// - FROMAGE DE TÊTE - énorme norme
FROMAGE DE TÊTE - énorme norme

fromage de tête 15
Ceci, préparez-vous, sera plus long que d’habitude. Je le sens.
énorme norme et ora pro nobis     
Antécédents et Modernité.
Socrate dénigrait l’écriture. Il est parfois suggéré qu’il ne connaissait l’usage de la phoinikeia grammata que, selon Hérodote, le phénicien Cadmos amena aux hellènes deux millénaires A.JC.  
La Modernité, ça prend du temps.
Grammatta, qui tout en facilitant l’envoi incorruptible d’ordres à ses troupes, ce qui aida le bon roi Cadmos à gagner sa guerre, restait le machin technique qui affaiblirait la capacité à raisonner sur pied et surtout à conserver la Mémoire chez le commun des mortels. 
J’entends par là que la transmission selon Socrate ne peut pas être en dehors de l’ici et maintenant du discours où l’un parle et l’autre simultanément écoute.
Simultanément.
Or que l’un parle et l’autre n’écoute est là l’énorme norme. Comme si ce qui est attendu, à être entendu devrait être une plus ou moins sobre variante du amusez moi !
Il ronge son frein, l’analyste ; votre raisonnement auto-protecteur et enrobé de suffisance, mensonger et banal –la liste est longue !-  le désespère.
Vos fantasmes névrotiques l’emmerdent qui riment souvent avec érotiques, version molle de la perversion.  
Vous êtes une épine dans l’âme de son désir. Ceci me prit trop longtemps à saisir :
Je paie pour l’empêcher de faire son métier.
Sa bienveillance à mon égard, je le dis en passant,  est une leçon éthique.
C’est insensé. Car si le transfert est quelque chose il est ce moment où l’inconscient fait nœud sous l’égide du symbolique.  Autant pour plaisanter que pour se faire comprendre, Lacan nomma ça lalangue.
Le lalangue, dis-je.
C’est une histoire de vitesse, du temps zéro qui fait pour la spontanéité qui selon la parabole des prisonniers de Lacan, demande toujours un temps de réflexion. 
C'est-à-dire, du dire parler sans contrainte de l’hors-temps du survenu.
Et bien, cela donnerait un dire fou.
feindre joindre
Voici où je veux en venir :
La règle fondamentale ne peut être obéie que si l’écoute de l’analyste est pareillement libre de contrainte.
Ce que, selon théorie, lui permettrait de saisir le figuratif je viens de chez le charcutier et ce que, selon la même logique, l’empêcherait également de joindre, de feindre joindre pour être exact, le discours ou l’ambiance du fou.
L’écriture, revenons-en,  supposément se pense. Quoique il est des moments quand père Freud lui-même, à l’occasion d’une lecture, envisage la possibilité d’une écriture sans contrainte.
Elle serait folle aussi.
Et bien, nous en serions pour nos frais question tchatcheurs de l’agora, ceux-là mêmes que Lacan n’admire pas trop.
Pour notre bonheur, un jeune de son temps était féru de ce que Socrate dédaignait.
Et voila que grâce au vice de la modernité Platon nous fit profiter de Socrate.
Je me souviens du jour ou j’ai lu la lumineuse formule de MacLuhan :
The medium is the message.
Le moindre mi-raisonnable lacanien, lui qui tient au nœud, ne dirait autre chose.
Si d’une part le medium est massage -ce qui a été dit par vulgaire ironie-, c’est de se méprendre sur la vraie nature de l’idée, de ce postulat du symbolique que par raccourci nous pourrions nommer vie consciente …qui nous fait souffrir le calvaire.
La modernité c’est un fantasme structurel et radicalement opposé à l’inconscient, qui ne connait le mot que pour en tirer avantage. Par nature conservateur, l’analyste parfois s’emmêle les pinceaux à propos de la modernité. Il fait alors ressortir ses modèles, disons encore Socrate, antimoderniste et même traditionnaliste. Il croit dur comme fer à la réincarnation, souligna Lacan d’un ton dubitatif qu’à mon oreille résonne comme le clairon d’une ironique victoire de la biologie sur l’esprit.
Réincarnation, le mot le dit : la chair qui revient. Ce que, à nous imaginer rongés par les vers, nous savions déjà ; réincarnation dont l’idéal et le dernier mot n’est pas biologie, n’est pas chimie, science qui étudie une particularité de la physique, laquelle dit que la matière ne se perd, elle se transforme.
Alors, depuis que nous savons que la prédilection de la matière -je dis ceci d’un ton poétique, bien sur, car je suis un ancien baba-cool, comme on dit con-battant-, avec une nostalgie qui ne change en rien le fait que nous pensons, nous imaginons, nous projetons, nous identifions, nous introjectons, nous désirons -cela, les amis, se fait par tous les moyens-, la résultante étant la même : nous mourrons en médisant.
Mais nous disons.
Entre temps, par peur et par peu de rentrer dans la ville où Jésus prêcha, malgré mon tropisme et sachant qu’il serait trahi aussitôt compris, j’extirpai mon âme du capharnaüm, allumai l’ordinateur et poursuivais mon obscur éclair.
Il ne faut pas tout mettre dans un panier. Cet insensé préjudice contre l’informatique ou jeux électroniques, cette ignorance de l’américaine grammaire nous empêche d’avancer,  puisque nous rejouons le symptôme et comme Socrate nous disons que ça se passe grâce au maintenant oral et à la présence de l’autre.
Je ne suis pas là peut-être ?
Je suis alors nulle part :
Pour plus de vingt cinq années je n’étais pas en analyse. Comme je suis un petit futé, j’évitais de  parler de ma névrose moderniste.
C’est que le modernisme ne date pas d’hier et qu’en tout cas l’inconscient est sa contradiction.  
Enfin, de la magie : je suis toujours là où je ne suis pas et là où je suis je ne le suis pas.
Je suis dans ma souffrance, parce que c’est vrai qu’on souffre la vie. Pardonnez-moi le lyrisme :
Je suis comme vous.
Là où je ne suis père. Là où  je ne suis mari. La où je ne suis/
Vous voyez l’absurdité, n’est ce pas, celle de ne pas la voir ?
Vous appréciez bien que je suis ici.
Je ne pense que l’internet soit prêt. Pas plus que le roman ou la musique ou la psychanalyse elle-même. Sinon nous ne parlerions de la réinventer.
Résumons.  Le symptôme est le même de toujours.
Enfin, que pour échapper du capharnaüm je choisis la facilité, le clavier, le papier, les mots, l’image…le temps zéro.
publications pirates
Même si je penche pour cette folie supposée dans la religion,  j’entends bien que celle-ci est une illusion qui fait barrière à la mort. Par où il est démontré qu’Idée sert quand même à quelque chose et, au bout de ligne, à savoir que la réalité n’est pas le réel.  La réalité c’est que je vais crever. Le réel est que tout en étant un homme raisonnable, je puisse entretenir l’illusion.
L’addiction n’a attendu la Modernité pour faire trou. C’est un symptôme, j’en conviens. Celui de Toujours.
Il ne faut qu’afin de combattre le Mirage de la Modernité, Psychanalyse se mette à son heure.
Modernité foutaises. L’inconscient est loi loin de la modernité.
L’addiction aussi.
Cet ouvrage maître que la tradition freudienne dédaigne, le Quijote, en fait état. Don Alonso Quijana devint fou, il est dit et redit, à cause des maudits romans chevaleresques qu’il sans cesse lisait, mémorisait, récitait.
Son propre bouquin eut plus de treize publications pirates en peu de temps.
Je suis triste que Freud semble avoir une dent contre Cervantes, et grosso modo contre les espagnols, y compris son loyal traducteur. Ce qu’il manifeste par une phrase ambigüe à propos de Cervantes: idéalisme de jeunesse.
C’est vrai. Freud voyait noir. Parce que c’est bien vrai que l’invisible lumière se voit par les objets qu’elle éclaire.
Sans objets le monde serait noir.
Et bien, et je finis, disproportions gardées, je ne me mets à la place de Socrate, sinon de Platon.
Malgré qu’il ne fût toujours au top, il au moins connaissait son monde.
Et même lui donnait à boire et manger.
Elton Anglada






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