incapable. Il faut l’entendre.


Avec sa permission j’enregistrerai sa prochaine intervention.


justement la Santé Mental institutionnelle qui mit sa plaque sur la façade de la maison de Freud. Une honte, non pas que la sante mental soit à mépriser, je le répète, afin que vous saisissiez le manque d’ironie de ma part, et le cynisme de l’autre. Comment faire confiance à ceux qui faisant vœux de freudiens commencent par ignorer le vœu de Freud, celui de voir sa maison honorée d’avoir hébergé celui qui découvrit le secret du rêve ?


La Santé Mental commence donc par un lâche parricide. Lâche, ce qui n’est pas la même chose qu’un parricide figuré, ou même symbolique.


Or revenons à Freud


Père Freud s’excusait souvent dans son Leonardo de peut-être blesser les sensibilités du lecteur, sans pour autant fléchir ni compromettre ses convictions. Il savait ce qu’il disait. A ce propos, en le traitant amicalement de « gars », Lacan est tombé pile dans le mille.


Ce qui me frappa sans toutefois présenter de problèmes c’est l’adjectif civilisé, qui finit la première expression du distique. Enfin, j’en déduis qu’un homme civilisé serait le parfait névrosé or en aucun cas enfant, ainsi que juste avant nous avait-il dit, Leonardo le serait resté.


Leonardo n’était-il civilisé ?


Cela contredirait à la fin ce que dès le début Freud clame. D’ailleurs Freud et Leonardo se complètent question Nature et Panthéisme. Ce qui éclaire pourquoi il maintint une relation avec Pfister ou avec R. Rolland, à qui il se réfère dans son Malaise dans la culture.


Il est un étrange lien entre une parole adressée à Rolland en 1936, bien plus tard donc, où l’hommage que Freud rend à Rolland pour son soixante dixième anniversaire, sous forme de lettre ouverte, est le Un trouble de mémoire sur l'Acropole (1936). Cette analyse fit tilt pour moi, en premier lieu par le mystère de cette lettre ouverte adressée en hommage à son ami Rolland, qui est une apparemment incongrue analyse d’une défaillance mnésique, et puis parce que j’eus une expérience du même ordre, impressionnante et non-analysée, la première fois que je parcourais Broadway, à Manhattan:

 

New York est plus petit que je le croyais.

 

Par raccourci disons que c’est le meurtre déguisé du père dont il est question chez Freud :


[…]Que dirait de ceci monsieur notre père s’il pouvait être ici ?


Mot attribué au frère ainé de Napoléon au moment d’être couronné empereur à Notre-Dame.


Hommage que Freud résume par une phrase qui inclut son frère Alexander -nommé, souvenons nous, par jeune Segismundo- qui l’accompagnait :


Ce qui perturbait le plaisir de notre voyage à Athènes était le sentiment de piété.


Que Freud veut-il dire par là, compte tenu du fait que cette lettre ouverte rendait hommage à son cher ami Rolland ? Freud veut-il dire que le mot piété, dont la première acception (Robert) est fervent attachement au service de Dieu, aux devoirs et aux pratiques de la religion, ainsi que ses synonymes, dévotion, ferveur, affection, amour, culte-, serait dû à Rolland ?


Cela ne m’étonnerait pas que l’acharnement de Freud à nier la religion –si les mécanismes qu’il éclaircit s’appliquent à lui-même, trahissait sa lutte interne.


Sans compter que le Leonardo prenait forme justement quand la dispute théorique avec son fils héritier, Jung, fils de pasteur Protestant, s’amplifiait ; quand, voyant la rupture venir, Freud écrivit une lettre à Jung le priant de lui promettre de ne pas écarter la théorie sexuelle, le plus important du tout, ce dont l’on devrait faire dogme et bastion inexpugnable contre la noire avalanche de l’occultisme.


Or à plusieurs occasions dans son Leonardo Freud se plaint de la religion dogmatique…


Alors, ce qui le déplait ce n’est pas le dogme en soi, qu’il souhaitait pour la psychanalyse, sinon accolée en adjectif au substantif religion: la religion dogmatique.


Est-ce cette expression si différente de dogme religieux ?


Pardonnez-moi si je semble radoter. Il me frappe parfois que l’œuvre de Freud est perlaboration d’une crise religieuse. Je suis solidaire de l’expérience de père Freud telle qu’il la décris.


En fait, je connais le doute.


Je lis souvent une petite phrase par-ci par-là à propos de la position de Freud concernant la religion, une réticence, un dédain, une pichenette que j’interprète comme signe de crise aussi. Le plus que Freud nie la religion le plus qu’il la pose. Pourtant, je suis d’accord avec Lacan, qui me laisse entendre que des problèmes il n’est qu’un, le religieux. Là encore Lacan fut donc freudien jusqu’au os.


L’équation implique que la psychanalyse serait religion, ce que la raison n’admettrait et ce dont quelques insensés y en font dogme. Ce n’est pas pour rien que le problème traverse l’œuvre de Freud, qu’il est explicité dans le Totem, qu’il parcourt le Leonardo, qu’il se trouve à nouveau dans L’avenir d’une illusion, qu’il revient dans Le malaise dans la culture//


seren

Oct. 17-08.


Je viens de recevoir The Letters of Sigmund Freud to Eduard Silberstein 1871-1881. L’Introduction de Walter Boelich finit par ces mots, que je traduis:


Lesquels des écrits de Feuerbach Freud avait lu, mis à part ceux tirés de la compilation de Karl Grün, nous ne pouvons le dire avec certitude, quoiqu’ils comprenaient vraisemblablement Das Wesen das Christentums (L’Essence du Christianisme) et très probablement Théogonie aussi. Non seulement sa critique de la religion or aussi sa théorie des rêves s’abreuvent à cette source. Au mot de Feuerbach ‘’Dieu est l’âme manifeste, l’expression de l’être de l’homme ; religion la réflexion solennelle des trésors cachés de l’homme, les confessions de ses pensées les plus intimes, l’aveu publique de ses secrets d’amour,’’ il ne lui restait qu’a substituer Dieu ou religion par l’inconscient pour en arriver au concept de base de la psychanalyse Texte.


Je m’empêche de trahir ce que je pense du style, de l’adjectif qui honte hante.


Boelich dit vrai sur le plan éthique sans pourtant répondre ni même considérer la question du désir qui rende l’éthique nécessaire.


Cela dit, j’arrive à la même conclusion que Boelich. Lui en une douzaine, moi en une millaine.


 

Nous nous permettons d’interpréter Freud. Freud est texte. C’est ce que nous avons. Ce n’est pas de commérage. Ce n’est pas d’anecdote. C’est de lire autant de textes que possible.


-Freud est mort.


Je le sais bien, répondis-je, presque. Lacan aussi. Alors la psychanalyse est morte. Ils sont tous morts. Cervantes. Musil. Rimbaud. Juan Ramón Jiménez. Tous morts. Alors, la poésie est morte, l’idéal est mort, la prose est morte.


Je voudrai bien être mort comme eux.


Je peux les honorer, et me taper sur l’épaule en passant, me dire qu’au moins par eux j’ai appris que la poésie est le poète et l’analyse l’analysant. C’est Freud. C’est Lacan.


L’analyste est là pour vous ouvrir la porte aux cieux, et comme saint Pierre, à condition de.


Et oui, quand même. Freud est mort.


-dipity


//pas pour rien, vous disais-je, que le problème religieux traverse le Leonardo, qu’il se trouve à nouveau et comme pour clore, dans L’avenir d’une illusion, qu’il revient dans Le malaise dans la culture, dont le premier titre était, le Bonheur dans la culture, puis le Malheur dans la culture, puis le titre actuel, ce merveilleux malaise qui énonce bien le problème, qu’il culmine le tout avec L’homme Moise.


Les chances d’avenir de la thérapie psychanalytique, 1910. Lu par Freud au IIe Congres International de Psychanalyse, mars 1910.

id.

original : Which of Feuersbach’s writings Freud read, apart from Karl Grün’s compilation, we cannot tell for certain, though they undoubtedly included Das Wesen das Christentums (The Essence of Christianity) and very likely Theogonie as well. Not only his critique of religion but also his dream theories are fed from this source. In Feuerbach’s “God is the manifest soul, the expressed self of man; religion the solemn revelation of man’s hidden treasures, the confessions of his innermost thoughts, the public avowal of his love secrets,“ he needed only to replace God or religion with the unconscious to arrive at a basic concept of psychoanalysis.

 

Elton Anglada








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