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J.Puget présente L. Fainsilber: - " De l'Œdipe du père à l'Œdipe de la fille"

Ouverture de séance le Samedi 15 Octobre 2005

par le Docteur J. PUGET lors de laConférence de


LILIANE FAINSILBER

Université Paul Valéry

 

"De l'Œdipe du père à l'Œdipe de la fille"

 

Je tiens tout d'abord à remercier Mme RAJAA-STITOU, Maître de Conférence de Psychologie Cliniqueet Psychopathologie, à qui nous devons aujourd'hui d'être reçus à l'Université Paul Valéry.


Mes remerciements vont maintenant vers le Docteur G. BRUERE-DAWSON, Professeur Emérite des Universités,qui nous fait l'honneur d'être parmi nous en cette circonstance.


Il m'incombe maintenant d'ouvrir cette conférence et c'est avec une certaine émotion, je dois l'avouer, que je vais tenterr de répondre à cela.


Le thème choisi pour la réunion de ce jour concernant l'hystérie et l'Œdipe féminin est un thème,certes attractif, mais qui a fait couler tellement d'encre que cela devient un peu, voire même, embarrassant de l'aborder à nouveau… quoique l'interrogation reste nouvelle pour chaque-un.


En toute sincérité, j'ai rencontré certaines difficultés pour cette introduction : d'abord, je n'ai pas le "syndrome de l'écriture" comme tant d'analystes qui suivent la voie de l'érudition.


D'autre part, je n'ai pas, non plus, le syndrome de ce que j'appellerai "l'Etre en spectacle" dans l'acception usitée auu XVIIe siècle c'est-à-dire"l'Etre exposé à la vue" et par métonymie "l'Etre qui attire les regards et l'admiration de tous". Tout ceci fait que je me suis orienté tout simplement vers la voie des questions, plus près de mes,et de nos, préoccupations cliniques.


L'autre difficulté est qu'il n'est pas certes facile pour moi de présenter une grande dame, comme Liliane,ce que je vais s tenter de faire en quelques mots.


Jamais tombée dans les excès d'une adulation aveugle, c'est une femme libre qui tient trop à son autonomie pour l'aliéner au profit d'une quelconque cause ou école.


Riche de son expérience clinique, elle a construit une œuvre qui, au travers des mythes et des fictions littéraires, rend compte par son style clair et direct des fantasmes inconscients.


Le côté fascinant de ses écrits ne s'épuise pas à la lecture et à la re-lecture ; fascinant signifie que ça faitplus que nous intéresser, ça fait écho en nous, ça résonne, voire mieux que ça consonne avec notre inconscient,et tout simplement parce que la partie analytique de ses exemples littéraires est digérée c'est-à-dire subjectivée, passant par son savoir inconscient qu'elle nous retransmet avec toute la puissance et la séduction de sa pensée.


Liliane, médecin généraliste pendant 20 ans, a eu l'expérience du corps, de la maladie et déjà de l'écoute.Elle a été confrontée dans cette pratique à la limite, c'est-à-dire à une des causes de la souffrance humaine que Freud précisait dans "Malaise dans la culture" c'est-à-dire la caducité du corps.


Sa pratique somatique durant ces 20 années l'ont d'autre part fait percevoir ce qui peut en être du danger, côté savoir, de la maîtrise du médecin et de l'impasse de l'écoute du généraliste, impasse due à sa "sympathie identificatoire" l'obturant souvent dans l'appréhension du cas clinique.


C'est alors qu'elle fit une analyse avec Lacan, pour poursuivre en contrôle avec lui.


La dissolution de l'école freudienne, la maladie puis la mort de Lacan, l'a, comme tant d'autres, fait vivre les effets de ce que l'on appelle "Les compagnons de l'ombre", leurs paroles restant suspendues (ce qui n'est pas sans convoquer ici la question de la position du père et de sa parole).


A cela elle y répondit par l'élaboration d'un ensemble de cartels intitulé "L'interprétation Analytique" ainsi que par un article "d'Aimée et ses sœurs : nouvelle approche de la sexualité féminine" fut publié en auto-édition aux Ecoles Buissonnières du Psychanalyste et repris parmi d'autres articles dans son livre : "La place des femmes en psychanalyse" édité en 1999.


De sorte que si l'éloge de l'hystérie masculine fut publié en 1996, donc en premier, il importe de préciser que l'histoire de la sexualité féminine fut première dans ses écrits au travers du cas Aimée, comme réponse à cette parole restée suspendue à la mort de Lacan.


Son troisième livre qui paraîtra sous peu, intitulé "Lettre à Nathanaël" est une invitation à la psychanalyse.Plusieurs interrogations se sont imposées à moi au travers de ses écrits, auxquelles, Liliane, je pense, nous répondra dans sa présentation :


En premier lieu, pourquoi ce titre : "Eloge" et principalement "Eloge de l'hystérie masculine" ?


Certes, si l'hystérie fut à l'origine de la psychanalyse comme chacun le sait, quel en fut et quel en est toujours son mécanisme ?


On ne cesse de voir écrire et d'entendre ces sempiternelles prédications sur l'hystérique ="pousse à savoir et aussi pousse au manque", de même que "l'hystérique de son vide en appelle au savoir de l'Autre", de même qu'il est sans cesse question de ce fameux "savoir qui a été engendré grâce aux hystériques sur les impasses du sexe".


Chacun sait que le sujet de l'inconscient, en tant qu'énigme, fait trou dans le savoir de l'Autre-Il y fait fonction de manque et c'est là précisément l'Autre est troué, que se localise le questionnement du sujet de l'inconscient, ce que Lacan exprime dans "L'instance de la Lettre" par :


"c'est une question que l'être pose pour le sujet".


C'est bien sûr l'être de vivant qui questionne là où l'énigme fait trou et cela avec les signifiants qui le supposent. Il la pose à l'Autre du savoir (d'où l'hystérie comme langue fondamentale). C'est ce trou dans le savoir que l'hystérique va exprimer en souffrance au travers d'un symptôme qui porte question du sujet de l'inconscient et qu'elle adresse à l'Autre du savoir, le médecin par exemple qui se trouve hissé en position de maître, c'est-à-dire celui qui doit pouvoir donner le fin mot de l'énigme.


Ce rapport de l'hystérique au maître du savoir qu'elle ne cesse de contester de ne rien pouvoir lui dire sur sa division, ça a fait couler de l'encre.

 

Si je continue les interrogations, nous ne pouvons éviter celle du rapport entre l'hystérie et féminité et surtout celle concernant l'hystérie masculine et sa fonction secrète dans les renaissances de la psychanalyse, comme le souligne Liliane dans son livre publié en 1996. C'est une question qui est cruciale cliniquement et c'est d'ailleurs en 1979 que Lacan disait "en matière d'hystérie, l'homme a supériorité sur la femme".


C'est en ce point précisément de mes réflexions que le titre de cette conférence "L'Œdipe du père" prend toute sa signifiance car si Freud a su faire parler l'hystérique, s'il a su l'entendre, on peut préciser que sa position vis-à-vis du père est identique à la position du discours de l'hystérique par rapport au discours du maître.


Je précise à cet effet que les trois figures du père qui ont fasciné FREUD, furent : Laïos, l'Urvater et Moïse, souhaitant, déjà enfant, un maître qui soit comme le père d'Annibal et non comme le sien, Jacob FREUD.


L'hystérique, quant à elle, rêve d'un être suprême, d'un être qui s'inscrirait en faux contre la castration, se situant lui-même au-delà de la Loi du phallus et qui la ferait toute femme - Cet au-moins-un que Lacan écrit "hommoinsun" serait dans le vœu de l'hystérique, le seul donnant consistance à l'existence d'un rapport sexuel,le seul à fonder l'identité du sexe féminin.


Nous sommes là confrontés à la question du non analysé chez FREUD, ce morceau de névrose de FREUD restéà jamais un point incontournable pour les hystériques, à savoir la question du père idéalisé et son entière soumission à ce père tout puissant - Ce qui répète pour elles, les hystériques, un premier point de butée, celui de leur rapportau père.


Nous saisissons mieux là ce titre que reprend Liliane, à savoir le péché originel de l'analyse qui se définit d'être ce lien maintenu entre l'analyse de FREUD et de désir de l'hystérique condamnée à ne pouvoir se maintenir que sous forme d'un désir insatisfait.


Liliane, bien sûr, va vous développer tout cela.

 

Enfin, dernière interrogation, qui n'est pas la moindre et qui nous concerne tous, et moi tout particulièrement dans les motivations qui ont induites ma rencontre avec Liliane, c'est le repérage de la position de chaque sujetpar rapport au père idéalisé qu'elle développe dans son premier chapitre intitulé : "Fantasme de sauvetage de l'analysant et de l'analyste". Repérage qu'elle précise en ces termes : "Quelles sont les incidences de ces séquelles (il s'agit des séquelles du complexe de castration qui révèlent le maintien de sa position phallique)sur le travail analytique des analysants de cet analyste.


Ce repérage de la position de l'analyste par rapport au père idéalisé et son dépassement intervientsans aucun doute dans ce que Liliane appelle la fonction secrète de l'hystérie masculine dans les renaissancesde la psychanalyse.

 

 

J'ai été moi-même, par deux fois, confronté à "l'inouï", ce qui m'a amené à repérer, dans un travailavec BRUERE,à partir de mon éprouvé subjectif, ce dont il s'agissait. Dans son cours du 18 Juin 2005, intitulé :"Le corps et la parole, du réel du sexe au réel de la mort",G. BRUERE-DAWSON précise que c'est à "l'occasion de ces rares moments de confrontation à l'inouï qu'il y a transmission de quelque chose venant de et sur la psychanalyse, mise en acte de l'inconscient".


Il en résulte un éprouvé subjectif et pas seulement une intelligence conceptuelle, et il ajoute "l'appropriationsubjective de l'éprouvé dans ses conceptions conceptuelles relève selon moi d'un travail analytique tant pour l'enseignant que pour l'étudiant - Le pas heurystique consiste à passer de l'éprouvé de la division à ce qui cause à ce moment là cette division du sujet désirant, à savoir, pour chacun son rapport à la vérité de l'amour et à la castration". C'est là que l'on peut dire que la théorie vient prendre sens pour soi et qu'il y a transmission de quelque chose vectorisant, ce que Liliane appelle les renaissances de la psychanalyse.


En analyse, en premier avec Monique CHALIER-NIVOLAS, ensuite avec Gisela PANKOW, je le fus, et le suis encoree avec G. BRUERE-DAWSON, au travers de l'expérience des cures contrôlées et du travailde texte et je dois préciser que dans ce troisième moment, j'ai ai puisé et je ne cesse de puiser une grandissime fierté.


Quant à la dernière interrogation concernant le masochisme féminin, Liliane, je l'espère, l'abordera. Je m'au torise tout simplement à préciser qu'il n'est de masochisme féminin que celui de la petite fille en attente d'une parole et d'un regard d'un père dont la pâleur symbolique n'avait pas échappé à Lacan, masochisme qui re-questionne l'Œdipe du pèree dans son rapport au père idéalisé, tout puissant.




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