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couloirs du labyrinthe
- Le revers du rêve - scène primitive

... Six ou sept loups - Animation d'Elton Anglada crée à partir d'une oeuvre de Loïc Bonnefont

" ...six ou sept loups..."

Regardons ce tableau de Loïc Bonnefont. Au bout d'années d'hésitation, j'avais trouvé le courage d'aborder son peintre.


"Dis moi, Loïc…Pourrais-je te commander un tableau?"

"Pourquoi pas?"

"C'est que je pense en termes anciens…Tu sais…comme dans le temps…Je voudrais que tu peignes pour moi le rêve d'un fameux patient de Freud, "l'homme aux loups". Je songe depuis longtemps à l'accrocher chez moi, à l'avoir devant les yeux pour voir et ne pas voir un septième loup… Or je me devance. Il rêve d'un arbre d'où six ou sept loups blancs le regardent fixement par la fenêtre qui dans son rêve d'une nuit d'hiver, s'ouvre tout à coup. Je viens de relire cette analyse et une chose étrange m'arriva, le rêve m'était si transparent que pour un instant je me félicitais de si bien le comprendre...


Bien sûr, ce n'était que l'esprit de Freud qui me chuchotait à l’oreille. La preuve est qu'il me fallait à tout prix relire son texte.


Le livre s’était ouvert obéissant à la page, où je retrouvais mes soulignages, mes chaotiques notes en marge, mes renvois à un autre texte ou page…

En tout cas, ce que je voudrais c'est résoudre plastiquement l'énigme de ce "six ou sept". Tu es passé maître dans ce genre d'équivoque, à en juger par tes "métamorphoses", comme je pense tu appelles tes tableaux d'une certaine période. Je peux te raconter en détail le scénario du rêve, son contenu manifeste pour utiliser le terme consacré, tel que le raconte Freud…C'est un rêve d'anthologie, absolument construit, un rêve de génie né pour être déchiffré.

Son patient, alors la vingtaine, le raconte à Freud le rêve qui le poursuit depuis sa petite enfance… Il rêve que/ Non, tiens, lis plutôt la transcription qu'en fit Freud":

J'ai rêvé qu'il faisait nuit et que j'étais couché dans mon lit. (Mon lit avait les pieds tournés vers la fenêtre; devant la fenêtre il y avait une rangée de vieux noyers. Je sais avoir rêvé cela l'hiver et la nuit.) Tout à coup la fenêtre s'ouvre d'elle-même et, à ma grande terreur, je vois que, sur le grand noyer en face de la fenêtre, plusieurs loups blancs sont assis. Il y en avait 6 ou 7. Les loups étaient tout blancs et ressemblaient plutôt à des renards ou à des chiens de berger, car ils avaient de grandes queues comme les renards et leurs oreilles étaient dressées comme chez les chiens quand ceux-ci sont attentifs à quelque chose. En proie à une grande terreur, évidemment d'être mangé par les loups, je criai et m'éveillai.


"mm…"

"Comme je te disais, ce qui m'intrigue c'est de voir où ne pas voir l’un des loups… il faut que ce loup soit le septième. N'est-ce pas étrange et fatal que le manquant sera le septième? Or s'il y en a sept, le septième pourrait alors être n'importe lequel…

Ce septième loup me fait penser à Bergman…Il me faudrait revoir le film, Le Septième sceau, je pense qu’il s’appelle. Mieux encore, je devrais reprendre mes éparses lectures de la Bible et en particulier des Révélations

Je te ferai une photocopie des pages qui touchent au rêve… et à son interprétation, afin d'éclairer ta lanterne en te délectant… C'est un chef d'oeuvre… Ce que je voudrai c'est une représentation fidèle du rêve même: six ou sept loups blancs sur un noyer une nuit d'hiver, vus par la fenêtre chaque d'une chambre à coucher... L'interpretation,si tu veux la lire, ne manquera pas de te fasciner..."

Chaquefois que je rencontre la métaphore de la fenêtre je pense à celle qui encadre l’autre scène, sans quoi la scène resterait indifférencié. Je me pose aussi la question de savoir pourquoi une fenêtre, normalement vitrée, devait s’ouvrir pour permettre la vue. Ceci sera éclairci par l’interprétation.

Or tout ceci, pardonnez le détour, m'amène à certaines considérations sur la lecture et par là à l'écriture. L'on parle souvent de comment lire Lacan, comme s'il faisait exception, comme s'il était plus ardu qu'un autre. C'est vrai, il est ardu, ce pourquoi il m'aurait fallu assez vite laisser tomber l'idée que j'allais comprendre. Or le manque à comprendre concerne la nature même de l'Inconscient, concerne sa rhétorique, aussi bien et surtout que celle de la vie. Un jour Puget répondit à ma demande de vouloir y comprendre, avec une sèche tendresse:

"Il n'y a rien à comprendre".

Effectivement.

Quand par là vous faites allusion à votre vie et non pas à comprendre Lacan et Freud –qui ne fait pas de cadeaux non plus- vous imaginez peut-être que ce déficit de compréhension signifie une toute autre chose.

La vie, Freud, Lacan, c'est du pareil au même.

Ce qui ne se comprend pas de la vie c'est la mort. Ce qui ne se comprend pas chez Freud c'est le concept. Ce qui ne se comprend pas chez Lacan, le concept étant le même, c'est le style.

Or voilà, Lacan, lui, comprend par son style, ce qui rend son style par définition compréhensible.

Quand je tombe sur une aporie, quand par une hyperbate de Góngora digne fasciné je suis, je sais avec la même certitude et dans le même usage que Winnicott en fait du verbe, que seulement de cette manière l'inouï peut se faire ouïr.

Alors, même quand je ne comprends rien à Lacan je suis envoûté. Son baroque, ainsi que l'on qualifie son style -par où l'on entend excès ou complication inutile-, est pourtant miroir sémangique des structures langagières propres à l'inconscient. Le tout est là, dans l'inconscient, cette forme de la pensée que certaines tendances psychologiques s'acharnent à réfuter, aujourd'hui encore, avec plus ou moins d'élégance. Ainsi, au fil de mes pérégrinations dans notre milieu j'entendrai avec tristesse des discours fondés sur la négation inconsciente de l'inconscient.

Que les psychologues de jadis oeuvrassent hors de son champ, cela se comprend. Que les psychologues d'aujourd'hui ignorent l'inconscient est, en tant que résistance, la preuve même de l'inconscient.

Arrêtons-nous un instant sur le problème de style.

On confond baroque et rococo, la perle avec la coquille. Une confuse piste étymologique amène justement à "perle" en portugais, à la perle irrégulière, biscornue. Or la perle reste perle, c'est-à-dire un objet formé autour d'un noyau étranger au corps par la superposition de couches de nacre que dans le secret l'organisme secrète afin de se protéger de l'irritation. Ce pourquoi à la lecture du mot "perlaboration" je fus automatiquement induit sur une si heureuse erreur que j'y errerai pour un bon bout de temps.

Le mystère, l'attrait proviennent de l'incongruité de cet objet inerme enfoui dans la chaire vivante. La perle.

Le souvent critiqué excès formel du baroque trahit une mécompréhension. Tel que les concentriques couches de nacre mènent inéluctablement au centre, ainsi l'"excès" autour d'une porte d'église amène le regard à la rentrée et nous invite à y franchir le seuil.

L'excès du baroque n'est que la lueur du détail organisé pour guider le regard vers le centre d'intérêt. Le Baroque est une expression de l'Italie, puis d'Espagne, ce pourquoi il est souvent inscrit sous l'enseigne du Catholicisme. Malgré les églises, malgré la sainte Teresa de Bernin qui pour Lacan représente la jouissance femme. Or j'ajoute qu'elle représente aussi l'achèvement baroque. Le Baroque s'enracine dans l'art de la Rhétorique, celle des Rhéteurs, celle de Cicero et Horace –ce dernier particulièrement cher à Fray Luis- où par forme et style il est question d'amener l'attention au cœur de la pensée qui cherche à être communiquée. Il est donc naturel que le Baroque fleurisse chez ces deux perles de l'Empire, Italie elle-même puis Espagne, privilégiée province s'il en fut une, berceau de Sénèque, d'Hadrien, de Marc Aurèle.

retour au réel

Freud et Lacan parlent et décrivent la vie de l'être humain. Lacan adhère aux concepts freudiens avec une intelligence spéciale. Il les fait sortir de l'ombre, disons-le ainsi, à la lumière de la parole. Que cette parole nous échappe parfois, sinon trop souvent, quoi de plus naturel? Ne nous dit-il pas que la parole choit devant un mur?


Je me laisse guider dans mon incompréhension par un amour de longue date. Le jour, il y a plus de quarante ans, que je lus le Totem, mon premier Freud, j'y adhérais. Il me semblait que ce qu'il disait ne pouvait être autrement. Bien sûr, faire du refoulement un effet transmissible de génération en génération n'est pas mince affaire, puisque cela fait du sujet, objet.

para-pluie


/Si je le pouvais je mettrai ici une honte note en bas de page, ce que je pourrai faire avec la plume or et ici une autre:

J'ai appris jadis qu'il ne faut pas dire mais, sinon et, par où s'explique que deux choses contradictoires peuvent exister simultanément, ce que Lacan voulait éclaircir dans sa constitution de l'Autre.

Encore une aporie. Nous sommes seuls avec l'autre. C'est le conte des trois frères.

Le sujet cherche à faire l'économie de sa responsabilité: ce n'est pas lui qui tranche. Ce n'est quand même pas la pluie qui empêchera quiconque d'aller au cinéma. Je ne dirai pas "je veux aller au cinéma, mais il pleut", comme si la vie conspirait contre moi, sinon "je veux aller au cinéma et il pleut".

Je n'ai pas de parapluie et je préfère ne pas me mouiller. J'ai le devoir d'accepter la responsabilité du choix

La vie est pourtant une longue suite de douches froides. C'est cela la castration/.

fait du sujet, objet, disais-je. Les modalités de cette relation restent à définir. On peut parler du réel, du symbolique, de l'imaginaire et de ce que tient ces constituants ensemble pour en faire un être humain cohérent; tout cela est à étudier….

En tout cas, mon premier contact avec cette définition d'un être humain, né au refoulement, arriva grâce aux séduisants mots de Freud, à une phrase, choses qui nuancèrent mon apprentissage.

Eusse-je ne pas être séduit par la rhétorique de Lacan, par ses mots, par une image, par une métaphore, par un trope, je n'aurais pas poursuivi la lecture ni par la suite en profiter pour me poser de questions sur la protestation, sur la castration, sur désir et jouissance ou sur ce qui me lie aux autres.

Enfin, grâce à la parole de Lacan, grâce à de magnifiques minuties qui désignaient la porte, je suis entré chez lui comme chez Góngora ou Musil. Sans ce persuasif effet formel j'aurais fermé le livre.

Et voyez vous, même si c'est bien vrai que Lacan se penche sur la question du mot juste, ou des excès de lalangue, il ne fait que reprendre Freud.

Ce pourquoi, à chaque fois que j'ai du mal a comprendre un mot de notre lexique je finis par me référer à Freud. Malgré mon primitif allemand j'arrive à suivre le fil et surtout à voir jusqu'à quel point le sens des mots lui tenaient à coeur. Comment disait-il, par exemple, "inquiétante étrangeté" ?, ou bien "perlaborer"? Je trouvais que pour s'autoriser le terme de Unheimlich, tel que l'Inconscient l'entend, il lui fallait bien expliquer l'expérience autant que le mot. D'ailleurs, l'expérience est dans le mot.

Le mot Unheimlich est une aporie, un oxymore inhabituel en ce qu'il consite d'un seul mot, divisé, métaphore donc du sujet lui-même.

Enfin, que je prefère dire "inquiétante familiarité".

Il faut que la lecture plaise, et surtout nous incite à nous poser la question de nous-mêmes.

Ce plaisir compense amplement le manque à comprendre. Quand je lis par exemple l'histoire du quidam qui dit avoir trois frères, A, B et lui-même, et puis lis de l'un et de le 1+1+…, je n'y comprend rien tout en sachant que je viens de deviner sinon d'apprendre quelque chose par la voie d'une fascination…

Alors, je continue à lire et apprécier et même à oser parler de ces esprits supérieurs comme si j' en savais quelque chose.

Il me vient souvent à l'esprit à ce propos, que tout se passe comme si l'inconscient n'était que chez l'autre, tandis que je serais conscience pure...

Un jour je disais à Puget que de Freud je ne connaissais que le Totem. Il me répondit en se referant au Mot d'esprit et à La psychopathologie de la vie quotidienne. J'entendis par là un fil à suivre. Je tardais à y arriver parce que je voulais lire, figurez-vous, plus ou moins dans l'ordre. Une telle rigueur, venant de moi, me surprit.

Ce fut toutefois L'interprétation du rêve, œuvre inaugurale de la psychanalyse et lieu de la rencontre d'un homme avec son ambition.

Sa beauté me laissa pantois.

Je dirais qu'apprécier l'étendue de la découverte va de soi, or que rentrer par là dans la vie du découvreur qui parle en explorateur, est tout autre chose. C'est en quelque sorte un roman à la première personne dont le brouillon, fort de ses faiblesses et du je nécessairement omniprésent, se trouve dans ses lettres à Fliess.

"Tu sais, moi et Freud…"

"Je sais…Ecoute, tout ce que je viens de dire c'est mon histoire, mon fantasme du rêve; lui il l'explique d'une façon spéciale, il démontre ce qu'il dit par a plus b. En plus, l'interprétation est menée comme un véritable polar -c'est d'ailleurs le seul véritable polar "psychologique" que je connaisse. Il est question naturellement de faire le tri des indices -et y compris ceux parfois malicieux que le Rêveur lui-même apportait-, de poursuivre des témoignages concordants, ou pas, ancrés dans le passé historique Nous, d'en faire la synthèse puis de l'étaler dans une dramatique scène finale.

Fais-moi confiance et oublie tout ce que j'aurais pu dire. Lis-la. Tu seras renversé."

Nous voyons Freud trier les indices, les recouper, les cueillir hors sujet, ce qui me surpris. Ce rêve des loups date de quand précisément? Voilà la question qui torturait Freud et que ses exégètes ne cessent d'explorer. Tout se passa comme si la névrose actuelle de l'homme aux loups consistait à défier avec le sien le déchiffreur du rêve. Si vous acceptez cette hypothèse, vous verrez une énigme lancée comme un défi par le fils au père. Je pense que Freud en était conscient, puisque au fil des années l'homme aux loups reviendra au sujet de l'interprétation du rêve comme pour dire:

"Ma guérison et votre science en dépendent".

Je pense à l'instant à un tableau du G. Moreau où un similaire renversement du désir et de son lieu est dépeint.

Ce que nous voyons là est une insoupçonnable scène d'amour entre le Sphinx et Œdipe, soutenue d'une part par le regard et par l'autre par une menace de castration. Ce regard suspendu, interpelle. Il renvoie à ce que, dans l'impressionnante image de Lacan, les yeux d'Œdipe qui gisent par terre, voient encore. Cela rappelle aussi l'inquiétant "que me veut il"?, la mante religieuse, une angoisse dans ce cas surmontée par le regard d'Œdipe, lui qui, au contraire de fantasme de Lacan, ne ferme pas les yeux ni au dangereux désir de l'autre ni à la jouissance.

On peut imaginer dans les yeux du Sphinx un élan de pitié. Il-elle se laissait regarder comme pour le prémunir contre ce que les yeux qui rencontrent les siens étaient destinés à voir.

Le regard d'Œdipe tient, ferme, indifférent presque, comme s'il avait déjà tout vu, comme si en répondant à l'énigme il avait saisi le sens de son destin et le prix de la jouissance.

Revenant au défi lance par le Rêveur à Freud, si tel était le cas, c'est de bon aloi, puisque cela renvoie à une tradition qui antidate Socrate lui-même.

Or, si défi il y a, il faudrait se poser la question de son incidence sur la cure. J'avance que Freud se laissa séduire, non pas par le Rêveur sinon par le rêve parfait, rêve qui lui entrouvrait les volets à la découverte de la scène primitive. Ce fut donc dans l'intérêt de sa science que Freud se soumis au désir du Rêveur, adoucissant la règle selon laquelle toute demande adressée à une représentation transférentielle de l'analyste, toute demande par ricochet serait refusée.

Transfert est transfert avec l'analyste et non pas avec celui qu'il représente dans l'histoire du sujet.

Je répète partout ici que ce lien du véritable transfert ne peut s'établir qu'au moment même où le transfert représentationnel (pardonnez-moi ce nécessaire néologisme) est rompu. Voilà ce que j'ai appris par deux voies, l'une la lecture de Lacan l'autre le divan.

"D'accord, je la lirai. Tu veux un tableau de quelle taille?"

"Là il me faut être sage, puisque les artistes peintres ont en commun avec le peintre en bâtiment de calculer au mètre carré…Disons au moins un format raisin…"

"Très bien…très raisinnable."

"Ha! Fais-moi signe quand tu seras avancé…"

"C'est d'accord."

Plus tard je lui demandai:

"Alors, Loïc, que penses-tu de l'interprétation?"

"Freud est fou."

Me répondit-il.

Dans les premières dix-sept pages de son exposé Freud nous explique qu'il ne traitera des raisons pour lesquelles son patient est venu le consulter. Au lieu de sa névrose actuelle, par ailleurs résolue, il traitera de sa névrose d'enfance, de sa phobie des animaux et de son éclaircissement rétroactif grâce à l'interprétation du rêve en question. Ce projet partage donc des traits avec son analyse du Président Schreber, faite d'après ses Mémoires.

Les pages liminaires, où l'histoire du patient est racontée avec de rigoureux détails, contiennent des liens qui aideraient sinon mèneraient à l'interprétation. Freud se mit tout de suite sur la piste. J'en fais ici abstraction, même si pour clarifier un point précis je serai tenté sinon obligé d'y faire au moins allusion.

La question reste ouverte de savoir du lien entre sa névrose de jadis et l'actuelle, et de la résolution de cette dernière.

Peu importe, car l'interprétation de ce rêve est un diamant qui brille en solitaire parmi ses congénères…

En outre, cette interprétation offre à Freud l'occasion de réfuter Jung sèchement et de se distancier de Adler –dont les idées n'avaient pas manqué pourtant d'intérêt Freud.

Ce rêve traverse d'un bout à l'autre l'analyse de l'homme aux loups. Il est tellement abouti que vers la fin de son écrit Freud, fort de son impitoyable précision, l'utilise comme preuve ontologique du fonctionnement inconscient. De sa découverte donc.

Il était si sûr d'avoir ouvert par là une nouvelle fenêtre aux sciences humaines, que dans une lettre à Fliess il exprima le vœu qu'un jour sa maison soit ornée d'une plaque la signalant d'avoir logé l'homme qui découvrit le secret du rêve.

Freud dirait qu'au contraire de Jung, Adler restait au moins dans le giron de le sexualité infantile.

 

Son vœu ne fut pas exaucé. Il y a bien une plaque à Berggasse 19 où Freud est crédité d'être le père fondateur de la psychanalyse... mais non pas d'avoir tiré au clair le secret du rêve.

Cette torve trahison s'expliquerait par le fait que la psychanalyse est science, tandis que le secret du rêve, voyons…

Rêve…voie royale… on dit trop souvent cela dans le même esprit que de Gaulle avait lancé en Algerie son fameux "je vous ai compris", c'est-à-dire pour mieux les berner.

J'ai eu de la chance. Très tôt Puget me montra que le rêve parlait vrai.

Tenez, puisque je me suis lancé dans cet aparté, laissez-moi vous raconter ce que, il y a plus de vingt ans, me retint (quoique j'étais prédisposé) à cette discipline.

La preuve inattaquable de la vérité psychanalytique, celle qui me cloua au divan, celle de Freud par Puget illustrée, mit pourtant en concours la psychologie et la psychanalyse. Un jour que je lui disais l'avoir comprit il me répondit sèchement que c'était cela que de Gaulle "avait dit aux algériens pour mieux les entuber".

Il me vint à l'esprit qu'il me mettait à l'épreuve, puisque tout ce que de lui j'avais perçu le montrait acerbe à des telles expressions. Ce fut pourtant le moment où j'ai compris le mécanisme dont le nom que j'apprendrais par la suite, est celui de la dénégation, qui porte plus d'un masque.

Je me posais aussi la question de savoir s'il ne cherchait pas à savoir comment je réagirais au mot "entuber".

Je craignais un Rorschach à l'inverse, en somme.

pêle-mêle

Celle-là rimait avec une autre expérience, pour ne pas dire épreuve qui, elle, datait du premier jour. Il me fallait alors remplir une fiche. Mon stylo plume était naturellement vide. Puget m'invita d'un geste à me servir de l'un de ceux agglutinés pêle-mêle dans deux bocaux. Il y en avait de toutes tailles, minces, moyens, gros et même extra size, de couleurs curieusement homogènes.

Il me fallait en choisir un.

A mes yeux un dessein se dessinait. Or puisque je suis sur mes gardes question paranoïa, mieux valait me taire.

Après coup je réfléchissais à mon manque d'esprit. J'aurais dû lui demander lequel je pouvais, non, devais choisir.

Or le test fait le rat.

La question que je ne posais pas est toutefois sans issue ni réponse. Dans la confrontation l'analyste se retranche dans le supposé savoir qu'il par ailleurs réfute, puisqu'il dit de vous ne rien savoir sinon ce que de vous,vous lui dites. Mon

Cela frôle parfois la coquetterie, car il en sait quelque chose, ce pourquoi l'inouï peut s'éveiller par un signe qui venant du lieu du non savoir se fait reconnaître.

faire face

Cela va de soi que si le sujet est là c'est qu'il est venu le consulter assumant que l'analyste sait sur sa souffrance sinon sur lui quelque chose que lui-même ne sait pas. Voilà le portail du transfert.

Juin 2007

admissible addenda

béni boomerang

 

Cet incident me taquinait. Parallèlement, et sans trop savoir pourquoi, la séance passée il me fallait impérativement vous parler de mon nom, ou plutôt de l’embrouillamini l’entourant et de l’importance que cela avait prit pour moi.Jusqu'à Au lieu de cela, je vous ai parlé du jour quand j’étais venu vous voir pour la première fois. L’incident des stylos que je venais de vous servir à ma sauce, me hantait. Je sentais que ma description boitait, malgré mes efforts pour la rendre loyale aux événements.

 

Ainsi vous ai-je dit en guise d’introduction que je craignais être dans l’imaginaire –le mot que j’avais utilisé dans la description précédente était paranoïa, et que j’avais besoin de tirer cela au clair. Aussitôt que l’incident de remplir la fiche est mentionnée/

 

-Les fiches c’est moi qui les remplis.

-Oui…Or j’ai un souvenir d’avoir rempli quelque chose… Il me fallait un stylo, et il me fallait en choisir un/

-Vous deviez remplir votre chèque, et vous n’aviez pas de stylo. Vous vouliez prendre l’un des miens sur le bureau, je vous ai dit d’en choisir un dans le bocal, et j’ai rajouté qu’un homme ne prête jamais ni sa femme ni son stylo.

 

Effectivement.

Au fil des années j’avais eu l’occasion d’entendre Puget me rappeler à mon histoire à la faveur de mes mots.Sa Drôle d’effet que de constater qu’il partageait avec moi le souvenir…Or jamais auparavant un souvenir dont nous avions tous deux été acteurs, lequel, de surcroît j’avais en séance perverti, m’avait été ainsi renvoyé. Ce boomerang qui à ma main retourna plus de trois lustres après avoir été lancé, faisait point de capiton. Le pire c’est qu’au moment de le lancer comme un cri j’ignorais sa visée :

 

L’Autre. Lui qui en entendantl’enfant pleurer mesure l’amour à l’aune du manque.

 

Ce boomerang n’est pas le tien sinon après-coup. D’abord on entend étend le bras, par réflexe, puis on reconnaît l’objet saisi. Ce qui est prenant c’est qu’en revenant à la tienne tu devines la main de l’autre qui l’a lancé. Le boomerang est le tien, évidemment, c’est le propre du boomerang. Or, et voilà le mystère, il semble nous revenir de l’autre.C’est si bête que ça. L’autre qui dévoile ton souvenir en te lui rendant.

 

Borges a un merveilleux poème qui dit que si dans la chambre il y a un miroir, tu n’est plus seul, il y a l’autre qui à l’aube monte un silencieux théâtre. Il dit sigillaire, furtif, et non pas silencieux. Sauf que le sigilio, est cela marqué du sceau du secret et, en espagnol, le confessionnal.

 

Tenez, une image. Une analyse rassemble un très long bouquin, avec des moments plats ; d’où se dégage parfois le mot qui invalide l’ennui. C’est en quelque sorte une épiphanie, l’apparition de l’Autre sorti de là où vous ne l’attendiez pas.

 

D’un coup cela me fit sentir partagé, c’est-à-dire uni.

 

Quelqu’un hors moi s’appropriait d’un vécu que jadis, en le lançant, avait le traître trait d’une plainte ou d’une insensée demande. Il me revient aussi dépouillé qu’un signifiant, forme épurée autant que multiple du désir.

 

De quel désir est-il question ?

Le même de toujours, voyons.

 

Je compare cette expérience à celle de L. Fainsilber décrit avec Lacan, où il était question aussi de la castration, de l’avoir ou pas, d’y ajouter quelque chose ou pas, d’avoir le stylo ou pas, de vouloir l’emprunter ou pas.

 

Sauf que l’effet boomerang est là presque instantané, puisque du balbutiement c’est que… c’est que… de Fainsilber au Voulez vous rajouter quelque chose ? de Lacan, il n’y a guère de temps.

 

Ceci met en évidence comme le temps d’une analyse est incertain.

 

Eusse je senti au moment même à vouloir emprunter le stylo ce que cela signifiait, ce que Puget m’avait signalé et ce que je ne voulais pas entendre, j'aurais peut-être pu raccourcir le parcours. Le problème est que, selon moi, tout raccourci est rallonge. Je me suis par ailleurs amusé à écrire quelques pages autour de cette proposition hautement importante, or comme je voulais aller vite dans ma démonstration je me suis père perdu dans la langueur de ses pages…

Ce qui est clair, disais-je plus haut, c’est que le rat fait le test.

Sa capacité de souvenir était rarement mise en scène, ce qui souligne son importance. Elle n’est pas sans rapport à l’inouï, pas sans rapport à ce que, tout en se fondant sur un fait historique, est crée par la relation psychanalytique, transférentielle, fusionnelle aussi, tout ce que vous voudriez, déchiré parfois, inter-rompue surtout, est ainsi repris sur de nouvelles bases. La première fois que j’ai entendu mon analyste me rappeler à moi-même, m’obligeant par là à questionner l’importance du souvenir dont la première é-vocation avait attendu quinze années à m’être révélée, à mon être révélée, je me sentis aimé. Posez-vous un moment au delà du pathos où mon incapacité à dire m’a conduit. C’est que le réel ne peut pas se dire.

Jusqu’à l’âge de qu’atroce quatorze ans, quand j’ai vu mon premier passeport, je m’appelais Elton. Or dans ce mystérieux document mon prénom avait été changé à Martin. J’interrogeais mon père qui me répondit qu’en vertu d’une nouvelle loi, les noms laïques avaient été interdits, même rétroactivement. Ainsi le mien fut changé en vertu de je ne sais pas quelle logique, pour celui de Martin. Des années plus tard, aux USA, je me réappropriais mon nom le faisant légalement inscrire dans mes pièces d’identité et, plus tard, le passeport. Plus de trente années après j’ai eu besoin de mon extrait de naissance, que j’ai donc sollicité au registre civil de Barcelone. Une note soigneusement manuscrite à la marge du document expliquait le pourquoi du changement. Ô surprise, en regardant le prénom originalement inscrit au registre je constatais qu’il n’avait jamais été Elton, sinon Platón ! Il était trop tard pour mon père, qui souffrait alors de démence sénile, de répondre à ma question.

Ma mère ne savait pas non plus, or elle se hâta de changer de sujet. 

merveilleux moment

Paradoxalement, le sujet supposé non savoir, veut savoir cette quelque chose en premier. Cette quasiment miraculeuse primauté est impossible autrement que par la parole, tiers (et il en a des autres tiers!) dans le rapport psychanalytique, nous dit Lacan. Celle-ci est une parole particulière qui, échappée du fond d'elle-même, se fait ouïr au merveilleux moment de rupture transférentielle.

Rupture pourtant marquée, elle aussi, du sceau du transfert.

L'inouï dont Puget me parle, dont Bruère-Dawson lui parle, ça s'ouit à deux. Mon expérience d'analysant le confirme:

Quelques séances après l'incident des stylos je commençais à lui parler (j'avais alors le sentiment de le harceler) de l'analyse que je voudrais. Or j'étais venu le voir sous l'égide de la sécurité sociale, je payais par chèque et lui se faisait rembourser.

Le parcours typique de l'assisté en somme. Ce qui barre toute possibilité d'analyse et renvoie l'analyste aux seuls moyens qui lui restent ouverts afin de vous porter secours. Or j'insistais question analyse.

Un jour Puget me demanda pourquoi j'y en voulais une.

"Parce que je ne sais pas aimer." Lui répondis-je.

M'ouïr dire cela me sidéra.

Récemment, quand je lui reparlai de ce moment, sa réaction valida ce que j'imaginais depuis belle lurette, à savoir que, comme je vous disais plus haut, l'inouï est ouit à deux. Forcement. Pourtant ce moment de sublime transfert arrive justement au moment de sa rupture quand le lien imaginaire, quand les plus ou moins trompeuses représentations sur lesquelles il se fonde et se confonde, se délient. Un lien symbolique peut voir le jour alors, peut-être fugitivement, or pour toujours laisse sa trace dans l'esprit partagé.

Ainsi que Lacan l'explicite dans les Quatre concepts…

Ce transfert ne peut pas être exploité ni par les exigences du sujet ni par les réticences de l'analyste. De surcroît nul besoin

Or pour revenir aux tests, tout en n'appréciant pas l'épisode, je comprenais sa raison et validité, puisqu'il m'imposait pour une première fois la conscience du choix inconscient, c'est-à-dire la question du désir, donc de la castration. Ce que seulement maintenant je peux nommer. Choix que moi, amateur des stylos anciens, croyais avoir réglé une fois pour toutes.

Or les tests, même ceux que ma paranoïa parade, ça me connaît depuis mon enfance. Ils m'ont toujours semblé humiliants. Alors je réagissais comme d'habitude, en sujet, et afin de maintenir illusoirement ce qui me restait de dignité, je m'efforçais de faire comme si le test n’existait pas.

Rentrant pour ainsi dire dans le tas, je choisissais "au hasard".

Le hasard ne peut pas y exister dans de telles circonstances. Être conscient du test ou même

l'imaginer, mu par je ne sais quelle intuition paranoïaque, implique une réaction observable, et sans doute observée.

Pile je gagne face vous perdez.

Revenons à nos oignons. C'est-à-dire à l'Inconscient. Quoique la lecture de la Traumdeutung m'ait déjà persuadé, la preuve pour moi contondante de la vérité onirique, cella qui donna lieu à mon adhésion sans faille, arriva auparavant.

Ce jour-là j'apportais un rêve, court et très vivide:

Je regardais un match de foot. Assis devant moi un monsieur avec un chapeau d'apparat m'empêchait de voir le terrain de jeu. Las de me pencher à droite ou à gauche, gestes que l'homme au chapeau paraissait anticiper puis contrer, je lui tapote sur le dos et m'inclinant vers lui le prie d'enlever son chapeau. L'homme se retourne souriant et me répond que non. Je le reconnais, c'est un voisin homéopathe dont le discours "scientifique" qu'il sans cesse rabâche, m'ennuie. Il se retourne, satisfait de lui-même. Je réagis et d'un coup de main envoyai son couvre chef haut-de-forme faire de courbettes dans l'air.

"Comme les hirondelles que Gómez de la Serna qualifies de virgules dans le ciel", pensais-je.

"Comme s'appelle-t-il?" Me demande Puget.

"José."

"J'ai osé."

Effectivement.

J'apprendrais par la suite, en suivant les pas de Puget, qui était José, ou plutôt qui il représentait. Je comprenais alors qu'il faut préciser que le désir dans le rêve réalisé, est désir d'enfance.

Le rêve est ainsi une forme de régression. Qualité qui fournit une soupape d'échappement à la culpabilité. Il est effectivement plus aisé de reconnaître la haine du représentant que du père par lui mis en scène.

Eût Hamlet fait une analyse qu'il aurait voulu moins rêver. Rêver est un éternel retour. Rêver parait inutile -sauf pour mieux dormir, ainsi que Hamlet par ailleurs souhaite- pour celui qui a déjà accompli son désir meurtrier, même par délégation.

Revenons donc à l'escamotage de la parole freudienne dont je vous entretenais. De la voie royale contournée. C'est ainsi et aussi, comme pour sauver Freud de lui-même, que l'on ne parle guère de sa "psychologie des profondeurs" tel qu'il nommait la sienne pour la distinguer de celle, superficielle, alors et toujours pratiquée. Sa science, il le savait, est enracinée entre les pages du rêve, dont le déchiffrage mena inéluctablement à l'Inconscient Freud.

Ce qui a pour conséquence de dresser nos défenses.

Freud était conscient de cette difficulté. Ainsi dans une conférence (XXIX, 1933) il signale et regrette que la section permanente de l'Internationaler Zeitschrift für ärtzliche Psychoanalyse dédiée aux rêves, ait d'abord maigri, puis disparu. Il râle là, et en des termes peu amènes, contre ceux qui tout en prétendant avoir lu son ouvrage princeps s'en démentent à chacune de leurs phrases. Je vis cette expérience souvent, qui n'ayant pas lu tout Lacan (ni tout Freud) entend toutefois des infirmes affirmations à leur propos.

Quelle ironie, cet effet de résistance, sachant que son mot d'ordre, son vœu le plus fervent était justement de devenir là où le ça était

Sachons aussi que la contestation, moins sournoise alors que de nos jours, et parfois même osée, suivait de près l'admiration. C'est le propre des émules.

Ceux qui propageaient sa doctrine, avec une bonne foi entachée de résistance, le firent sans en passer véritablement par l'analyse.C'est La faute en revient à la générosité d'esprit du père fondateur, qui donnait la chose pour acquise. Il faisait pourtant omission de ce qu'il lui aurait fallu faire pour y arriver, avec l'acharnement que l'on sait, dans un état second, ainsi que ses lettres à Fliess nous l'enseignent; dans une exaltation qui visait toutefois juste et qu'il par la suite inscrira à l'enseigne des "liens inconscients"La.

ivresse du livre

C'est pareil de nous jours, diriez-vous. Vous voyez que je suis prône aux prolepses, ce qui n'enlève rien à la justesse de ce que j'avance, tout en lui rendant son dû à la Découverte.


La Biographie par E. Jones décrit très bien l'ambiance pendant élaboration du Totem et Tabou. On voit d'une part la réticence des amis envers ce projet et de l'autre l'enthousiasme têtu de Freud, qui faisant confiance aux "liens inconscients", persista dans son projet avec le résultat que l'on sait. C'est-à-dire un ouvrage amputé selon moi des chapitres concernant l'homme Moïse, chapitres du même creuset, chapitres qui manquent tellement qu'il se sent obligé de les publier avant de mourir, pour y fermer le boucle; chapitres dédits parfois même par ceux, et pas des moindres, qui s'appellent encore freudiens.

Ceux qui rencontrent l'inconscient par le livre sont ivres d'un faux savoir. En tant qu'idée, l'Inconscient comble les lagunes épistémologiques; la traversée de toute science humaine est par l'Inconscient éclaircie d'une lueur trompeuse émanant du lieu même de la résistance. Dans son écrit de 1925 sur les résistances à la psychanalyse, Freud s'adresse au coeur du problème, le fait, nous dit-il que le psyché des philosophes n'est pas le psyché de la psychanalyse.

Pour pouvoir s'apercevoir de quelque chose, il faut faire comme dit Freud et non pas comme il fit.

Ceci mène à la question de savoir en quoi consiste une analyse.

Ceci je ne peux communiquer que par périphrase: une analyse s'inscrit dans la personnalité comme un commandement, comme le principe d'abord déstructurant puis organisateur qui nous guide -ainsi que Lacan le suggère partout et à l'occasion claironne-, vers le foyer du réel.

La métaphore du nœud borroméen explicite l'aboutissement du trajet. Par ailleurs, à la lecture du Séminaire sur le symptôme, qui commence si je m'en souviens bien, par une élaboration de cette métaphore, Lacan dit que dans un nœud borroméen à quatre boucles le quatrième serait le symptôme, ou la personnalité. Et puisque Lacan dit aussi qu'il n'a pas à priori de raison à ce que le nombre des boucles ne soit infinie, j'en rajoute une: l'analyse.

Une analyse n'admet pas d'adjectifs. Parler d'une analyse courte, ou didactique, ou longue, ou finie ou pas, ne fait pas prescription sinon description de ce qui a été, de ce qui se passa dans un cas précis, le votre, le mien.

Hier (31-3-07) j'ai assisté à une réunion de notre collège clinique où il était question du fantasme et de la perversion. Ce qui logiquement mena au fantasme pervers, au fantasme, m'en souviens-je, avec lequel le névrosé de bon aloi emmerde l'analyste, selon Lacan.

ambiguïté absolue

Le fantasme pervers, par nature solitaire, se substitue à la perversion, laquelle est un pas de deux. Fantasme autant que rêve en sont des lieux imaginaires où le désir se réalise. Le fantasme parait avoir un trait itératif, au contraire du rêve, habituellement marqué par la trompeuse originalité de chaque scénario. Or le fantasme, au détail répété in-finit pour s'émousser. Ce brillant au nez, il faut qu'il se métamorphose… Or derrière, toujours, sa chrysalide. Ce qui amène la question de la source du fantasme.

En tout cas, imaginer des nouveaux scenarii pour imager des obsessions fixes c'est tout un art.

Il est un décalage sinon conflit entre les perversions complémentaires qui sont le sadisme et le masochisme. En traitant du problème économique du masochisme (1924) Freud nous dit par parenthèse -ce que souligne l'importance du propos- que de toute façon les tourments masochistes ne sont jamais aussi impressionnants que les cruautés fantasmées ou mises en scène par le sadique.

D'où la recherche d'innovation, de l'imagination frénétiquement engagée à produire des transmutations qui, en fin des comptes, ne sont que redondance et surdétermination. Quand l'innovation prend une forme littéraire, ça donne les jours de sadome Sodome. Le fantasme n'est jamais satisfait de lui-même. Comme pour mieux démontrer le fait que l'on ne boit jamais deux fois de la même rivière, il n'est jamais accompli.

Un vers de Whitman qui me harcèle depuis cinquante années dit cela très bien:

Hors le vagin et dans le monde, dans un éternel bercement.

Le retour à la source, sa jouissance ou anéantissement sont impossibles, malgré le bercement. Alors, maître, est-ce que le bercé, ment?

Confronté à ce genre de question, disons-le en passant, Lacan répondait par l'affirmative.

L'ambiguïté absolue de cette observation de Whitman me persuada. La vie marche dans un seul sens, sans retour possible à la source dont sa nostalgie s'appelle objet a.

festin fécal

Le pervers séduit l'autre dans la perversion. Voilà ce que l'on tire de leur racine commune, pervertir. Ce qu'implique l'autre en tant que partenaire. C'est-à-dire, à faire ce que le mathème du fantasme pervers explicite, que le sujet consente à être objet et même fasse sien le désir de l'autre.

Le Séminaire du transfert éclaircit ceci tangentiellement quand il est question des liens entre l'aimant et l'aimé. Cette réciprocité –par ailleurs elle-même engagée en une lutte interne sans merci-, est justement ce que le fantasme sadique rejette. Et pour cause, puisque le fantasme est le seul lieu ou la dominance totale de l'autre serait possible.

Ce pourquoi il aurait fallu à Sade d'écrire le fantasme du fantasme. Ce festin fécal que Sade décrit à satiété s'érige là où la réalité fait trou dans le réel.

Pourtant, entraîner l'autre dans son fantasme ou bien se prêter au sien est le propre de la perversion.

Enfin, et pour arriver au bout de l'ellipse, nous devons faire notre analyse.

Voilà le problème.

Maintes pensent que si Freud y arriva tout seul –ce que l'on chuchote de Lacan aussi- pourquoi pas eux, pardi?

Un jour je disais à Puget que je ne comprenais pas comment Freud s'était laissé embobiner par un hystérique -j'avais alors dis "fou"- tel Fliess; il me fit remarquer que Fliess avait été lieu du transfert. L'analyste de Freud, en quelque sorte. Mis à part qu'à l'époque aucun "scientifique" n'aurait accompagné Freud sur un chemin encore à tracer, il fallait quelqu'un tel Fliess pour occuper cette place. Le père de Fliess, suicide, se prénommait Jacob.

Le destin d'un phonème: Fliess. Fluss. Fleisch. Freud.

C'est donc par sa relation avec Fliess que Freud vécut en premier l'expérience sine qua non qu'il allait par la suite nommer transfert.

S'il est une chose que j'aimerais donc pouvoir faire c'est lire les lettres de Fliess à Freud, afin de savoir comment Fliess écrivait cette expérience qui restait encore à nommer.

Enfin, que dans l'ivresse de la découverte, et Freud ayant sorti, pour ainsi dire, du néant de la science, tout le monde se sentait à même de faire comme lui. Si vous réfléchissez vous verrez dans ce phénomène quelque chose que Lacan dit partout, c'est l'envers du nom du père, à savoir qu'il faut prendre sa place. Eh bien non. Il faut faire l'analyse.

Or c'est dogme que résistance veut dire résistance à l'analyse, donc à l'analyste.

L'inconscient préfère n'être connu que par réputation -ce qui rime avec répudiation. N'importe qui peut se considérer apte à parler au nom du père sans au préalable honorer son nom. Celui de Freud fait particulièrement peur, ce pourquoi nous préférons ne rien savoir de ce qui reste à faire tout en lui rendant un creux hommage.

(Ce si lacanien ne rien vouloir savoir démontre une adhésion sans faille à Freud, qui dans un écrit de 1924 sur la perte de réalité dans les névroses et les psychoses, nous dit que le trait distinctif du névrosé n'est pas ce de nier la réalité, se limitant à ne rien vouloir savoir d'elle. )

Le plus curieux et le plus inévitable, pardonnez l'oxymore, est que ce soit l'inconscient même qui organise cette ivresse dans le sens de l'évitement. Pourtant impossible en analyse de ne pas tenir la mortifère apparition de l'inconscient comme la vérité la plus intime de toutes, la plus scientifique, celle-là où le qualificatif "des profondeurs" se révèle inévitable.

Lacan eut raison de parler de son excommunication. Or une lecture des événements qui mènent à ce refus historique, laisse entendre que l'excommunication du plus loyal des disciples, de celui qui mérite plus que quiconque le titre d'orthodoxe, voilait l'excommunication de Freud lui-même.

retour au rêve

Le patient associe son rêve tout de go au conte du Petit Chaperon rouge, dont pensait-il, une illustration menaçante du loup toutes griffes dehors, que sa sœur aînée utilisait pour l'effarer. (ibib.p.343) L'analyse montrera que cette image provient d'un autre conte. Freud ne manquerait pas par la suite de nous faire remarquer la charge libidinale de cet incident, ni tout ce qu'il suggère ou non à propos de la castration et du fondamental conflit avec le désir, tout en l'écartant comme une fausse piste. Rien qu'en lisant le rêve, on commence à s'apercevoir que le septième loup est ce que le patient arrive à presque refouler, est ce à quoi ses yeux sont encore fermésCela.

Cela va de soi que l'inconscient harcèle justement d'être ce qu'on arrive à refouler… presque. Ce qui donc doit être renvoyé là d'où il s'était échappé. Pardonnez ma truculence ainsi que ma naivéte. Le refoulé c'est du réel. Freud utilisait les mots ontogenèse et phylogenèse discrètement, mais sans jamais les désavouer. En tout cas, que si le refoulé n'était point nous ne le verrions point, nous n'oublierions point un nom ni ne nous tromperions point d'adresse. Cela mène inévitablement à la métaphore du nœud borroméen, par où Lacan rend hommage aux liens qui entretiennent symbolique réel et imaginaire d'ou, vous l'auriez remarqué, le mot inconscient est absent. C'est naturellement parce que ce mot est là, non-dit.

Pourquoi des loups sur l'arbre? Cela lui rappelle une histoire de son grand père:


Mon parcours m'a permit d'observer une attitude fondée sur le "je sais que je n'en sais rien" socratique. Socrate, modèle s'il en est un, qui tout en disant savoir ne pas savoir, savait rappeler son interlocuteur à l'ordre: "vous dites ce que vous dites non pas pour les raisons que vous disiez le dire sinon pour…" Adhérer à Socrate en tant que modèle est donc adhérer au supposé savoir. Ce pourquoi à un moment ou au un autre il faut faire face à cette difficulté que les psychologues évitent par le biais de tests, à savoir que le sujet peut nous mentir.

La question, et pas des moindres, du mensonge du sujet, sera par Lacan abordée dans la constitution de son Autre. Lacan fonde sa démonstration sur l'absolument lumineuse métaphore quantique, selon laquelle le sujet nous dit que ce que nous entendons. Ce qui n'est pas ce que nous attendions. Le sujet n'est pas là où nous le prévoyions non plus.

Du simple fait d'écouter, l'oreille fausse l'écoute.

D'où l'utilité de l'oreille flottante, oreille qui ne sollicite rien or qui est parfois sollicitée par un signifiant. En d'autres termes, en voilà le clou de la démonstration: le sujet peut nous mentir.

Cette apparemment anodine observation n'est pas, à mes yeux, suffisamment comprise. Car il ne s'agit pas du mensonge plus pu moins inconscient, ni du mensonge conscient.

Le mensonge du sujet quantique est son être. Et son être n'est pas, définitivement, dans le test fait pour l'y localiser.


 

torve trahison

[…] un tailleurUn est assis chez lui en train de travailler, la fenêtre s'ouvre et un loup saute dans la chambre. Le tailleur le frappe de son aune Le (il se corrige) le saisit par la queue et la lui arrache, de sorte que le loup épouvanté s'enfuit. Quelque temps après, le tailleur va dans la forêt et voit soudain venir à lui une troupe de loups, qu'il évite en grimpant sur un arbre. Les loups sont d'abord déconcertés, mais le mutilé, qui est parmi eux et veut se venger du tailleur, propose que tous les loups grimpent l'un sur l'autre jusqu'à ce que le dernier ait atteint le tailleur. Lui-même –c'est un vieux loup très fort - sera la base de cette pyramide. Les loups font ainsi mais le tailleur a reconnu le visiteur qu'il avait châtié et s'écrie soudain comme alors: "Attrapez la bête grise par la queue!" Le loup sans queue, terrifié à ce souvenir, prend la fuite et tous les autres dégringolent. (Ibid.p.344)

un tailleur ca taille, ça coupe. Schneider, en allemand, celui lui qui coupe à la taille précise…

Le mot aune me donna du fil à retordre, et le dictionnaire m'aida peu. Je pensais immédiatement au mètre en bois (généralement d'aulne, faisant de cet outil une parfaite métonymie) des tailleurs. Ce qui enrichit l'image, puisque ce bâton fait autant phallus que la queue des loups. Or au lieu de le frapper avec le sien le tailleur arrache celui de son agresseur.

Tout en remarquant que arbre et loups y sont, et qu'il contient "une indubitable allusion au complexe de castration", Freud remarque que ledit complexe est annulé par les amples queues des renards du rêve.

Freud tranche: le rêve n'est pas lié au conte du Petit Chaperon rouge qui ne comporte que deux scènes où apparaît le loup, sans rapport avec le complexe. Et puis, comment expliquer le "six ou sept loups"?: "Derrière le souvenir de l'image, un autre conte devait donc être dissimulé." Ce que bientôt le patient confirme: "[…] ce ne pouvait être que l'histoire du Loup et des sept chevreaux."

Or le loup ne dévora que six chevreaux, le septième s'étant caché dans l'horloge. Son heure n'avait pas sonné.

Le déchiffrage se poursuit pas à pas. Cela consiste surtout à trouver la date du rêve et à séparer des éléments imbriqués dans plusieurs contes. Cette démêlée est un éclatant exemple des astuces des rêves, à savoir substitution et condensation. La blancheur des loups du rêve s'explique par le fait que le loup s'était fait blanchir la patte chez le boulanger pour ne pas être reconnu par sa patte grise. Plus tard Freud trouvera que cette blancheur se rattacha aux sous-vêtements des parents.

Les deux contes ont, en outre, bien des points communs. Dans les deux on retrouve le fait d'être mangé, le ventre qu'on ouvre, l'acte de faire ressortir les personnes mangées, leur remplacement par des lourdes pierres Nous et enfin, dans les deux, le méchant loup périt. En outre dans le conte des chevreaux apparaît aussi l'arbre. Le loup se couche après son repas sous un arbre et ronfle. (Ibid.p.345)

Nous trouvons ici répétée une ancienne astuce. Ainsi Rhéa sauve leur sixième enfant, Zeus, destiné selon prophétie à détrôner son père, de l'appétit meurtrier de celui-ci, en le substituant par une pierre enveloppée de langes que Cronos toutefois avala.

Je devance la fin en vous faisant remarquer que le loup ronfle, c'est à dire qu'il dort, et, peut-être, rêve… Que ce soit le loup qui rêve et qui regarde, nous le verrons, coïncide avec l'interprétation.

Freud fait alors un clin d'œil à la phobie des animaux, c'est-à-dire au cas phare du petit Hans. Il remarque toutefois que […] l'animal d'angoisse n'était pas un objet aisément accessible à la perception (tel un cheval ou un chien) mais n'était connu que par le récit et l'image. Sachant que selon cette interprétation la phobie des animaux voile la peur du père, c'est-à-dire la peur de castration, un lien y est établit. Le loup est substitut du père. Or Freud se demande si les deux contes n'ont pas "pour contenu occulte autre chose que la peur infantile du père".

Freud nous renvoie alors au mythe de Cronos auquel je viens de faire allusion, mis en évidence par O. Rank en rapport aux théories sexuelles des enfants. Si ce n'est déjà chose faite, je vous encourage à vous pencher sur les mythes fondateurs de Ouranos, Cronos et Zeus, dont les rapports pére-fils ainsi que l'incidence de la mère au cours de trois générations ne sauraient pas être plus explicites question complexe de castration. Le vice de Cronos, nous fait remarquer Freud, est évoqué aussi par le fait que le père de l'homme aux loups le menaçait en rigolant: "Je vais te manger!" Le chemin de l'interprétation peu à peu déblayé prit quand même des années à aboutir. Son patient, autant intéressé par la signification du rêve que Freud, répétait que deux choses le frappaient toujours, en premier lieu la tranquillité des loups et puis l'attention qu'ils lui portaient. Aussi "le sentiment durable de réalité que le rêve avait laissé."

Freud sait par expérience clinique que "ce sentiment de réalité comporte une signification déterminée, qu'elle renvoi forcement à […] un événement dont la réalité soulignée se trouvait […] en opposition complète avec l'irréalité des contes de fées." (p.346)

 

Armée de cette conviction il ne reste qu'à localiser ce désormais nécessaire événement.

 

Si l'on assume qu'un tel événement ait subi le refoulement, il apparaîtra qu'il devrait être reconstitué en partant du matériel latent du rêve. Le rêveur lui-même contribua en soulignant que le rêve lui rappelle "quelque chose qui devait s'être passée à une époque encore plus reculée" que l'époque, toutefois imprécise, du rêve même.

 

Freud passe alors en revue tout ce que ses efforts d'interprétation lui ont appris. Or à la fin il s'avérera que le Rêveur lui apportait quelque chose d'inouï, quelque chose qu'il lui fallait entendre et que Freud sentait au pif. Mais quoi? Où l'inouï? Méthodique, il ressemble et aligne les fragments d'interprétations dont il dispose déjà:

 

Un événement réel - datant d'une époque très lointaine – regarder – immobilité - problèmes sexuels – castration - le père - quelque chose de terrible.

 

Il semble buter avec cette insistante relation établie par le rêveur même, entre le Petit Chaperon rouge et le conte du loup et des chevreaux, se demandant s'ils ont "pour contenu occulte autre chose que la peur infantile du père." Il s'acharne donc à tirer au clair ce que le contenu manifeste du rêve peut dire du contenu latent. A cette fin il est aidé par une certitude partagée par le rêveur, la "conviction que les causes de sa névrose infantile se dissimulaient derrière celui-ci".

Freud est persuadé que l'expérience réelle "capable d'engendrer le rêve ne pouvait être autre chose que sa connexion avec le thème de la castration." (p.347)

Effectivement, suite à une précision du patient que un élément, le fait que "tout à coup, la fenêtre s'ouvre d'elle-même" n'est pas élucidé par rapport à la fenêtre par où rentre le loup dans le conte du tailleur, il en conclue que "Ce passage doit signifier: mes yeux s'ouvrent tout à coup. Ainsi je dors et je m'éveille soudain […], je vois quelque chose! L'arbre avec les loups." (p.347) C'est

L'on dit bien que les yeux sont la fenêtre de l'âme…

 

Voilà quand même une affirmation trompeuse qui toutefois renferme la vérité, effet de la résistance qui anticipe et voile l'interprétation. Il est question ici de deux niveaux du refoulé, deux niveaux du désir, deux niveaux de culpabilité lesquels le rêveur mélange afin de nous montrer la piste par son brouillage. Il voit les loups, mais pas tous…Le rêve, dit-il, signifie que je me suis réveillé et j'ai vu "quelque chose"…l'incongru "l'arbre avec les loups", illogique en soi, puisque cela suppose rêver le rêve une fois réveillé. Autrement dit, inscrire le rêve dans la réalité.

 

Suite à une série de renversements dont les rêves sont friands tel que cela avait été par Freud établi, il devient clair que les yeux des loups sont en réalité ceux du rêveur et que les loups qui dans le récit du grand-père se trouvaient en bas et incapables, justement,d'y monter, se trouvent maintenant sur l'arbre.

Le loup qui voit, et plus précisément le septième, celui qui peut ne pas se voir ni voir, c'est le Rêveur.

 

Enfin, et pour en revenir au rêve, que Freud avait découvert d'une part sa signification et de l'autre la scène primitive. Il est tellement sous le coup de sa double découverte qu'il s'excuse auprès du lecteur:

Je suis ici parvenu au point où je dois abandonner l'appui que m'a jusqu'ici offert le cours de l'analyse. Je crains que ce ne soit aussi le point où le lecteur me retire sa foi.

 

Ce que cette nuit-là fut réactivé et émergea du chaos […] fut l'image d'un coït entre ses parents, d'un coït accompli dans des circonstances pas tout à fait habituelles et particulièrement favorables à l'observation. (p.349)

 

Cela signifie que la scène primitive fait partie de l'expérience historique de chacun, et même si cela ne peut être démontré que par l'évidence circonstancielle, il apparaît que cela doit ainsi être. Or curieusement Freud ne se fonde ici sur la clinique sinon sur une lecture de la sexualité qui en dit long sur son ouverture d'esprit. De cette scène, dit il,

 

Je dirai plutôt que c'est au contraire un fait banal, fréquent, et même la position dans laquelle nous avons inféré qu'avait dû être accompli le coït ne peut en rien modifier ce jugement. (p.350)

détour direct

 

En deçà de sa réactivation après coup, la question se pose alors de savoir si le trauma a ou pas un poids spécifique et un correspondant effort psychique pour le supporter,ou bien si le trauma lié à la sexualité pèse plus lourd sur certains esprits que sur d'autres. Quand tout est dit, l'interprétation des effets d'un événement ne peut se juger qu'à l'aune de la personnalité du sujet. Il me vient à l'esprit le quasi voulu cafouillage de Lacan à propos de la causalité (je ne me souviens plus où). J'inférais alors que l'os a ronger des philosophes et théologiens contenait encore sa moelle, que tout n'est pas dit de l'importance du trauma (cause) sinon dans des termes strictement relatifs au sujet. Ce pourquoi nos espérances débordent nos moyens et pourquoi nous ne sommes jamais assez riches, ni d'argent ni d'esprit. Voyez Midas. Voyez Freud (je pense que c'est E. Jones qui nous y en informe), qui malgré son génie se sentait mésestimé.

 

Ceci m'amène par détour direct à la question de la modernité et au plus de jouir dont j'entends beaucoup parler dernièrement.

 

Mon opinion est que Lacan traitait la formule, même s'il l'avait utilisé sérieusement à propos de l'objet a, dans l'esprit de dérision. Aussi que la modernité n'a rien de nouveau.

polar paléontologique

 

Freud se lance dans la récapitulation des indices qui lui ont raisonnablement permit de découvrir l'histoire. Il révèle ainsi le devenir d'un polar paléontologique, ce qui n'est pas loin de l'intérêt qu'il montrait pour l'archéologieRécemment, pour les fouilles, les sédiments, le tamisage; pour les indices pris entre les mailles…

 

Et une chose mystérieuse -en voila l'intrigue du polar, nous prend, nous lecteurs, à savoir, qui parle? Qui dit quoi? Non pas en séance, j'entends, où ce qu'il faut tamiser c'est la parole de l'analysant, sinon là, dans l'écrit, éclairé par la présence du Rêveur à qui Freud rend hommage…

Le clou de l'interprétation?:

 

[…] En s'éveillant il fut témoin d'un coitus a tergo, trois fois répété, il put voir l'organe de sa mère comme le membre de son père […]. (p.350)

 

Ce que par la suite Freud démontre point par point. Découverte qui éclaircit le contenu latent du rêve point par point.

 

Je reviens à mon propos initial en vous parlant de ce tableau. Preuve circonstancielle, aussi bien dans mon cas que dans celui du peintre, de la nécessaire vérité de la scène primitive, ainsi qu'à mes yeux le démontre ma fascination pour ce rêve dont il est point de capiton et le fait que, en dépit de mon voeux, le peintre du tableau ne put pas s'empêcher de représenter la scène primitive dans le tronc de l'arbre.

 

Je m'adresse à cette particularité des intérêts que chacun de nous porte en soi, par où nous découvrons notre propre histoire, ou plutôt, puisque le refoulé est tel qu'il est, découvrons ce que notre histoire doit avoir été.

 

Pourquoi sinon des merveilles sans nombre à trouver chez Freud ou Lacan j'ai une affinité particulière pour une phrase, une page, même un simple mot?

 

Que fait il que je soi si pris par cette analyse? Que fait il que le peintre de ce tableau n'aie pas pu s'empêcher d'inclure l'interprétation dans son tableau?

 

Quand je racontais à Puget en séance le trouble que j'avais à comprendre pourquoi le peintre avait inclut la scène primitive dans le tronc de l'arbre,

 

"C'est simple…Le tronc est lié aux racines dont il est lui-même héritier…"

Effectivement…

 

Je raisonnais par la suite, de retour à la maison, que c'est ainsi que l'on parle de l'arbre généalogique.

recours rhétoriques

 

Lui-même nous donne assez souvent la clé du mystère […]. Nous dit Freud à propos du président Schreber. (p.284)

 

C'est le Rêveur qui donne la clé du rêve. Or il le fait par une variante inhabituelle de la dénégation: son "arbre avec les loups" signifie le contraire: ce n'est pas "l'arbre avec les loups". Si nous suivons la logique des rêves par Freud déchiffrés, le loup est le père et le fils, le loup castré et le loup castrateur. Choses et êtres se condensent, se déplacent, se substituent l'une à l'autre (au gré de la métonymie ou de la métaphore –ainsi que nomme Lacan ces mêmes recours rhétoriques du rêve).

 

Freud nous dit que le Rêveur reprenait de manière quasiment obsessionnelle son rêve. Il ne serait pas osé de dire que le Rêveur n'était là que pour raconter son rêve, pour l'éclaircir, pour trouver d'une part le soulagement à sa souffrance et de l'autre à son inquiétude intellectuelle.

 

A la lecture de l'analyse j'avais l'impression, par la suite renforcée, que la raison qui cachait sa demande, elle réelle, était de lancer son rêve comme un défi, qu'il était venu voir Freud en tant que le découvreur de son secret.

 

Or n'avait-il avancé assez pour nous amener à la conclusion? Ne nous avait-il pas révélé que se réveiller dans le rêve équivaut se réveiller dans le réalité? De cette réalité le Rêveur voulait ne rien savoir, alors il la bouchonne. Cela n'échappa pas au père Freud, qui là voit là en Sherlock Holmes de ce polar où le témoin ment sans le savoir, sciemment.

 

Eh bien, ce modèle bicéphale, ce modèle si-à-moi qui est Freud d'une part et le Rêveur de l'autre ne se reproduit pas souvent, je pense. L'on est ni Freud ni Rêveur, nous n'avons pas ni le discernement de l'un ni l'acharnement de l'autre.

 

Alors, quelle éthique gouverne le lien entre celui qui dit sa souffrance et celui qui l'écoute? Enfin, que même si Schreber fait cas à part, la question reste posée…

Où, dans l'intimité d'un transfert si accompli qu'il reste discret, pouvons-nous inscrire les fonctions de chacun?

 

Le rêve du Rêveur est un rêve à être déchiffré, sinon rêve piège. Rêve qui, si telle chose était possible, approche la construction délibérée. Ce pourquoi Lacan signale la structure langagière de l'inconscient. Je pense que Freud, tout en sachant de la pathologie réelle et actuelle du Rêveur, avait sciemment relevé le gant en tant que celui supposé savoir. Ce pourquoi le transfert s'instaura et tint.

Quoique tout en raisonnant que ce rêve obsédant avait aussi trait à ce qu'amena son patient à son cabinet, et tout en sachant qu'il intéressait la pathologie actuelle du Rêveur, Freud s'acharne à éclaircir sa phobie de jadis.

 

Quand vous réfléchissez, c'est justement cela ce que Freud avança: le rêve a un sens. Il est structuré aussi logiquement qu'un discours.Le rêve a pour effet de confronter la théorie. Dans ce cas la théorie réussit tout en rendant son dû au Rêveur.

Récemment je discutais avec Angel de Frutos Salvador de l'intérêt de Freud pour l'archéologie. Après m'avoir fait état d'une similaire inquiétude il me raconta qu'il en avait comprit quelque chose le jour que, suite à sa conférence, il avait demandé à l'archéologue le pourquoi de son intérêt:

"Nous archéologues nous intéressons aux morts."

Répondit-il.

Elton Anglada (deObscur éclair)






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