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JOURNEE DU COLLEGE CLINIQUE DU SUD EST

CANNES - 2 JUIN 2007

Jacques Puget

Je voudrais en premier lieu remercier Bernard LAPINALIE de m'avoir donné l'occasion de participer à cette journée de clôture.

 

C'est pour moi l'occasion de témoigner ma gratitude aux membres enseignants du Collège du Sud-Est d'avoir accueilli l'Espace Clinique de Montpellier parmi eux. D'ailleurs les échanges entre Bernard et moi, d'emblée cordiaux se sont avérés rapidement chaleureux, amicaux et fructueux.

 

Je me suis intéress pour cette Journée " au Fantasme de la mort du père chez Dostoïevski dans son rapport à l'événement traumatique réel : l'assassinat de son père". Ce thème m'a paru certes attractif mais fort embarrassant par sa complexité = en témoignerait une certaine difficulté que j'ai éprouvé moi-même pour produire ce texte.

 

Attractif,, ce thème l'est, d'abord en ce que nous sommes tous en rêve et en fantasme des parricides. Ensuite du fait qu'il nous révèle un auteur, Fiodor Dostoïevski, qui tant dans sa vie que dans son œuvre est un portraitiste de génie de la clinique de l'Hystérie masculine. Hystérie masculine qui semblerait gêner… ou du moins gênerait certains.

 

A preuve le peu de textes concernant la clinique de l'hystérie.Comment se fait-il par conséquent que l'immense  des cas d'hystérie masculine soit rendue méconnaissable par des diagnostics plus honorables ou avouables comme par exemple les névroses post-traumatiques. Cela ébranlerait-il la virile confiance en soi de ceux qui se disent hommes ?

 

Car maladie par excellence du sexe féminin (comme le démontra le célèbre aliéniste Legrand du Saulle), l'hystérie est un signifiant qui colle à la femme. C'est une chose qui pourrait être intéressante à méditer… et ce d'autant plus qu'en 79 LACAN disait "en matière d'hystérie l'homme a supériorité sur la femme"Je suis ennuyé car je n'ai pas retrouvé la référence qui m'est indispensable pour asseoir ce raisonnement - en revanche j'ai puisé la date dans la du cours de Colette SOLER en 2002-2003 "L'hystérie, sa langue, ses dialectes et ses liens" et c'est donc bien en 1979 que LACAN s'est exprimé en ces termes. Il y a en effet, et je serai succinct sur ce point, une opposition radicale entre les formulations freudiennes et lacaniennes au regard de la castration.

 

Pour FREUD, l'homme a le pénis, il n'est pas châtré ; la femme, du fait de l'absence de l'organe est châtrée.

 

LACAN, au contraire nous dit : l'homme est châtré, pas la femme. La logique de cette construction, qui se trouve dans "la signification du phallus" et surtout dans le séminaire "L'Angoisse" repose sur les points suivants :

.

- A l'homme le désir : à la femme, la jouissance

- l'homme = le tenant du désir ; la femme = l'appelant du sexe.

-C'est la castration qui génère le désir. Là où il y a le pénis, là vient la castration (c'est interroger ici le poids respectif dans la notion de castration, du symbolique et du réel).

 

On peut entendre l'incidence de cela chez l'homme hystérique = son entière soumission à un père idéalisé, tout puissant ; ses sentiments d'amour et haine corrélés à un violent désir de meurtre à l'égard du père traduisant son point de butée dans son rapport à la fonction paternelle et à la castration qui n'est pas seulement à entendre comme la caducité de l'organe de jouissance mais aussi comme sa mise en jeu dans un rapport au partenaire.I

 

ll  est temps d'entrer dans le vif du sujet pour accéder à une approche clinique

 

dor Mikaïlovitch Dostoïevski est un des rares cas d'hystérie masculine décrit par FREUD avec son étude consacrée à la possession démoniaque d'un homme du 17e siècle = le peintre Christophe HAITZMANN.

 

Pour y voir un peu plus clair sur cette thématique, référons-nous à un texte que je qualifierai de pivot : "Dostoïevski et le parricide". Cet essai commencé en 1926 (un an après l'avenir d'une illusion) et publié en 1928 et que FREUD consacre à l'analyse du "Mal sacré" de Dostoïevski, aussi bien dans sa vie que dans son œuvre (Les Frères Karamazov) fait du père la thématique essentielle et récurrente de trois des chefs d'œuvre de la littérature de tous les temps : l'Œdipe Roi de Sophocle, Hamlet de Shakespeare, les Frères Karamazov de Dostoïevski. Il ajoute que le "motif de la rivalité sexuelle pour une femme est aussi révélé".

 

FREUD précise que Dostoïevski fut toujours tourmenté par le poids que le désir de tuer son père laissa en lui : il met sous le même rapport l'attitude de l'écrivain envers son père, l'autorité de l'état et la croyance en Dieu.

 

Pour FREUD, Dostoïevski abrite toutes les tendances d'un criminel accompli puisqu'il privilégie dans le choix de ses scenarii, des caractères violents, meurtriers, destructeurs et égocentriques.

 

On trouve dans la position de FREUD à l'égard de Dostoïevski, la même aversion qu'il exprimait d'ailleurs déjà par rapport à Nietzsche.

 

Certes, aussi bien chez Nietzsche que chez Dostoïevski, on voit les pulsions de destruction mener une lutte ouverte, où tantôt la mort, tantôt la vie semble avoir le dessus. De même, l'idée de la mort du père et l'angoisse de la castration reviennent aussi bien chez Nietzsche que dans les Frères Karamazov.

 

Ce n'est pas sans réticence et sans peine qu'il vient à bout de son étude sur Dostoïevski et le parricide. Après la publication du texte, à Theodor Reik, qui en avait fait une analyse critique, il confiera : "vous avez raison de supposer que je n'aime pas réellement Dostoïevski en dépit de toute mon admiration pour son intensité et sa supériorité. C'est parce que ma patience pour les natures pathologiques est épuisée par mes analyses. Je ne les tolère ni dans l'art ni dans la vie. C'est une caractéristique personnelle qui n'est pas nécessairement bonne pour tous".Il semblerait que pour Dostoïevski comme pour Nietzsche et d'autres auteurs, FREUD ait été gêné, interpellé par leur trop grande proximité, voir leur trop troublantes affinités. C'est que nous sommes en ce point confrontés à la question du non-analysé chez FREUD, ce morceau de névrose resté à jamais un point incontournable pour les hystériques, à savoir la question du père idéalisé et son entière soumission à ce père tout puissant.

 

L'hystero-épilepsie de Fiodor DOSTOIEVSKI

 

C'est au cours d'une séance de la Société Psychanalytique de Vienne, le 21 Octobre 1908, que FREUD intervient ainsi à la suite de la conférence du Dr. Sadger : "Analyse d'un cas de pseudo-épilepsie hystérique". Il y évoque déjà dans le cas cité "de fortes pulsions de cruauté" et "le complexe de la mort" dans l'enfance de ce patient. Vingt ans plus tard FREUD affirme que l'épilepsie de Dostoïevski n'est pas une épilepsie mais qu'elle est une manifestation névrotique d'auto-punition faisant suite aux "attaques" dans l'enfance de l'écrivain et liée à la mort réelle du père, probablement assassiné en 1839, qui viendrait donner une coloration particulière au vœu de mort évoqué plus haut. En 1839, Fiodor Mikhailovitch Dostoïevski a 18 ans, le Docteur Alajouanine y voit, lui, une véritable épilepsie temporale et s'étonne du refus freudien de ce diagnostic.

 

FREUD est affirmatif : "Il est donc tout-à-fait juste de distinguer une épilepsie organique et une épilepsie "affective". En pratique, cela signifie qu'une personne qui a une épilepsie organique souffre d'une maladie cérébrale, alors qu'une personne atteinte d'une épilepsie "affective" est névrosée.

 

L'hypothèse la plus vraisemblable, écrit FREUD en 1928, est que les attaques remontent loin dans l'enfance de Dostoïevski, qu'elles ont été représentées très tôt par des symptômes assez légers et qu'elles n'ont pas pris une forme épileptique avant le bouleversant événement de sa 18e année, l'assassinat de son père.

 

FREUD avait en effet relié le symptôme léthargique dont souffrait Dostoïevski depuis son enfance, à son conflit avec l'image d'un père castrateur et ce jusqu'à l'assassinat de son père. C'est cet assassinat qui provoqua un changement de registre psychique prenant valeur de réalisation du fantasme de meurtre du père, source de culpabilité auto-destructrice et de rétorsion hallucinatoire : "et maintenant le père te tue" fera alors dire à FREUD à une voix intérieure au moment où Dostoïevski sombrait dans le chaos d'une folie épileptique en perte de toute conscience de la réalité.

 

Le fantasme est devenu réalité et toutes les mesures défensives se trouvent alors renforcées. Les attaques de Dostoïevski revêtent maintenant un caractère épileptique.

 

Avant d'aller plus avant…. je voudrais dire un mot pour situer cette question du parricide… car quand même vous pourriez vous demander ce que cela vient faire dans la thématique de cette journée de clôture. J'en étais moi-même à m'interroger sur un mode d'accroche possible de ce fantasme pour qu'il prenne sens et qu'il ne semble pas arriver comme par magie… lorsqu'une discussion avec le Professeur BRUERE-DAWSON me permit d'instrumentaliser mon questionnement… à partir de la thèse qu'avance LACAN dans le Séminaire "L'Angoisse" : dans ce séminaire, il repense en réinterprétant ce qu'est un père et aborde la question du désir du père, comme désir sexué ; un désir fini, fixé. Le père étant en quelque sorte arrimé à un objet qu'il nomme, laissant entendre ainsi quelque chose de l'objet qui l'accroche… un objet déterminé.

 

Ce que LACAN apporte ici de nouveau s'exprime avec ces formulations "identité du désir et de la loi" puis le "le désir et la loi, c'est la même chose". Là est notre point d'accroche pour le fantasme du parricide, car… dans le chapitre VIII du Séminaire X, intitulé la cause du désir, LACAN dit : "A l'origine, le désir comme désir du père et la loi sont une seule et même chose. Le rapport de la loi au désir est si étroit que seule la fonction de la loi trace le chemin du désir. Le désir, en tant que désir pour la mère, est identique à la fonction de la loi (il ne la précède pas, il est identique). C'est en tant que la loi l'interdit qu'elle impose de la désirer car après tout la mère n'est pas en soi l'objet le plus désirable.

 

Quelles sont les incidences de cette thèse ? Rien d'autre que ce violent désir de meurtre du fils envers le père.. ce père qui fait d'une femme (la mère de l'enfant) objet a, cause de son désir… et qui se trouve en position de gêneur - de rival.Je disais précédemment "les attaques de Dostoïevski revêtent maintenant un caractère épileptique".

 

Que s'est-il passé ? Comment entendre cette symptomatologie ?

 

Deux mois après le décès de son père, Dostoïevski déclenche, à la vue du passage d'un convoi funéraire, sa première attaque d'hystéro-épilepsie.

 

C'est que le passage du convoi funéraire fait trauma : il s'agit ici (non pas du traumatisme d'origine, de structure et universel : cf. le trou-matisme), il s'agit donc ici d'un réel, c'est-à-dire quelque chose d'inassimilable à la réalité psychique, un réel qui s'abat sur Dostoïevski, impossible à éviter et à articuler - une sorte d'effraction venant du dehors, à l'insu de l'auteur, qui en subit les conséquences avec effroi.

 

Le symptôme épileptique sera la réponse qu'il va apporter au regard de la contingence de cette rencontre (le convoi funéraire).

 

C'est en ce point de mes propos que l'on doit saisir qu'aucune rencontre ne saurait être traumatique sans une participation, une réponse subjective, comme le souligne C. SOLER (l'époque des traumas).

 

Tout sujet est impliqué dans les traumatismes : il y a le coup du réel, le temps de l'impact à entendre peut-être, comme un moment de forclusion, c.a.d. rencontre avec le réel qui n'a pas son répondant dans le symbolique. Puis il y a, dans l'après-coup, les séquelles, la réponse du sujet qui varie en fonction de la lecture qu'il fera de ce réel et là, la touche de l'inconscient ne manque jamais.

 

Le trauma donc dans son impact, est réel. Les séquelles, elles, appartiennent au sujet.

 

J'en viens, pour conclure, à aborder le mode de construction de l'hystero-épilepsie, qui est un mécanisme de décharge pulsionnelle… tout en vous rappelant auparavant que si l'hystérie parle la langue du corps, elle est avant tout, comme insiste LACAN dans le Séminaire X, p. 88 "la plus primaire (dans l'échelle des névroses) car c'est sur elle que s'édifient les constructions de la névrose obsessionnelle".

 

Je me suis donc tourné vers le b-a-ba de la thèse freudienne pour souligner ceci ; dans son élaboration du refoulement (R secondaire), c'est toujours sur l'idée d'inconciliabilité d'une représentation avec le moi qu'est mis l'accent - Un des modes pour la psyché de traitement de cette représentation est la séparation de celle-ci et de l'affect qui lui était lié originairement.


Ainsi donc la vue du convoi funéraire réactiverait la représentation inconciliable (les vœux de mort étant corrélés à la jouissance interdite).

 

Il y a retour du refoulé de cette représentation avec son quantum d'affect : l'angoisse puis séparation de la représentation inconciliable et de l'affect qui se convertit corporellement. L'angoisse suivrait les voies de frayages les plus archaïques. Ainsi pourrait s'entendre le symptome hystero-épileptique - ce que FREUD dans "esquisse d'une psychologie scientifique" et "inhibition, symptôme et angoisse" nommait : "décharge par la motricité".

 

Le symptôme léthargique ou attaque de mort dont pâtissait Dostoïevski depuis son enfance et ses vœux de mort à l'égard du père, sont deux figures de la haine et ce dans son rapport à la pulsion de mort : la haine tournée vers l'extérieur ou pulsion de destruction ; la haine tournée vers l'intérieur du Moi ou tendance auto-destructrice.

 

Dostoïevski, en proie à la haine, obsédé par elle et par la visée destructrice de l'objet paternel, semble se heurter à ce point aveugle (la haine) : un réel qui se manifesterait donc comme difficile à symboliser.

 

En guise de conclusion, parler de la haine serait primordial car cela serait aborder un concept qui s'avère être à mes yeux dans la continuité logique de cet exposé. Cela m'a amené à interroger la haine dans son rapport aux trois registres (R.S.I., aux 3 ronds du nœud borroméen et à la triple identification freudienne).

 

Pour être concis, je dirais, en un premier lieu que LACAN a toujours présenté ses élaborations autour du nom du père comme une façon de repenser, reformuler l'Œdipe freudien.

 

D'autre part, pour construire les 3 ronds de ce nœud, il se réfère à la triple identification freudienne : trois identifications indissociables qui sont liées par la fonction du père ; d'ailleurs dans R.S.I. (Janvier 75), LACAN nous dit : "Chez FREUD, les trois catégories R.S.I. ne sont noués que par ce qu'il appelle la réalité psychique. Or, cette réalité, c'est le complexe d'Œdipe freudien."

 

Pour les nommer rapidement, la première identification désignée en terme "d'identification primaire" demeure essentiellement mythique. C'est une identification totale du moi avec l'objet total, à savoir le père mythique de la horde primitive. C'est une sorte de préalable mythique qui va servir d'assise aux autres identifications.

 

La seconde identification, c'est l'identification symbolique, c'est-à-dire l'identification au petit trait de l'objet ou identification au trait unaire.

 

Pour ma part, je ferais l'hypothèse suivante : cette identification primaire autorisant l'identification symbolique s'actualiserait, pour l'infans, dans l'identification à l'émoi fusionné des parents conjuguant d'emblée l'Imago paternelle et la chose.

 

D'ailleurs, dans l'identification symbolique au trait unaire, le trait en comporterait les traces.

 

La troisième identification = l'identification hystérique au désir de l'Autre, d'ordre imaginaire.

 

C'est par le biais de cette identification que le désir du père pour une femme, c'est-à-dire ce désir fini, accroché à un objet, dont je parlais précédemment, oriente le désir de l'enfant vers son choix d'objet.

 

Ce désir du père a pour fonction finalement d'indiquer une perspective au désir indéfini, d'indiquer l'objet.

 

Il est ainsi consécutif de l'objet pour la descendance.

 

Et c'est par le biais de cette troisième forme d' identification freudienne au symptôme de l'Autre en tant que signification de son désir (père) que prend naissance l'Amour.

 

C'est d'ailleurs dans la leçon de Mars 75 de R.S.I. que LACAN nous dit "s'il y a un autre réel, il n'est pas ailleurs que dans le nœud même, cet autre réel, faîtes-vous identifier à son imaginaire, vous avez alors l'identification de l'hystérique au désir de l'Autre. Identifiez-vous au symbolique de l'Autre réel, vous avez alors cette identification que j'ai spécifié de l'EINZIGER-ZUG du trait unaire.

 

IDENTIFIEZ-VOUS AU REEL DE L'AUTRE REEL, VOUS OBTENEZ CE QUE J'AI INDIQUE DU NOM DU PERE, ET C'EST LA QUE FREUD DESIGNE CE QUE L'IDENTIFICATION A A FAIRE AVEC L'AMOUR.

 

On comprend ainsi ce qui dès lors verrouille Dostoïevski dans la haine, c'est-à-dire son ratage de la question de l'Amour.

 

On a ainsi les clés suivantes :

- Le trauma = le convoi funéraire

- Le fantasme = celui du parricide

-L'affect = la haine

- Les symptômes = attaque de mort ou hystéro-épilepsie qui nouent les trois ronds car ils participent des trois registres R.S.I.

Addenda

 Plusieurs questions se sont présentées à moi dans la continuité logique de cette intervention. Autant de questions que je souhaiterais évoquer dans la mesure où cela pourrait ouvrir à des thèmes de réflexion et d'élaboration tout-à-fait passionnants :

 1°) La question de l'hystérie masculine

a) il est frappant de constater la difficulté clinique que nous pouvons avoir à poser un diagnostic d'hystérie masculine. Pourquoi ?

b) il semblerait intéressant de se pencher sur la question du diagnostic d'épilepsie qui devrait parfois imposer un repérage plus affiné entre le registre neurologique et le registre névrotique (hystéro-épilepsie ou syndrome de conversion).

c) il est primordial de référer l'hystérie masculine à la problèmatique de la castration primaire, castration qui ne tient pas seulement au symbolique, au langage, mais au statut de l'objet.réel

A cet effet dans le séminaire "L'Angoisse" LACAN fait rentrer le pénis dans les développements où il est mentionné que l'angoisse est liée à l'objet en tant qu'il choit. Le pénis par sa détumescence se prête à être l'objet caduque.

Nous sommes ici dans le registre de la castration pensée au niveau réel….

Voilà ce qui désigne la place de la castration dans l'histoire du désir.

C'est ici interroger la castration tant au niveau de la caducité de l'organe de jouissance (moins phi) que de sa mise en jeu. Cette mise en jeu consiste "à donner sa castration" c'est-à-dire la faire servir dans un rapport au partenaire qui fonctionne comme Autre".

On retrouve ainsi ces deux formules clés de LACAN "C'est celui qui a l'organe qui peut être châtré" - "L'homme, le sexe faible au regard de la castration"…

Ceci pourrait nous servir de vecteur réflexif.

 2°) La question du parricide. Pourquoi ce fantasme ?

Ceci nous amène à reprendre dans le Séminaire "L'Angoisse" ces deux formulations clés de LACAN "Identité de désir et de la Loi" puis "Le désir et la Loi, c'est la même chose" , point d'accroche pour la question du fantasme du parricide.

 3°) La question de la haine… passion de l'être nous dit LACAN (et pas du manque à être).

C'est une question passionnante à élaborer dans la mesure où si la haine tient au symbolique, mais un symbolique désarrimé de l'imaginaire, l'articulation de l'imaginaire au réel renverrait à quelque chose de la forclusion. Or, dans le cas de Dostoïevski (et de tant d'autres cas cliniques), la haine participe des trois registres RSI…elle est sublimée dans l'écriture (les frères Karamazov, par exemple).

4°) ceci nous orienterait vers une quatrième question, celle de la fiction littéraire, à savoir :

a) en quoi la psychanalyse est-elle apte à travailler une œuvre littéraire ? (ne pas oublier que la parole procède de notre point d'ignorance, l'Unerkant freudien, véritable déhiscence originaire. La clé de voûte de notre parole c'est un vide.)

Une œuvre littéraire, c'est un discours écrit soit la relation S1-S2 (S1 étant le signifiant au nom duquel on parle, le sujet (S barré) est ce sujet que S1 représente auprès de S2. Cela est matriciel de tout lien de parole.

b) ce qui nous amène à aborder la question de la jouissance du sens (située dans le nœud borroméen entre le champ de l'imaginaire et le champ du symbolique), elle met en jeu l'imaginaire du corps. Le sens étant lié à l'imaginaire du corps propre.

c) ceci pourrait nous autoriser à nous interroger sur le pourquoi de la résonance qu'une œuvre littéraire peut faire en nous… ce qui nous conduit à la formulation : "parler avec son corps"… On pourrait à partir de là comprendre la résonance que l'œuvre de Dostoïevski peut avoir sur chacun, dans la mesure où son écriture est symptôme de corps ; l'imaginaire n'étant pas dénoué du champ du symbolique ; son écriture consonant avec l'inconscient de chacun (nous sommes tous des parricides en rêve et en fantasme).

d) à propos de l'écriture, un clin d'œil pourrait être effectué en direction de l'œuvre de Joyce dont l'œuvre expulse le sens qui surgit du nouage entre l'imaginaire et le symbolique…. ce qui fait dire à LACAN "Il n'a pas de corps" et à Colette SOLER : "Il n'écrit pas avec son corps"

 Jacques PUGET

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