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couloirs du labyrinthe
- La boîte de Pandore - le malheur

 

Le malheur - Photo E Anglada

le malheur 

 Suite d' obscur éclair. A lire après pages dans le bonheur.

 

À l'opposé de ceux, chimistes et autres, nous disons que dans le maze du désir il n'est pas question d'aller vite mais d'aller lentement. La psychanalyse est une mission de vivre et non pas un moyen d'aller ailleurs. Pour ma part je ne me suis jamais senti si prés d'une communauté fraternelle. Assassine donc. Je pense me souvenir qu'à un certain endroit Lacan parle des mots goal, way, but… Ce que je comprenais c'était justement cette histoire de la visée, de ce qui est visé par la discipline.

 

Eh bien, ce qui est visé est la discipline même.

 

Voilà par contre, tel que j'amorçais plus haut, l'épreuve qu'un esprit égaré fait subir à la pensée: Lever le doigt. Que l'on fasse cela sans y penser, quelle prouesse! Ainsi inspiré, on projette le mouvement du doigt dans les eaux de la psychologie des profondeurs, prétendant pouvoir y toucher fond. On n'est pas loin d'imaginer la pulsion en tant qu'un déjà-fait de la pensée. Ainsi dans un spectaculaire cas de pédophilie, l'expert auprès de tribunaux, qui de toute évidence n'a jamais lu Un enfant est battu L’une, rende un jugement fondé sur la parole mal entendue d'un enfant. De toute façon, nous dirai un juriste –et pas des moindres!-, à la radio, il ne faut pas prendre ce que dit un enfant au sérieux! Pour sa part l'expert dira à la télé que si on paye une expertise psychologique au prix de bonne on aurait une expertise de bonne. C'est-à-dire de mauvaise. Cette déclaration fait froid dans le dos. C'est la plus effarante opprobre que je n'ai jamais entendu un homme se dé-couvrir.

 

L'expert rajoute que de toute façon son expertise n'engage pas la loi. Dieu merci. Ce que je sais c'est que l'expert a un excellent cursus de rat de laboratoire.

 

fleuron faible

 

Ce que je cherche fin d'analyse c'est de décoller. Mais si décoller a le moindre air de contestation, je préfère y rester collé. Je ne me sens seul que quand je suis ensemble.

 

Voyez-vous, c'est mon a-dieu que je prépare, comme si je pleurais un mort.

 

"Monsieur, vous avez été une mère pour moi."

 

J'aimerai lui dire, or je crains l'éclair jaillir. Plutôt le maieutiké, devrais-je dire.

 

Pourtant c'est ainsi. J'entends avec un certain détachement ce qui est dit à propos de la relation au père, à propos d'une idéalisation que souligne le contraire. Le père craint son fils et vice-versa. Et pour cause. Or la réconciliation existe. Par preuve Télémaque, faible fleuron d'Ulysse. Rajoutons que l'un des charmes de Pénélope c'est qu'elle se comporta en femme plutôt que mèrel’oedipe. L'oedipe de Télémaque trouve son exutoire ailleurs.

 

L’une des revendications des psychologues qui parlent "d'écouter les enfants" comme si cela n'allait pas de soi, c'est que Freud se trompait: ce ne sont pas de fantasmes, il n'est pas là question du désir sinon des faits. C'est faire abstraction de l'inconscient, d'ouïr (dans le sens d'ouïr un témoignage) sans entendre.

L'oedipe de Telémaque est révélé de façon directe et assez voilée. Cest-à-dire dévoilée. Aprés le retour d'Ulysse à Ithaque, Télémaque part lui aussi à l'aventure, sur les traces de son père et à mon sens dans un acting-out oedipien. L'une d'elles l'amena à Corfou, la même île où jadis son pére échoua. Comme son père il rencontre Nausicaa, avec qui Ulysse vécut une histoire d'amour "non exprimée", elle qui lui dit en guise d'adieu de ne jamais l'oublier, car elle lui avait donné la vie. Comme une mère. Elle qui, selon Aristote et Dyctis de Crête, maria Télémaque et enfante Perseptolis.

Puis Télémaque marie Circé, l'ensorceleuse, ancienne femme de son pére.

Circé est morte de ses mains.

Ce qui est dur c'est de s'extraire de la mère. Pour moi, je le vois maintenant, il était question d'y régler mes affaires. Cela me surprit. D'un coup deux pierres puisque qui dit mère dit père. Il faut donc reprendre le mythe du père à sa source, c'est-à-dire à la bouche de la mère.

 

Je ne sais pas très bien ce qu'est la castration symbolique, outre que c'est là où la liberté est définie par le biais de l'interdit. Je suis comme chacun. J'ai fantasmé mon père avec des seins.

 

Interpréter le passé est, aussi, le perdre. Il faut plutôt interpréter ce qui est dit dans le présent de la séance, puis réécrire l'histoire. Alors nous avons besoin d'un alphabet. Ce de la psychanalyse. C'est alpha bête que ça.

 

Cela n'est plus certain que la construction imaginaire de mon père serait inébranlable. Ou à l'inverse.

 

L'analyse est perverse/

 

"Père verse?"

 

savoureux supplice

 

Non. Or je l'assume, puisque cela est vrai dans ce sens que si le père n'était versé ni ne se mêlait pas à l'histoire, d'histoire il n'aurait point. L'histoire, c'est le père. La question est, le père selon qui? Qui en premier du père in-forme l'enfant? Par quels mots? Et puis, quelle est mon histoire à moi, comment ai-je accueilli cette présentation du père? Comment l'ai-je construite, en partant de là? Une construction idéale que, puisque toute dénégation souligne son contraire, s'oppose à des pulsions de base liées à la parthénogenèse, où il n'y a pas deux, donc pas trois, mais un. Lacan a beaucoup travaillé la question de l'un, en majuscule ou pas.

 

Eh bien cela n'est pas clair pour moi.

 

C'est que l'un ne peut pas être clair sinon par la voie de la confusion, puisque pour la clarté il en faut deux…

 

Or je parlais d'autre chose, d'un impossible de la psychanalyse que je ne saurais en exprimer que par un contrepet autour du Tantale spontanément sorti de la plume. Il ne sort pas. Ce qui n'empêche pas que l'analyse soit un savoureux supplice.

 

La réponse est apportée, à portée et toujours reportée.

 

J'entends qu'il faut cesser d'idéaliser le père. Il faut lui rendre ses couilles. Rendre? Les aurais-je donc enlevé?

 

S'il les a c'est que je ne les ai pas.

 

Et ainsi jusqu'à devenir père à notre tour, avec une autre femme que la sienne. Tour de balai et tour blanche, comme celle d'où regardait le monde le vigile de Goethe qui se disait "né pour voir". Chacun donc a son tour à son tour. Tout cela renvoie, dans la mythologie/

 

Ceci n'est pas aussi naïf qu'il parait. La question c'est de savoir comment l'interdit transite, comment nous est-il transmis et la nature des représentations du père que nous nous en faisons et, par symétrie, de la représentation de nous-mêmes. Cela peut se réduire au grammatical, à une erreur de genre, à un jeu. À douer le père de seins. Eh bien oui et non. Enfant de contes, le mâle doit devenir homme. Ce qu'assigner les couilles au père signifie, jusqu'alors châtré au bistouri de l'idéalisation, est forcement quelque chose qui interpelle Lisez.

 

Je ressens que pendant des années je cherchai le père en soi, le père impossible puisque sans rapport à la mère, ou plutôt avec un rapport de trop. Ce pourquoi je fus interpellé par la mystérieuse et aujourd'hui limpide affirmation de Lacan que le père réel est celui qui effectue la castration symbolique.

 

C'était pourtant ma mère en tant que telle et non pas en tant qu'objet du désir, qui m'avait tant manqué; elle que j'obturais ès qualité de sa femme. Elle que j'avais besoin de retrouver dans son réel.

 

Pour cela il aura fallu me mêtre au monde une nouvelle fois.

 

Un miracle.

 

Plutôt que mère, docteur, je pourrais dire que vous étiez le sage-homme qui assista à ma naissance. Ce que je veux dire c'est que l'on est né toujours d'une mère/

 

Quid d'Athéna, née de la tête de Zeus, parthénogenèse figurée dont l'exemple est par ailleurs non pas isolé?:

Zeus, fils de Cronos destiné à le destituer, avait été sauvé de la gueule de son père et amené à Crête –ce pourquoi, en passant, l'histoire crétoise est marquée par lui-, et là, dans une grotte, nourri par la divine chèvre Amalthée.

Parturition qui renvoie à l'un. Parturition qui advient de façon assez étrange, pour ne pas dire rocambolesque.

Le premier amour de Zeus fut Métis, fille de Océans et Thétis, déesse de la prudence qui imprudemment succomba à ses avances. Sa grand-mère Gaia informe Zeus que Métis mettra au monde une fille qui à son tour mettra au monde un fils qui le renverserait.Oedipe

 

Zeus fit alors comme son père Cronos et avala le danger, afin de mener la grossesse à terme en lui-même; et même en sautant et éliminant une génération, puisque le mets fut Métis, enceinte du dangereux enfant à naître. Sachons qu'un lourd passé pèse sur Cronos, un passé fondateur. Uranus, fils primordial de Gaia -par où il est démontré qu'avant d'être père un homme est fils-, procréa Cronos avec sa mère.

 

Gaia, lasse d'être sautée par Uranus à tout va, et en désaccord avec lui sur l'éducation de leur progéniture, pour le dire ainsi, puisque père Ouranos les envoyait aux enfers, conseille à son fils Cronos de le renverser.

 

Celui-ci procède par la suite à l'émasculer Il.

 

Par cette castration originaire il est affirmé que depuis toujours le phallus a valeur de symbole et de réel. Enfin, que le Nom-du-Père est la métaphore qui codifie ces aperçus des origines et filiations par où, du fait même d'être codifié, le désir est mit en branle et sous régime de la loi.

 

Lisez plutôt Liliane Fainsilber, égérie de ces pensées.

 

Oedipe n'est pas le premier fils par le père craint sinon celui mit en exergue, isolé, donné à titre d'exemple par Sophocle, puis par Freud interprété. Avant sa mise en scène, avant ce théâtral passage à l'acte, avant que le père s'institutionnalise, le géniteur s'est senti toujours menacé par sa filiation. Le Nom-du-Père n'était pas encore né que des mots prophétiques s'adressaient déjà à l'interdit. Freud débusqua la haine du père dans trois sources, Sophocle, Shakespeare, et Dostoïevski. Il assigna à chacun une particularité qui l'explique: du destin à l'action directe -quoique Œdipe, comme nous fait remarquer malicieusement Lacan, ne savait pas que l'homme qui lui barrait la route était son père. Et puis par l'action plus ou moins indirecte, par l'intermédiaire d'un tiers qui prend sur son compte le désir refoulé du fils. Ainsi pour Hamlet et Dimitri. Dans ces éclosions du désir meurtrier à l'égard du père qui jalonnent le temps, la sublimation-refoulement est à l'oeuvre.

 

Il faudrait revenir à cet acte cru, littéral, celui de Cronos, qui de sa main châtre son père Ouranos.

 

Je viens d'assister à une conférence où le complexe oedipien fut traité par Jacques Alain Puget. Il nous fit remarquer qu'au passage du corbillard, Dostoïevski fut saisi d'une crise d'épilepsie. C'est-à-dire que dans son cas, l'épilepsie s'inscrit, tel que le fit Freud, dans la névrose de conversion. En écoutant son exposé un proverbe de mon père m'était venu à l'esprit: assied-toi au pied de ta porte et tu verras les funérailles de ton ennemi défiler. La vengeance, comme l'on dit, est un plat qui se mange froid. Or cette vengeance n'est pas sans exiger un prix psychique et, dans le cas précis de l'épilepsie, d'une mort figurée comme règlement de dette. Remarquons à ce propos qu'en 1878, date de l'écriture du roman qu'il venait d'entamer, Dostoïevski fut bouleversé et temporairement arrêté par la mort de son enfant de trois ans, Alyosha, mort justement d'une crise d'épilepsie. Prenante coïncidence. Nous pouvons regarder l'oedipe par l'autre bout de la lorgnette et mesurer ainsi les sentiments qui siégent non seulement chez l'enfant, mais aussi chez le père. Ce terrible père du Totem et Tabou, ce père dont le prototype serait ainsi (et même si Freud ne le dit pas) le premier père lui-même, Ouranos. Or revenons un instant à la mort du père de Dostoïevski, meurtre jamais élucidé qui n'est sans nous faire considérer un autre lien: Des uns disent qu'il fut assassiné par ses serfs suite à un accès de violence de sa part -l'un qui fit déborder le verre pourrions nous dire, puisque l'arme du crime fut la bouteille de vodka qu'il dut avaler sous la contrainte. Une autre version dit qu'il est mort de causes naturelles et qu'un voisin terrien fabriqua l'histoire de meurtre pour pouvoir acheter la propriété pour une bouchée de pain.

 

C'est l'histoire d'argent qui à mon sens semble la plus probable, d'abord soutenu par ce que de l'argent Dostoïevski dit et puis de par ce qu'il en faisait. Dostoïevski nous dit qu'un vrai gentleman, même s'il a tout perdu, ne doit pas montrer ses sentiments. L'argent doit être si au-dessous d'un gentleman qu'il mérite à peine le dérangement.

 

Or Dostoïevski était joueur pathologique, c'est-à-dire perdant, pèredant, père dent, ce qui est le but inavoué du jeu.

 

Je remarque que la traduction à l'anglais de ce mot, celle que je connais, ne dit pas que l'argent soit "au-dessous" du gentleman, sinon qu'il devrait l'être.

 

Les faits concernant l'enfantement de Zeus se compliquent alors. Héra, femme et sœur de Zeus, jalouse justement de son affaire avec Métis et de sa capacité à enfanter sans participation féminine, met elle aussi au monde par parthénogenèse Héphaïstos - toutefois dit fils de Zeus-, qui le jour venu fendit la tête de Zeus d'où jaillit Athéna, armée jusqu'aux dents.

 

métis est mets

 

Je suis bien Sandwichman, je vous l'ai dit. Le panneau sur mon front lit, vous le voyez, psychanalyste n'est pas maître.

Or je cherche le maître.

 

Parfois cela me fait rigoler que l'on dise que Lacan ne se comportait pas en maître. Lacan fait une distinction entre les discours du maître et du psychanalyste. Or cette distinction ne nie pas leur complémentarité. L'insistance de tous bords à nier le "maître ès analyse" cache bien quelque chose. Et pour commencer que les problèmes de base ne peuvent pas être résolus, que le symptôme n'est jamais liquidé, puisque le symptôme tient le tout ensemble.

Symptôme ergo sum.

 

Pourtant, le symptôme doit s'afficher avec retenue, avec discrétion, de manière à indiquer que nous connaissons le danger d'être ce que nous sommes. D'ailleurs, puisque la psychanalyse se fonde sur un paradoxe, elle est paradoxale.

 

Au même temps, il y a quelque chose qui doit se passer, quelque chose qui doit changer; sans ce plus de jouir, appelons-le ainsi, l'expérience analytique ne sera pas aboutie –serai, la rime est fatale, abrutie. Ce n'est pas la moindre des contradictions que le symbolique qui nous permet ces abstraites envolées se résume en somme à un fait du réel, à savoir la castration symbolique.

 

La psychanalyse inculque à l'esprit la bonne éducation. Ce pourquoi l'écriteau collé à mon dos lit symptôme fait psychanalyse. Et Moi muet. Non. Bigle. Non. Bègue. Il y a ceux qui plient sous le poids de cette éthérée abstraction qu'est l'esprit. Un homme devenu Dieu finirait ainsi par ne rien se permettre.

 

Quelque chose pourtant distingue le psychanalyste du maître.

 

C'est pour commencer chez le psychanalyste que l'on récapitule les griefs qui deviennent alors lieu originaire du désir.

 

Un autre jour, plus tard.

 

"Tiens, papa. Mets ce cédé pour le voyage et écoutons-le."

"C'est de qui?"

"Tryo."

"Trio?"

"Oui…Avec un i grecque."

 

Nous écoutons alors des chansons intelligentes, de la belle musique…

 

"Merci de me l'avoir fait connaître, je lui dis formellement une fois la musique terminée. Ce sont de bons paroliers. C'était très beau."

 

Quelques petites années au début et nous sommes marqués à vie. Voilà ce que j'en tire. Cela prend un temps fou pour s'en sortir.

 

Ce n'est pas facile, une naissance.

 

désaveu déçu

 

Et voilà, l'écriture est ma folie. J'imagine parfois que vous ne pouvez pas me comprendre en m'entendant parler. Je m'entends, pourtant… Je sais que jamais je n'ai été moi devant vous…J’étais, je suis toujours un autre. Mon réel c'est de l'imagination. Je me dis avec fausse mansuétude que je ne suis pas là pour régler des problèmes de sexualité, ceux que vous ne cessez de ne pas évoquer… Problèmes qui en delà d'être irrésolubles, sont banals…La seule solution au problème de la sexualité serait de ne pas en avoir. Cela au moins enlèverait cette épine dans l’âime qui est le non-rapport sexuel…Jamais Lacan, qui a vu tant des choses, n’a vu aussi clair qu’à ce sujet… Cela s’adresse à la moelle même de la psychanalyse.

 

Cela marque pourtant la déception plutôt que le désaveu…

 

humble honte?

 

J'ai lu ci et là, qu'à un certain moment l'analysant doit pendre soi-même la dé-scission, doit savoir décider que personne ne sait tout, ni peut choisir à son lieu. Décider n'est pas délier, sinon trancher le nœud, comme Alexandre.

Signifiant qui renvoie à la castration.

 

Croyez moi, ne serait-ce que pour m'amuser, si je le pouvais j'écrirai ceci en alexandrins… Or la psychanalyse présuppose dénouer que trancher. Ce sont des analystes qui l'affirment; ce sont eux qui l'écrivent sans dis-sentiment.

 

Trancher, dénouer… Des escarmouches d'ego, dis-je.

 

Le roi Gordes, père de Midas, façonna le nœud indénouable qui, de ce fait, protégeait son royaume tout en rendant sa conquête inévitable. Souvenons-nous du héros favori de Sigmund qui, enfant, en conseil de famille convaincra ses parents de nommer le nouveau-né frère d'après Alexandre, tel que le raconte E. Jones J’aurais . Entendez ceci dans ce sens que dans la mythologie -je vous montrerai par la suite des exemples-, le nom du père disparaît ou bien s'entremêle au nom du fils Mes. Qui dit père dit fils. Remarquons que Lacan partage avec Freud le goût de la mythologie, surtout mêlée à l'histoire. Là, le nœud, ça se tranche. Ce qui, à mes yeux intéressait Sigmund plus que les victoires guerrières d'Alexandre par Jones citées d'après Anna Bernays.

 

Peut-on trancher? Pour le faire il faudrait d'abord avoir le noeud sous la main, et l'épée à portée; être donc dans l'ailleurs du noeud. Ce qui n'est clairement pas le cas pour la personnalité, ou le symptôme - c'est selon-, qui fait lien supplémentaire avec le nœud borroméen à trois pour instituer un à quatre. On ne tranche pas. On renoue ou dénoue avec le nœud.

 

Jakob Freud, père admiratif, disait que le petit doigt de son fils contenait plus d'intelligence que toute sa tête. Le génie est quelque chose qui se manifeste tôt et qui amène son lot de misère. Rares sont ceux qui peuvent l'assumer. Or comme il arrive souvent, Freud craignait que cela ne fût pas évident, se sentant au premier abord mésestimé.

 

L'orgueil du paon est la gloire de Dieu, écrit Blake.

 

Le jeune Sigmund avait le rare trait du goût. On remarque d'abord chez lui une sorte de banquet gourmand où des lectures sont avalées et des impressions jaillissent sans préjugé. Puis arriva ce qui peut ressembler à une sédimentation. Des particules tombent vers le fond. Je me pose la question de savoir pourquoi certaines sont passées à la trappe, sont hors scène… je pense toutefois que ce qui prend le devant en garde la trace.

 

Je traite ailleurs, m'appuyant sur son changement de prénom, de Sigismond à Sigmund, de ce que cela pouvait bien dire de son rapport fantasmatique à Segismundo, Œdipe contrarié et nous dirions presque niais de Calderón, pour qui la vie est songe.

 

fragile folie

 

Les choses qui seront remplacées dans l'intérêt de Freud sont de bon aloi. De cet alliage, de cette alchimie, des éléments gommés apparaîtront à contre-jour, comme dans un palimpseste. Car où pouvaient-ils disparaître sinon à l'intérieur de l'homme qui les avait appris? Ainsi fut-il que La vie est un songe ne fut pas repris, ni ce que de la folie Cervantes dit par la bouche du Don ou dans ses nouvelles exemplaires, dont une incita Sigmund à s'adouber du nom d'un chien du colloque cervantin, Cipión. Il faudrait un jour parler, à propos d'une autre de ces nouvelles, de la pathologie exemplifiée par le licencié Vidriera, sublimétaphore de l'hypocondrie hissée au rang de fragile folie qui pourtant marque la distance qu'il y a du corps à la parole. Que cette fragilité du corps dont Vidriera -verrerie et aussi vitrine-, soit imaginée et racontée par Cervantes, homme d'action, héros de guerre, n'est pas sans renvoyer à Socrate, qui jamais ne recule, ni du corps ni de parole.

 

Ce qui m'a le plus marqué de Socrate, en passant, c'est l'histoire de régler la dette, soulignée par Lacan. J'ai récemment trouvé le fil de cet acte chez plusieurs personnages mythologiques, où il est question de régler une dette par délégation.

 

De la léguer donc. En voilà la seule façon de s'acquitter d'une dette non acquittable.

L'Autre est celui qui nous lègue la dette.

 

Ce pourquoi nous pouvons dire que l'Autre est aussi châtré. Ne jaillirait-il de cette castration même son désir qui nous angoisse autant que déclenche le notre? //

 

5-5-06

 

À la page 46,de ses Lettres à Nathanaël, Liliane Fainsilber écrit:

[…]Lorsque il s'agit de la vraie castration –de la castration symbolique-, celui qui doit être castré n'est pas celui qu'on croit. Ce n'est pas le sujet, mais l'Autre…

 

Le début de la phrase n'offre aucune difficulté, évoquant à titre quasiment syntagmatique ce que du père réel Lacan dit dans L'envers de la psychanalyse. A savoir que le père réel est celui qui opère la castration symbolique. Or la suite, que ce soit l'Autre qui est symboliquement castré est effectivement inespérée.

 

Ne suis-je pas celui qui doit être castré?!

 

Que sous-tendent des formules consacrées telles "le désir c'est le désir de l'autre", son paradigme structurel? Cela veut il dire que le Nom-du-Père se confond avec ou est au lieu de l'Autre inconscient, ce que non seulement autorise mais implique la question de la puissance phallique et de l'inter-dit?

 

Ce que Liliane Fainsilber dit avec certitude et par des mots faits pour souligner que cela n'est pas seulement vrai mais aussi jusqu'alors inouï, est avancé dans un contexte particulier: sa nécessité en tant que femme de savoir ce qu'il en est de l'Œdipe du père. Cette recherche commence en citant puis bravant un conseil, sinon interdiction de Lacan, celle de ne pas analyser le père. Ici, déjà, s'amorce une juteuse ambiguïté, car si ce que dit Lacan s'applique au père fondateur, dans l'exposé de Fainsilber le mot "père", par où j'entends "géniteur", prend le devant. L'Autre occupe donc la place du père d'une femme qui entend tirer au clair ce qu'il en est de son oedipe et par là de leur castration symbolique.

 

Je ne vous cacherai pas que ce qu'il en est de la castration symbolique reste pour moi, malgré mon acharnement à le comprendre, mystérieux. Le mystère provient en partie du lien entre une opération qualifiée de symbolique et ses conséquences sur le désir et sur cet avatar du réel qu'est la sexualité. Car, à ce que j'ai compris, la castration symbolique a le paradoxal effet d'amener l'être à sa pleine potentialité sexuelle, celle-là amorcée dans l'enfance par le passage de l'oral au génital; en partie du fait que l'adjectif "symbolique" pèse d'un vénérable poids, par où l'on entend que ce dont l'être est castré c'est de l'impunité conférée par la puissance créatrice et des droits y attenants: ce n'est pas seulement le désir, qui serait de l'Autre, mais aussi la Loi, la parole, enfin tous ces attributs humains qui relèvent de l'abstrait. Or, si tel que l'aporie avec sa force habituelle l'affirme, la castration augure le potentiel génital, puisque elle est symbolique elle augure aussi, et aussi paradoxalement, le potentiel idéal.

 

Dans le deux cas nous nous trouvons dans la position de pouvoir, mieux encore, de devoir faire tout ce qui n'est pas interdit.

 

Dans la lettre dix, témoignage d'une séance très courte -merveille de concision dont le style recréa ce dont il est question-, Liliane Fainsilber revient au sujet de la castration. Je vous cite des phrases qui s'y trouvent en medias res:

 

À peine allongé sur le divan, comme si les mots me manquaient, je répétai trois fois: C'est que…C'est que…C'est que…

 

"Trois fois", nombre consacré à l'incantation.

 

Je n'ai jamais su ce que j'aurais bien pu dire à la suite de ces points de suspension. Rien d'autre ne me venait à l'idée et Lacan m'arrête tout aussitôt.

Cependant, alors que je m'apprêtais, interloquée par cette brusque interruption, à franchir la porte de son appartement, il vint me rejoindre et me dit: "Voulez-vous rajouter autre chose?" Sans aucune hésitation, je lui répondis non.

Dans l'après-coup, j'avais été très contente d'avoir pu répondre à sa question par la négative. Il n'y avait vraiment rien à rajouter, quant au manque phallique.

 

Mots qui peuvent s'entendre en tant que dénégation. À savoir que pour elle il y aurait quelque chose à rajouter. L'effet de "l'après coup" met pourtant ces mots sous le sceau de la sincérité. Car, effectivement, confronté à un tel aveu de l'analyste personne pourrait trouver quoi que ce soit à redire sur la réalité de la castration.

 

Ce qu'il en restait, c'est le fait qu'on ne pouvait imaginer plus rude et plus brutale approche du complexe de castration.

Mais ce que j'ai trouvé extraordinaire, c'est que avec cette question qu'il m'avait posée, c'était sa castration à lui que Lacan avait aussi mise en jeu.

 

Ce qui frappa est que sa castration à elle soit, à nouveau, liée à celle de l'autre. Nous pouvons compléter le balbutiement initial, ce C'est que… par un tout cru …je ne l'ai pas, ce qui répond aussi à la géniale question de Lacan, qui porte sur ce qu'elle voudrait y rajouter à son lieu.

 

Plus tard, dans la lettre 15, Fainsilber reprend le thème de la castration symbolique:

[…] Pour le dire le plus simplement possible, c'est ce qui permet de séparer son désir du désir de l'Autre, désir auquel, en raison de la névrose, nous étions restés suspendus, accrochés, ce désir étant celui de la mère et, secondairement, celui du père.

 

// Mais continuons. A propos des influences sur Freud, Jones parle même d'une "mythologie" tirée par Sigmund de Cervantes.

 

Ça en fait deux, puisque Lacan dirait pareil à propos de l'Œdipe pour Freud.

 

projet princeps

 

L'attrait pour l'homme d'action est commun à Cervantes et Freud. Des années après son enthousiasme de jeunesse, Freud finira par suggérer que le Quijote était une naïveté. A mes yeux il portait une silencieuse aversion pour la culture même où, comme par hasard, Rodríguez Ballesteros se lancera dans l'ambitieux projet princeps de traduire ses œuvres.

 

Aujourd'hui c'est chose faite. Les œuvres complètes de Freud peuvent se lire en espagnol aussi, et, magré l'usage du mot "instinct", dans des traductions admirables.

 

Parmi les références d'étudiant de Freud se compte Alexandre, je vous disais -conquérant qui sut trancher. Puis Œdipe. À ce propos, Jones raconte qu'un exposé de lycéen sur un morceau du texte de Sophocle lui valut d'être reconnu pour la qualité de son écriture. Ce dont par la suite Sigmund se féliciterait en plaisantant. Déjà au lycée, bien avant le Totem donc, dont Jones, qui lui conseillait prudence, raconte fut écrit sous l'emprise d'une pressante inspiration, Freud avait senti l'appel de ce qu'il nomma "lien inconscient".

 

Enfin, pour y revenir, que ce roi Gordes préfigure l'analyste, dont la seule présence implique sinon institue le nœud, selon la même logique que le pot vide contiendrait l'idée du contenu. Nœud qui, une fois sorti de l'ombre à la lumière, et en usurpant sa place dans la charrette sinon le char de l'état, nous nous attelons à dénouer…

 

Faut-il trancher le nœud? Eh ben non. Le nœud borroméen est d'une telle fragilité que, tout au contraire, le défi c'est de le tenir ensemble.

 

 

Elton Anglada






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